Hérédité de Ari Aster

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Depuis sa présentation à Sundance au début de cette année, le film génère un gros buzz dans la comunauté fantasticophile et ailleurs. « Le nouveau Shining« , « le nouveau Rosemary’s Baby« , « le film qui va vous faire flipper comme rarement » etc… Ou un pétard mouillé prétentieux et longuet, qui se complaît dans une psychanalyse de bazar et foire ses effets horrifiques.

Pour ma part, j’ai choisi mon camp : je fait partie des conquis, et même bien au-delà ! J’ai trouvé ça absolument mortel.

Déjà, parce que, comme ses illustres prédécesseurs auxquels il est comparé (ajoutons aussi L’Exorciste ou Le Locataire), c’est un film d’horreur adulte; ce qui est déjà appréciable en soi, mais l’est encore plus en cette période où le cinéma de genre s’adresse en priorité aux ados américains. J’aime beaucoup certains grands films d’horreur de ces dernières années, genre It Follows ou Get Out – mais même ceux-là s’adressent au même public. Ils sont juste plus réussis. Là, non : même si une grande part du film est axée sur les enfants ados de la famille centrale (et surtout le garçon), tout est montré du point de vue de la mère, avec des thématiques tournant autour de la famille et de la parentalité (de l’hérédité, surtout – pour une fois le titre du film est particulièrement approprié).
(pour être honnête, il y a bien un autre film récent auquel celui-ci pourrait être comparé, mais je ne vais pas le citer histoire de ne pas trop spoiler – les deux ayant une explication comparable)

Le film est clairement découpé en deux parties – ce qui lui est aussi parfois reproché. La première moitié n’a quasiment aucun aspect surnaturel, et ne prétend pas faire peur. C’est plutôt l’analyse psychologique d’une famille dysfonctionnelle au passé très très très chargé, s’attardant sur les failles de chacun et leur impossibilité à vivre « normalement ». Le fait que ça ne soit pas tourné vers la terreur n’implique pas que ce soit léger; bien au contraire ! Cette première moitié est d’une noirceur éprouvante, impose une atmosphère étouffante, et frappe finalement le spectateur bien plus qu’une accumulation d’effets horrifiques. Ou fera naître un ennui profond, c’est selon.

Dans la deuxième moitié, on plonge par contre dans le pur film d’horreur. L’ambiance reste hyper chargée, et le film refuse les effets faciles type jump-scares. C’est ce qui le distingue du tout venant de la production – à savoir que ses effets reposent essentiellement sur la mise en scène, la préparation de l’effet en amont, plutôt que le recours au truc facile qu’on subit partout ailleurs. Ce qui, finalement, est l’essence même du cinéma en général, et du cinéma d’épouvante en particulier : la manipulation du spectateur par des effets de mise en scène. Ça peut sembler bateau, mais combien de films « grand public » en 2018 se soucient d’être un tant soit peu réalisés ? Peu; et le fait qu’on assiste à ça dans un premier film aussi maîtrisé est vraiment impressionnant. Ce Ari Aster est incontestablement un gars à suivre.
Un autre aspect fondamental du cinéma d’horreur est que ce genre travaille sur le grotesque et l’hypertrophie. Au risque de sombrer parfois (souvent) dans le ridicule. C’est un autre point sur lequel les détracteurs du film ne seront pas d’accord, mais en ce qui me concerne, l’autre force du film est de toujours se tenir sur la corde raide… et de ne jamais tomber du côté du ridicule; alors que c’est souvent de justesse.
Résultat : le film fait vraiment peur – ça faisait combien de temps qu’on n’avait pas été aussi déstabilisé et mal à l’aise au cinéma ? Un bon moment… La peur prenant différentes formes, de l’angoisse sourde du début du film à la terreur métaphysique de la fin.

Il faut redire qu’il y a une ambition dans la mise en scène, les cadrages, la photo – qui est certainement à l’origine des comparaisons avec le chef d’oeuvre horrifique de Kubrick. Ce n’est évidemment pas d’un tel niveau; mais ces comparaisons sont en effet totalement logiques et assez légitimes (on y pense à de nombreuses reprises pendant le visionnage). Le film s’efforce aussi de jouer dans la même catégorie de films « énormes » dépassant les limites du genre, notamment par sa durée anormalement longue, 2h06.
Au-delà de ça, la musique signée Colin Stetson participe pleinement à l’ambiance, entre minimalisme atonal et grandiloquence.
Et, évidemment, les acteurs sont aussi un élément indispensable à la réussite du film. Gabriel Byrne au jeu intériorisé qui a l’air de ne rien faire mais en fait au contraire énormément, Ann Dowd – presque une erreur de casting en lien avec son rôle dans Handmaid’s Tale mais qui est superbe, le jeune Alex Wolff impressionnant, l’étrange et inquiétante Milly Shapiro… et surtout Toni Colette, qui trouve là le prolongement de son rôle de mère désemparée dans Sixième Sens – et le meilleur rôle de sa carrière à égalité avec le Shyamou, justement.

Bref, fiez-vous plutôt à la grosse hype autour du film plutôt qu’aux mauvaises langues, et foncez voir HEREDITARY au ciné !
De toute façon, que vous fassiez partie des conquis ou des déçus, l’expérience vaut le détour.

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READY PLAYER ONE de Steven Spielberg

Ça faisait plus de 10 ans (après La guerre des mondes, en gros) que Steven Spielberg se reposait complétement sur ses lauriers, se contentant d’aligner des films souvent sans grand intérêt (Tintin, Lincoln, Le pont des espions…), au pire nazes (Indy 4, le Big Fucking Giant, Cheval de Guerre). Sans jamais perdre sa maestria technique, sa capacité à emballer un spectacle efficace… mais, pour autant, sans jamais retrouver non plus ce qui faisait le sel de ses films et avait fait de lui la figure fondamentale du cinéma américain qu’il était devenu.
Un état de fait aisément explicable et compréhensible : au milieu des années 2000, qu’est-ce que Spielberg peut encore faire de nouveau, d’impressionnant, de grandiose ? Quel challenge est encore susceptible de réveiller le réalisateur trônant au sommet de la pyramide – maintenant que Kubrick est mort et qu’il a repris le flambeau via A.I. ? Il y a bien 2/3 réalisateurs qui peuvent encore redistribuer les cartes, James Cameron, Peter Jackson – mais les deux ne semblent pas trop savoir alors comment gérer les triomphes de Titanic et LOTR ; et sont de toute façon tellement redevables au cinéma du maître qu’ils ne semblent pas près de lui piquer sa place sur le trône.
Alors, tranquillement, Spielberg se met en pilotage automatique.
Jusqu’à ce que ses deux derniers films débarquent à un mois d’intervalle sur les écrans, en ce début 2018. De Pentagon Papers, j’ai déjà dit à quel point c’était dans la lignée de son cinéma de ces dernières années – pas mauvais mais ronronnant tranquillement dans un film où personne ne semble s’être vraiment fatigué.
De quoi nous endormir ; préparer le terrain pour le choc de son film suivant ? Peut-être.

Quel que soit le niveau de « calcul », ou la part de hasard, aboutissant à la sortie aujourd’hui de READY PLEAYER ONE, à ce moment là de la carrière du réalisateur, une chose est évidente : à 70 ans, Spielberg revient au centre du jeu, pour reprendre la main et montrer à tout le monde une bonne fois pour toutes qui est le boss !
C’est que, depuis 10 ans, justement, la physionomie du blockbuster américain a considérablement été modifiée. L’arrivée des super-héros et les cartons atmosphériques du Marvel Cinematic Universe, l’explosion des franchises, le boom des dystopies « Young Adult » – autant d’éléments qui ont relégué dans l’ombre le cinéma de Spielberg et ses contemporains. Surtout, la génération de réalisateurs qui est arrivée aux commandes, ou celle apparue un peu plus tôt et qui s’est affirmée dans ces années là, se réclame pour la plupart de Spielberg et consorts ; payent sans arrêt leur tribut à leur père à tous… et a peu a peu fini par l’éclipser aux yeux du public. Tu parles de Spielberg à un ado d’aujourd’hui sevré aux Marveleries, il ne comprendra pas ce que celui-ci a pu représenter à sa grande époque.

Il était temps que ça change, et Ready Player One est le véhicule idéal pour ça.
Le livre de Ernest Cline à l’origine du film est déjà intrinsèquement lié au réalisateur, et constitue un voyage nostalgique au sein de sa filmographie (réalisations et productions des années 80/90). Spielberg a d’ailleurs hésité à se lancer dans ce film, craignant l’entreprise autocentrée et le trop-plein de références personnelles et d’autocongratulation. Il y a d’ailleurs (semble-t-il, puisque je n’ai pas lu le bouquin, mais c’est commenté par beaucoup de gens) eu un gros effort pour privilégier les références externes plutôt que celles à sa filmographie – d’ailleurs finalement peu nombreuses (il y a plus de clins d’œil à ses potes Zemeckis ou autres qu’à lui-même).

Le résultat de l’adaptation du livre par le seul réalisateur légitime pour le porter à l’écran, c’est ce film de geek, pour les geeks ; finalement assez différent de tous les  autres films de geeks qui règnent sur le cinéma hollywoodien depuis que les geeks y ont pris le pouvoir. Parce que les nombreuses références du film sont bien plus que des coups de coude adressés au public. Ils sont cela aussi – durant les premières minutes, il y a bien un plaisir totalement jouissif à s’amuser à tout repérer aux quatre coins de l’écran. Mais on comprend aussi très vite que le film va bien plus loin. En opérant l’intégration de ces références à la fois dans l’histoire du film, et dans son projet cinématographique. En les dépassant constamment, aussi.
Le summum, et la profession de foi de Spielberg à travers ce film, s’incarnant dans la séquence centrale hallucinant en hommage au Shining de Kubrick. Tout le projet de RPO est résumé là : utilisation des références dans le contexte, hommage à un réalisateur culte, mise en abyme, réflexion sur la culture pop… en plus d’être le sommet du film dans son rapport à la fois ludique et réfléchi à ce qu’on voit à l’écran.

Le résultat, c’est aussi un blockbuster expérimental hallucinant- comparable uniquement aux autres rares prototypes de ces 20 dernières années que sont Matrix et Speed Racer des Wachowski, Avatar de Cameron, Mad Max Fury Road de Miller et Pacific Rim de Del Totoro.
Que ce soit dans le spectacle proposé, dans la conception des scènes d’action, dans les idées de mise en scène, ou l’univers proposé, le film a tout de l’expérience sortant des sentiers battus – et de la volonté de proposer autre chose que ce qu’on a l’habitude de voir en termes de divertissement ; tout en se reposant sur des bases connues.

C’est enfin une sorte de film-somme pour Spielberg, une réflexion sur son héritage cinématographique, une récapitulation de plus de 40 ans d’une carrière exceptionnelle à plus d’un titre. En plus de tout l’aspect référentiel, il y a aussi au sein du film un rapprochement constant de Spielberg avec ses personnages – le réalisateur s’incarnant tour à tour dans le jeune héros du film, le démiurge de l’Oasis Halliday, son comparse Morrow, même dans certains aspects du méchant Sorrento… Pour finalement livrer un portrait complexe du réalisateur dans les différentes phases de sa vie, et sous tous ses aspects (entertainer, réalisateur « sérieux », technicien hors pair, référence pour ses collègues, producteur avisé…)
Tout ça dans un film bien loin de toute nostalgie mortifère, mais fêtant au contraire cet héritage dans une orgie de séquences ébouriffantes. Et posant la question de savoir vers quoi va bien pouvoir se tourner maintenant le réalisateur… J’espère juste que ça ne restera pas comme un sursaut ponctuel avant de retomber dans son cinéma pantouflard – et ça serait bien qu’il profite de cette étape pour faire du prochain Indiana Jones quelque-chose qui ressemble plus aux films des années 80 qu’au quatrième !

Il y a bien quelques menus défauts dans le film – une certaine naïveté par moments, la structure générale et certains aspects rappelant la branche young adults du cinéma actuel… Mais le spectacle est tellement enthousiasmant par ailleurs que ça passe finalement sans aucun problème.

Spectacle total, retour en grâce d’un réalisateur phénoménal, célébration ultime de la pop-culture érigée au rang d’art majeur, READY PLAYER ONE est tout cela, et bien plus encore.

Classement Ciné 2017

Psyman is back !

Après un classement un peu compliqué à établir l’année dernière, ce bilan de mon année cinématographique 2017 a été au contraire plutôt facile à mettre au point. Je m’y attendais pourtant pas : si, depuis quelques mois, je dis déjà partout que le Wright millésime 2017 est indubitablement mon « film de l’année », je n’avais a priori pas trop d’autres idées quant aux prétendants aux plus hautes marches du podium. Encore moins une idée précise d’un classement ; et je sentais bien venir encore un truc mi figue mi raisin avec une liste de films en vrac ; et débrouillez vous avec ça. Et puis, finalement, en descendant ma liste des films vus cette année (celle qui va me servir à vous livrer bientôt mon traditionnel avis effrayant avec des statistiques dans tous les sens ????), l’exercice s’est finalement révélé très facile. Le plus dur, en fait, ça a été de sortir deux films du top 10, sur mon choix-initial-les-doigts-dans-le-nez de 12… Tant pis, on verra plus bas que les deux films (français !) en question méritent bien tous les honneurs eux aussi.

Une année finalement dans la moyenne des précédentes, avec certes peu de grands films qui resteront et marqueront mes revisionnages dans les années à venir (dans mon système de notation piqué à Mad depuis 30 ans, seul Baby Driver remporte la note maximale de 6/6), mais pas mal de trucs intéressants. Des tas de bons moments – du rire, du frisson, de la tension, de la peur, des larmes, de l’émotion, du gros délire aussi…

Trève de blabla, le voili le voilou, mon classement ciné de l’année 2017.

1/ BABY DRIVER de Edgar Wright (USA)

J’ai déjà tout dit sur la merveille de Wright, cette combinaison idéale de mise en scène, de musique, d’action, de montage ; que le réalisateur de Shaun of the dead, Hot Fuzz et The World’s End a cogité pendant 20 ans avant d’avoir la maturité artistique pour livrer le joyau propre à sa vision. Un pur shoot d’adrénaline, qui laisse dans un état d’hébétude bienheureuse au bout de 2 heures d’uppercuts sonores et visuels. Plus qu’un film, une véritable expérience de cinéma – le genre de métrage qui justifie encore l’existence du medium en 2017 ; prouvant qu’on peut encore inventer de nouvelles formes et réveiller un public blasé et sur-stimulé.

2/ GET OUT de Jordan Peele (USA)

Le « film de petit malin de l’année », qui parvient tant à la découverte qu’aux visions ultérieures et surmonter tous les obstacles placés sur son chemin. N’est-ce qu’un pétard mouillé qui ne va pas plus loin que son concept ? Non. Est-ce que ce n’est pas un peu trop bien calibré dans tous les sens et un peu trop facile dans ses effets pour vraiment toucher au but ? Non. Est-ce que ça supporte d’être revu même quand on connaît le twist ? Oui. Est-ce que le discours social et politique n’est pas un peu trop dans l’air du temps bobo-gaucho-mondialo-tout-ce-qu’on-veut pour être honnête ? Du tout. Plus qu’un film de petit malin, un futur classique du genre.

3/ QUELQUES MINUTES APRES MINUIT de Juan Antonio Bayona (Espagne)

Bayona, ou « le jeune espagnol qui réussit tout ce qu’il tente ». Le mec fait L’Orphelinat, il met la pâtée à ces collègues espagnols oeuvrant dans le genre (sauf Del Toro). Le mec fait The Impossible, il écrase toute concurrence dans le domaine du drame humain à grande échelle (sauf Spielberg). Avec A Monster Calls (titre original bien meilleur, et qui a l’avantage de ne pas spoiler un élément important de l’intrigue), il offre une sorte de conte noir et mélancolique d’une beauté vénéneuse, capable de tirer des larmes à un dolmen. Et fout une torgnole à n’importe qui (sauf peut-être Del Toro et Spielberg).

4/ ÇA de Andy Muschietti (USA)

Certes, l’adaptation du pavé culte de Stephen King n’est pas exempte de défauts ; et il faudra attendre la seconde partie pour juger de l’ensemble… Mais le film remporte haut la main le prix du film le plus subjectivement jouissif de l’année pour moi. Enfin, quelqu’un a compris ce qui faisait l’essence des livres de King, et est parvenu à retranscrire à l’écran non pas le texte exact de ses bouquins, mais l’esprit, les sensations, les émotions ; tous ces petits trucs qui m’accompagnent à la lecture des œuvres du maître depuis mon adolescence. Et ça, ça n’a pas de prix.

5/ 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo (France)

C’était pas gagné (au contraire !) : Robin Campillo + grosse hype à Cannes, mais film reparti bredouille au palmarès + sujet sensible + possibilité de chantage à l’émotion + une durée de 2h25… à l’arrivée, le pari est plus que réussi, envers et contre tout ! Et le film se révèle être le rouleau compresseur émotionnel annoncé, en même temps que le film définitif sur le Sida et la lutte pour les droits des homosexuels et des malades dans les années 80 (dans ton cul, Philadelphia !). Tout en osant un tas de trucs, toujours sur la corde raide, mais toujours avec une réussite insolente (ces scènes de cul incroyables ^^)…

6/ LOGAN de James Mangold (USA)

J’aime les films Marvel, et j’en ai même pas honte. J’adore la plupart des films X-Men, vus avec mes yeux d’enfant farci de Special Strange dans les années 80 et fan des mutants du professeur X. Je n’avais donc pas besoin de cette relecture radicale et sans concession du film de super-héros. Et pourtant, cette aventure crépusculaire et sauvage de Wolverine m’a scotché sur place. D’autant plus en version noir et blanc sur le BR ; qui loin d’atténuer les éclairs de violence et les éclats gore du film les renforce en les intégrant dans une ambiance encore plus putride. Magnifique chant du cygne pour le personnage et la saga cinématographique.

7/ CE QUI NOUS LIE de Cédric Klapisch (France)

Le Klapich millésime 2017 est un très grand cru. Comme une prolongation des aventures de son personnage central de L’auberge espagnole et ses suites, où les personnages auraient vieilli en même temps que les spectateurs. C’est la même sensation, cette impression que le réalisateur (et ses acteurs, exceptionnels) nous parle directement ; semble nous avoir compris mieux que nous-mêmes. Avec, en plus, une amertume et une gravité qu’on ne lui connaissait pas – ou qui était jusqu’ici mieux camouflées sous l’humour et les personnages hauts en couleur. Le temps passe, on prend de la bouteille ; et on a l’impression que Klapisch l’a compris mieux que quiconque.

8/ COCO de Lee Unkrich (USA/Mexique)

Le Pixar de  l’année n’atteint pas le niveau de Vice-Versa il y a deux ans – il est certainement un peu trop formatté Disney pour ça ; trop classique dans son déroulement et ses péripéties, aussi. Il n’empêche, ce film qu’on avait a priori pris pour un décalque de La Légende de Manolo (en fait, pas du tout !) constitue une nouvelle démonstration du fait que le studio à la lampe n’est pas mort. Et qu’on peut toujours compter sur eux pour dynamiser un cinéma d’animation qui aurait tendance sans cela à s’endormir sur ses acquis. Et rien que pour l’émotion procurée dans une dernière partie qui fera fondre les plus insensibles, le film est précieux (plus que Cars 3, sorti cette année aussi – très sympa mais loin d’être révolutionnaire).

9/ THE LAST GIRL de Colm McCarthy (Royaume Uni)

LA surprise de l’année, le film venu de nulle part et qui se révèle largement meilleur que tant d’autres (peut-être trop) attendus. Franchement, qui aurait pu croire encore aujourd’hui qu’il serait possible de faire du neuf sur le thème archi-rebattu du zombie ? Qui aurait pu croire qu’un autre anglais s’approcherait de la réussite de 28 Jours plus tard (sans l’atteindre complétement, toutefois) plus de 10 ans après Danny Boyle ? Pas moi, en tout cas. Et rien que pour m’avoir détrompé sur ces points, le film de McCarthy mérite sa place ici (d’autant qu’il fonctionne encore aussi bien à la revoyure).

10/ SPLIT de M. Night Shyamalan (USA)


Le film de la renaissance de Shyamou, plus de 15 ans après Incassable ! On allait à l’avant-première pour rigoler, et se moquer du réalisateur, présent après la projection… La vision du film nous a sérieusement calmés. Même si la dernière scène, intégrant le film dans un projet plus global propre au réalisateur (j’attends d’ailleurs impatiemment Glass début 2019), peut être sujette à caution, le film se suffit de toute façon en lui-même. Un pur film de monstre furieux comme on n’en avait pas vu depuis longtemps ; ménageant son lot de scènes terrifiantes et de moments grandioses. Et James McAvoy en schizo aux multiples personnalités est incroyable.

Echouent donc au pied du podium, exclus de la liste ci-dessous uniquement pour des problèmes de place :

GRAVE de Julia Ducournau (France)

Annoncé dans les festivals du genre comme « le petit film français qui va retourner l’estomac des amateurs de gore », le premier film de cette ex étudiante de la Femis est bien plus qu’un « simple » choc visuel (finalement même pas si crade que ça). Au-delà de cette histoire de cannibales modernes, c’est tout une étude sociale qui se dessine, pleine de réflexions rappelant le Cronenberg des années 80/90. Et la jeune Garance Madinier est impressionnante, dans un rôle vraiment pas facile.

L’AMANT DOUBLE de François Ozon (France)

Peut-être le meilleur film d’Ozon depuis sa légère baisse de régime récente (à son rythme, ce n’est qu’un clin d’œil dans sa filmographie, mais je commençais à m’inquiéter un peu !). Même si la conclusion de cette histoire rocambolesque n’est pas des plus heureuses, le film nous aura baladé avant dans une atmosphère inquiétante parfaitement maîtrisée. Et nous aura balancé quelques scènes de cul bien gratinées. Là encore, l’influence de Cronenberg (plus précisément Faux semblants) est prégnante. Et le réalisateur français n’a pas à rougir de la comparaison.

Les autres (parfois très) bons films de l’année, moins méritants mais quand même :

Atomic Blonde de David Leitch (USA) – Complètement con, ultra bourrin, de la musique des eighties et Charlize fouyayaya… Le plaisir coupable de l’année.
El Bar de Alex de la Iglesia (Espagne) – Pas ce que l’espagnol a fait de mieux, mais comme souvent un « petit » de la Iglesia vaut toujours mieux que pas mal d’autres trucs.
Colossal de Nacho Vigalondo (Espagne) – Dommage que le film ne soit pas totalement réussi, parce que son originalité et ses tentatives de sortir de l’ordinaire valent largement le coup.
Detroit de Kathryn Bigelow (USA) – Je préfère toujours la première période de la réalisatrice à ses films politiques récents ; mais difficile de faire la fine bouche devant l’efficacité de ce petit dernier – et notamment sa terrifiante partie centrale.
It Comes at Night de Trey Edward Shults (USA) – Encore un film un peu bancal, mais qui vaut d’être vu pour sa manière d’aborder des thèmes archi-rebattus de façon biaisée. Et avec une noirceur incroyable.
The Jane Doe Identity de Andre Overdal (USA) – Un petit film malin qui parvient à tenir en haleine sur un concept basique et au sein d’un huis-clos terriblement efficace.
Lego Batman de Chris McKay (USA) – Le film Lego est drôle, la parodie de Batman est drôle ; que demander de plus ?
On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti (Italie) – Un film de super-héros décalé, un peu portnawak et foutraque, mais qui rue comme il faut dans les brancards.
Patients de Grand Corps Malade (France) – Grosse surprise que ce film dont je n’attendais rien, que j’ai vu par hasard, et qui s’est révélé particulièrement drôle et sensible.
Que Dios Nos Perdonne de Rodrigo Sogoroyen (Espagne) – Encore un très bon film espagnol cette année, éprouvant et violent ; trop long, mais grosse baffe dans ses meilleurs moments.
Sans Pitié de Sung-Hyun Byun (Corée du Sud) – Un film de prison et de gangsters coréen, sorte de Scorsese au pays du matin calme.
Spider-Man Homecoming de John Watts (USA) – Réintégration du personnage au sein du Marvel-verse; plus intéressante dans le traitement de l’homme araignée que dans sa façon de se raccrocher aux branches des Avengers et autres.
Star Wars Episode VIII – Les Derniers Jedi de Rian Johnson (USA) – Bah oui, moi j’ai aimé ce nouvel épisode de la saga, bien plus que le précédent (et je parle pas de la prélogie de merde évidemment).
T2 – Trainspotting de Danny Boyle (Royaume Uni) – Avec un peu moins de réussite que Klapisch (voir plus haut), Boyle nous choppe par le col et nous jette à la gueule le temps qui passe, les illusions perdues, la jeunesse envolée. Moins bon que l’original, mais scotchant.
Thor Ragnarok de Taika Waitiki (USA) – En basculant clairement du côté de la parodie, le film zappe les deux précédents… et c’est tant mieux.
Thelma de Joachim Trier (Pays Bas) – Le film hésite trop entre ses thèmes et sur le ton à adopter, mais l’atmosphère sombre et le traitement original du fantastique sont à saluer.
Tunnel de Kim Seong-Hun (Corée du Sud) – Comme toujours, les coréens font trop long, mais on arrive la plupart du temps à rester scotché par le calvaire d’un gars prisonnier d’un tunnel routier et ses efforts pour survivre à l’épreuve.

+ ZE reprise de l’année a ciné, l’immense POLICE FEDERALE LOS ANGELES de William Friedkin (USA).

Voilà maintenant la partie la plus drôle de l’exercice annuel, le podium des gros flops de l’année, les bousasses terribles que j’ai pu m’infliger, parfois involontairement ; plus souvent en pleine connaissance de cause (parce qu’il faut savoir se faire du mal de temps en temps, pour apprécier aussi de se faire du bien).

1/ CHACUN SA VIE de Claude Lelouch (France)
Chaque fois que notre ami Claude sort ce qu’il ose appeler un film, il est quasiment assuré de finir en tête du top daube de l’année. Celui-là est un de ses pires. En plus d’être aussi nul que d’habitude, il s’inscrit dans l’air du temps en étant complétement puant et réac. Bravo, Claude !

2/ LA TOUR SOMBRE de Nikolaj Arcel (USA)
« Je n’écris pas avec mon cerveau, j’écris avec mes pieds.
Je ne filme pas avec mon œil, je filme avec ma bite.
Je ne joue pas avec mes tripes, je joue avec mon cul »
Toutes les personnes impliquées dans cette merde ont oublié le visage de leur père

3/ D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE de Roman Polanski (France)
Polanski transforme le livre de Delphine le Vigan en comédie involontaire à base de chutes dans les escaliers et de répliques absurdes. Avec un prix spécial pour les deux actrices les plus ridicules de l’année, Eva Green et Emmanuelle Seigner.

4/ TRANSFORMERS – THE LAST KNIGHT de Michael Bay (USA)
Bon, la saga des robots géants de Boum Boum Bay râcle toujours les fonds de chiottes du cinéma de divertissement. Dire de ce dernier (j’espère !) volet, qu’il est encore pire que les autres donne une idée de la chose…

5/ LA MOMIE de Alex Kurtzman (USA)
Universal aura réussi en un seul film à ruiner le lancement de leur idée de Dark Universe, à la fois en échouant à poser un monde cohérent à l’écran, et en se vautrant dans la réactualisation d’un monstre classique maison. Trop forts !

6/ BAYWATCH de Seth Gordon (USA)
On ne pouvait pas s’attendre à une réussite dans l’adaptation d’une série de merde. Par contre, on pouvait penser rigoler un peu, et se rincer l’œil. Entre gags foireux pour 12 ans d’âge maximum et Alexandra Daddario honteusement sous-exploitée, on n’a même pas ça !

7/ LE MONDE SECRET DES EMOJIS (USA)
Le niveau zéro de la déchéance ultime de la crise d’idées du cinéma américain. Quand t’en arrives à faire un film non plus adapté d’un jeu mais carrément des applications de téléphone portable, faut pas s’étonner que le résultat soit à chier.

8/ ALIEN COVENANT de Ridley Scott (USA)
Après un Prometheus déjà naze, Scott tue définitivement la franchise. Il a déclaré après-coup qu’il était plus intéressé par ses Ingénieurs que par les Aliens. C’était pas la peine : on avait bien remarqué ça à la vision du film. Pas pressé de voir la suite.

9/ JUSTICE LEAGUE de Zach Snyder (& Joss Whedon) (USA)
Chaque film de DC-verse parvient à être pire que le précédent. Pas aidé par des conditions de production compliquées (et la moustache de Henry Cavill) ; celui-ci devrait quand même marquer un point de non retour difficile à atteindre à nouveau à l’avenir.

10/ MON POUSSIN de Frédéric Forrestier (France)
J’arrive en général à éviter les comédies françaises navrantes de l’année ; sinon nul doute que ce classement en serait farci. Mais je suis pas passé à côté de celle-là, malheureusement…

Nazes aussi, mais à peine moins :

Le Crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh (Royaume Uni)
Guardians de Sarik Andeasyan (Russie)
Insiders de Daniel Calparsoro (Espagne)
King Arthur de Guy Ritchie (Royaume Uni)
London House de David Farr (Royume Uni)
Mazinger Z Infinity de Junji Shimizu (Japon)
Pire Soirée de Lucia Anielo (USA)
Power Rangers de Dean Israelite (USA)
Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette (France)

Et, au rayon des déceptions, quelques films dont j’attendais quelque-chose (au vu du réalisateur, de l’histoire, de l’intérêt cinématographique…) – et qui se sont finalement révélé en dessous des attentes.

BLADE RUNNER 2049 de Denis Villeneuve (USA)
DANS LA FORET de Gilles Marchand (France)
LA LA LAND de Damien Chazelle (USA)
MOTHER ! de Darren Aronofsky (USA)
LA NEUVIEME VIE DE LOUIS DRAX de Alexandre Aja (USA)
LES PROIES de Sofia Coppola (USA)

Baby Driver de Edgar Wright

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BABY DRIVER, dernier film en date de Edgar Wright (la trilogie Cornetto : Shaun/Hot Fuzz/World’s End + Scott Pilgrim) est une expérience de cinéma hors norme et rare; un trip presque physique, qui laisse son spectateur sur le carreau, avec l’impression d’avoir pris un shoot d’adrénaline pure. Et donc, très rétif à toute forme d’analyse après-coup, même à tête reposée. Sur le moment, on est embarqué dans ces montagnes russes rythmées et bruyantes. En sortant de la salle et en y réfléchissant, à part dire « waow, c’était mortel », difficile de prolonger plus loin la critique Laughing

Ce que je vais pourtant tenter de faire ici, rapidement.

Déjà, il faut préciser que le film n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on connaît du cinéma de Wright jusque là. Evidemment, on y trouve quelques correspondances et clins d’oeil; mais rien qui ne l’apparente vraiment à la trilogie Cornetto. Pour Scott Pilgrim, un peu plus de liens… mais si les films se rapprochent dans l’esprit et certains motifs, ils sont quand même sacrément différents.
Là où on retrouve bien le style du réalisateur anglais (ici transposé aux Etats-Unis dans un film qui serait typiquement américain si sa personnalité ne venait pas tout chambouler), c’est dans le mélange des genres, des tons, des idées; le brassage des références qui font exploser toutes les barrières. Parce que, c’est quoi, au juste, Baby Driver ? Un film policier autour d’une bande de braqueurs, d’un chef mafieux, de trafics en tous genre. Et un film d’action aux nombreuses poursuites et fusillades, absolument démentes par ailleurs. Et une comédie musicale; ou plutôt un film construit autour de la musique, omniprésente (un site internet a dénombré pas moins de 71 chansons utilisées dans le film !) et sans cesse traitée comme un élément dramatique à part entière. Et une comédie romantique autour de deux jeunes qui s’aiment et vont devoir affronter l’adversité pour survivre. Et une comédie tout court, aux nombreux gags et répliques vraiment drôles. Et même, un peu, un beau mélo – introduisant une forme d’émotion inédite jusqu’ici dans le cinéma de Wright (même s’il s’en était déjà approché, surtout dans Le dernier pub avant la fin du monde).
Tout ça participe à cette impression de tornade visuelle, auditive, émotionnelle, qui prend le spectateur et ne le lâche jamais pendant 1h50 d’un film incroyablement rythmé et qui file à toute vitesse. Le plus beau étant qu’aucun de ces éléments disparates n’est sous-traité; tout fonctionne à merveille et s’intègre parfaitement.

On peut ajouter encore une dimension, touchant cette fois au traitement des personnages, très ambigus. Sauf Debora (Lily James, très bien), traitée comme pure princesse de contes de fées. Tous les autres, même Baby (Ansel Elgort, une révélation en ce qui me concerne puisque je m’intéresse pas aux films de djeun’s à la Divergente dans lesquels il est apparu jusqu’ici) sont loin de se restreindre aux archétypes de leurs personnages. Dans leur psychologie autant que dans leurs agissements, aucun n’est tout blanc ou tout noir. Et impossible pour le spectateur de prendre totalement parti pour ou contre tel ou tel, de les ranger dans une catégorie « gentil » ou « méchant », d’être en accord ou en désaccord avec leurs agissements. Le couple de jeunes héros, par exemple, navigue sans arrêt entre Roméo et Juliette et Tueurs Nés Smile Je me dois aussi de citer le reste de la distribution prestigieuse, tout le monde méritant vraiment les éloges : Kevin Spacey, John Hamm,Jamie Foxx, Eiza Gonzales, John Berthnal

Si le savoir-faire technique du réalisateur n’est plus à démontrer, il parvient là à réhausser encore le niveau de sa mise en scène. La réalisation est impressionnante, avec notamment des plans-séquences quasi invisibles, jamais ostentatoires, mais qui marquent la vision du film. Par exemple cette scène chorégraphiée suivant Baby au début du film, après le premier braquage – qui ne dépareillerait pas dans une comédie musicale de l’âge d’or hollywoodien.
Et, fait suffisamment rare pour être noté : bien que très influencé par tout un tas de films, il s’agit ici d’un projet original né dans l’esprit de Wright et personne d’autre ! Je veux dire par là que le film n’est pas tiré d’une bédé, d’une série, d’un jeu vidéo, d’une pub pour dentifrice ; n’est pas un remake, pas une suite ni une préquelle… Les seuls autres exemples récents qui me viennent en tête sontAvatar et Pacific Rim; ça rend d’autant plus précieux ce type de blockbusters qui ne doivent rien à personne en dehors de leurs créateurs !

Bien plus que La La Land, le voilà, « le film de 2017 qui va vous rendre heureux », « le film que vous allez adorer » et blablabla ! Beaucoup plus efficace dans sa démarche que Chazelle, Edgar Wright propose un spectacle total, dont on ressort sur un petit nuage après s’être bien éclaté, avoir ri, frémit, été ému. On pourrait rapprocher la démarche de Wright de celle d’un Tarantino, un peu moins sombre, un peu plus cool… Mais l’anglais n’a pas besoin de ça : il continue de creuser son chemin unique. Ne reste plus qu’à espérer que le public le suive dans cette aventure bien plus enthousiasmante que ce qu’on peut voir par ailleurs dans le domaine du divertissement. C’est pas gagné, mais il le mérite largement.

CHACUN SA VIE de Claude Lelouch

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Comment trouver les mots pour les parler de CHACUN SA VIE, la dernière merveille en date de notre ami Claude Lelouch, tant la vision de la chose est une épreuve désarmante, qui annihile toute possibilité critique en même temps que toute proposition de cinéma ? 
Il suffirait de dire que, chaque fois qu’on croit que Lelouch ne peut pas aller plus loin, il continue de nous surprendre en creusant encore plus profond. 
De dire, encore, que c’est probablement un de ses pires films (même si c’est toujours ultra drôle au 150ème degré). 
Que, même pour du Lelouch, c’est extrêmement mauvais. 

Vous voyez ce que ça peut donner ? 
Eh bien, imaginez encore pire que ça. 

Ce qui est magnifique, dans cette merdasse ultime, c’est que c’est bien la quintessence du cinéma lelouchien. Une de ses fresques où s’entrecroisent les destins de tout un tas de personnages, à grand renfort de hasards, de coïncidence, et de signes du zodiaque. 
Un festival d’acteurs en roue libre où l’on retrouve toutes les chèvres habituelles de ses films, qui viennent ici simplement faire parfois un petit coucou dans une courte scène. 
Un festival d’aphorismes lelouchiens pathétiques et de sentences qui se voudraient profondes mais ne sont que ridicules. 
Un tourbillon de musiques à chier, de chansons nazes et de bande-son atroce. 
Un catalogue de clins d’oeil navrants au statut de ses vedettes (Johnny en veux-tu (pas) en voilà), à la vie de tous les jours, à l’amour, aux oiseaux et aux petites fleurs. 
Un empilage de scènes interminables trois fois trop longues qui tournent en rond pour ne rien dire. 

Mais, si ce n’était que ça, ça ne serait jamais qu’une merde de plus dans la filmographie d’une réalisateur qui les collectionne déjà par paquets. 

Le pire, dans le film, c’est son fond rance, puant au possible. 
Avant la séance (parce qu’on est arrivé bien assez tôt, moi et mes deux amis amateurs de navets, qui ne loupont aucun Lelouch au cinéma depuis sa sublime trilogie en un épisode et demi – histoire d’être surs de ne rien louper !), on discutait de notre réalisateur préféré, et notamment de ses orientations politiques bien à droite. On ne croyait pas si bien dire. 
Chacun sa vie est le premier film de l’ère Marine Le Pen. Réac, vulgaire, sexiste, homophobe, raciste, misogyne, inconscient, racoleur, putassier. Un festival de réflexion de bistrot du coin et d’idées nauséabondes. 

On ne compte plus les répliques et scènes qui mettent mal à l’aise, avant de faire franchement rigoler tellement c’est mauvais : 
– L’altercation entre Ramzy et sa meuf qui jouent une scène à la terrasse d’un café en alignant les clichés sur les arabes, l’islam, les banlieues; dignes du troquet du coin.
– L’avocat campé par Francis Huster qui fait acquitter un mec accusé de viol en disant que la victime l’avait cherché et qu’elle faisait partie d’un réseau de putes des pays de l’est (!!!) – tout ça parce que la soeur de l’accusé lui a proposé de coucher avec lui s’il faisait acquitter son frère (re !!!)
– Le personnage de Christophe Lambert qui réclame qu’on lui applique la peine de mort. 
– Michel Leeb qui pense qu’on paie trop d’impôts. 
– La super réplique : Le mariage pour tous, c’est aussi le divorce pour tous 
– La scène HAL-LU-CI-NAN-TE ou Philippe Lellouche propose à deux flics de se taper sa jeune maîtresse (jouée par sa vraie femme dans la vie, Vanessa Demouy !) pour s’éviter une prune. Et l’un des flics qui préfère se taper Lellouche. Qu’est-ce qu’on se marre. 

etc etc… 

Ahurissant de connerie et de laideur. 
Heureusement qu’on a quand même bien rigolé, pour compenser tout ça ! 
(spécial dédicace, aussi, au couple qui n’a pas eu le couraged’aimer de rester jusqu’au bout. Vous avez loupé quelque-chose de grand, les gens !)

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Depeche Mode -Spirit

Bon… J’ai évidemment craqué, et écouté l’album aujourd’hui.
Me suis dit que, finalement, le Depeche Mode de 2017 ne méritait plus l’attente fébrile du jour de la sortie, le rituel du déballage du CD, l’écoute en grande pompe etc. Tout ce que je me souviens avoir fait pour Violator, qui reste encore aujourd’hui mon meilleur souvenir de sortie d’album, tous groupes confondus.

Point de nostalgie; il ne s’agissait finalement que d’avancer de quelques jours le constat de l’incapacité encore renouvelée du groupe à retrouver les hauteurs de sa gloire passée. Pour rappel, même si on l’a beaucoup dit : le dernier grand album de DM date d’il y a maintenant 20 ans tout pile; le splendide Ultra – premier album après le départ d’Alan Wilder, les overdoses de Dave, disque exceptionnel d’un renouveau immédiatement tué dans l’oeuf par une tournée single mortifère qui a précipité le groupe sur la pente descendante. Même sans espérer retrouver de tels sommets, Delta Machine avait été suffisamment réussi pour espérer quelque-chose d’intéressant de ce Spirit qui lui succède aujourd’hui. Au pire, on allait positionner avoir là un des meilleurs albums de l’ère post-Ultra.

Ben non.

Les intentions annoncées et les premiers échos et avis sur l’album n’avaient pourtant pas tort sur un point : Spirit est en effet un album complexe, sombre, hanté, difficile d’accès, anti-commercial. On peut admirer la démarche de mecs à la cinquantaine bien tassée (pas loin des 60, même), qui n’ont plus rien à prouver et balancent ce truc pas aimable au lieu de se reposer sur leurs lauriers. à ce titre, le single Where’s The Revolution – dont on a pu critiquer son manque de prise de risque et sa facilité – est totalement à part dans le disque, et ne ressemble pas au reste. Je ne vois d’ailleurs pas trop quel single ils pourraient encore tirer de l’album, peut-être You Move ou So Muche Love – s’il veulent continuer dans cette veine provocatrice, lis devraient oser sortir Scum en single…
En même temps, la prise de risque pour un groupe qui est certain de vendre des millions de disques et de remplir les stades, hein… M’enfin, cet aspect des choses est clairement appréciable.

Après les disques pépères produits par Ben Hillier, il faut remonter à Exciter pour retrouver ce côté aventureux et quasi expérimental. La comparaison n’est pas innocente : comme leur album de 2001, ce dernier opus est plein de bonnes intentions, qui tombent toutes à plat. Parce que les premiers échos bavaient déjà (comme d’habitude) sur le disque de la renaissance, le nouveau Violator, le successeur de SOFAD, bla bla bla. Mon cul sur la commode, oui ! Il ne suffit pas de retrouver le ton de ces albums mythiques pour que, par un coup de baguette magique et un élan soudain d’inspiration qui les a quittés depuis longtemps, la magie revienne.

Globalement, je trouve la première moitié plutôt réussie.
La première chanson, Going Backwards, est même excellente – ça pourrait faire croire que l’étincelle de génie du groupe est bel et bien revenue. Et, en ouverture des concerts, ça va déchirer grave. C’est suivi par le single pas révolutionnaire, auquel je me suis habitué, et qui passe très bien.
Après, premier coup de mou via The Worst Crime – du Gahan solo sans intérêt et chiant comme la mort. Vient ensuite la chanson Scum, celle qui fait le plus parler sur les forums dédiés au groupe et amène les discussions les plus passionnées. Moi, j’aime beaucoup, un bon trip électro-industriel qui pète comme il faut. You Move est une bonne chanson pop, qui ne retrouve pas le génie des tubes passés, mais est bien dans l’esprit. Cover Me est molle, mais réussie.

Commence alors la seconde moitié de l’album… Et là, c’est la caca-c’est la cata-c’est la catastrophe.
Déjà, on bascule avec la première chanson chantée par Martin GoreEternal. Qui, comme la plupart des chansons de Gore depuis 20 ans, est bien pourrie. Poison Heart, commePoorman un peu plus loin, sont dans la lignée « électro-blues » de l’album précédent, mais beaucoup moins réussies ! Entre les deux, So Much Love fait un peu tâche dans l’ensemble de l’album, en essayant à nouveau de retrouver la qualité de leurs grandes chansons pop, mais sans y parvenir. No More (This is the last time) relève un peu le niveau avant la fin, mais il est déjà bien trop tard, et j’ai décroché de toute façon. D’autant plus que, pour la première fois, l’album se termine sur une chanson de Martin, Fail. On pourrait saluer cette nouveauté, si ça ne donnait pas encore lieu à un truc pénible, qui laisse un goût amer en fin de disque.

Ce qui est marrant, d’un point de vue ironique, c’est que la fin de l’album comprend sa propre critique : en effet, c’est la dernière fois, on ne m’y reprendra plus à espérer au retour de Depeche Mode aux cîmes qui ont été les leurs et qui sont maintenant inatteignables. Et, en effet, ce n’est pas avec ce disque, qui est un gros fail, qu’ils vont y arriver.

Après, je ne regrette pas d’avoir pris ma place pour le Stade de France (d’autant plus à tarif réduit par mon CE), vu qu’ils ne chanteront que 5/6 morceaux de cet album lénifiant (j’espère qu’ils piocheront dans la première moitié !); au profit des bons vieux tubes. Toujours les mêmes, mais qui, au moins, rappellent à quel point DM a été un grand groupe. Un jour, il y a très longtemps.

Mon année musicale 2016

Bon, je ne vais pas revenir pour la troisième année de suite sur les relatifs changements dans ma consommation musicale. C’est maintenant acté : je n’ai plus la même curiosité que par le passé, et ne suis plus tout au long de l’année à l’affut de la moindre note de musique susceptible de m’intéresser, même vaguement. Préférant me concentrer sur un lot de valeurs sures sur lesquelles je peux plus m’appesantir. Et ne dédaignant quand même pas une ou deux découvertes ou confirmations, si elles se présentent à moi de manière évidente.

Ce qui ne veut pas dire que j’écoute moins de musique de manière générale. Je crois que de ce point de vue là, ça ne changera pas ; et de la même manière que je ne peux pas rester sans voir mon lot de films hebdomadaire, il me faut ma dose de musique quotidienne pour survivre dans un monde qui serait bien plus pauvre sans ça…

Et, donc, au moment de ce traditionnel classement des albums de l’année, je me suis retrouvé dans une situation comparable à mon classement cinéma (voir le sujet approprié). A savoir avec une liste d’albums qui s’est constituée facilement et de manière évidente ; une liste plus importante que la sensation que j’avais d’une année 2016 où l’intérêt des nouveautés musicales avait frisé le néant. L’actualité de 2016 s’étant plus faite en égrenant une trop longue litanie de morts célèbres qu’en fêtant l’arrivée de beaux et bons disques dans les bacs (ou sur les plateformes de téléchargement et de streaming). Finalement, non : j’aurai quand même trouvé ma dizaine d’albums intéressants sortis dans l’année (et sans avoir à tricher, cette fois Smile). Tout juste, mais ils sont bien là. Et quelques motifs de déception, aussi – qui alimentent plus mon flop musical 2016 que de vraies daubasses évidentes à la Jul ou Claudio Capeo que je n’écoute pas de toute façon…

Mais, là encore à l’image de mon top ciné, difficile pour moi de classer les albums de cette sélection dans un ordre de préférence. J’aurais tendance à dire que le troisième opus deFrustration est mon préféré de l’année, quand même. Avec lui, il y a un top 5 qui se détache du reste (et on verra que ce n’est pas l’extase totale et absolue à chaque fois). Puis un autre bloc de 5 autres « bons disques mais un peu moins bons quand même ». Mais ça n’ira pas plus loin…

FRUSTRATION – Empires of Shame

Le troisième album du groupe français, parvenant encore mieux que les anglo-saxons à remettre le post-punk au goût du jour, aura connu une gestation compliquée. Enregistré l’année dernière, présentant plusieurs chansons jouées sur scène depuis (et il y a encore de la réserve) – on peut dire qu’il s’est fait attendre. Mais on peut aussi dire, haut et fort, que cette attente a été récompensée !
Au premier abord, l’album paraît plus brut de fonderie que les précédents, plus âpre, mettant un peu de côté les synthés au profit d’une orientation plus punk et rentre-dedans. Mais, à force de l’écouter, on se rend compte qu’il n’en est rien. C’est juste que les compositions sont peut-être encore plus travaillées que par le passé, et mettent plus de temps à révéler toute leur richesse. Et ces empires se révèlent finalement aussi enthousiasmants que les compositions précédentes du groupe ; montrant l’étendue de leur talent et le foisonnement de leur univers musical. A la fois très influencé, et totalement personnel. Au côté de bombes nucléaires du genre Cos’ you ran away, No Place ou Empires of Shame, on trouve même une étonnante (et magnifique !) Arrows of Arrogance qui ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait jusqu’alors.
Le seul défaut du disque, en fait, c’est d’être trop court !

BLOC PARTY – Hymns

Il s’en est fallu de peu pour que le groupe ne survive pas à une énième crise d’ego – qui couvait déjà après le départ de Matt Tong suite à la tournée précédente… Pour éviter de disparaitre, le duo constitué de Kele Okereke et du guitariste Russel Lissack a viré Gordon et la remplaçante de Matt, pour repartir dans l’aventure avec une nouvelle section rythmique. On pouvait tout craindre de ce cinquième album conçu, donc, par une moitié de BP. Que la fougue n’y soit plus, que les nouveaux musiciens ne soient pas à la hauteur, que Kele nous casse les couilles oreilles avec sa musique électro…
Rien de tout ça ! Evidemment, les petits nouveaux ne font pas oublier les musiciens qu’on avait appris à aimer quand on a suivi le groupe depuis ses débuts il y a 10 ans. Bien sûr, les nouvelles orientations imposées par le duo despotique peuvent paraître moins accrocheuses. Et non, l’album ne restera probablement pas comme un des meilleurs du groupe.
Mais, à l’écoute du truc, franchement, on s’en fout ! Parce que c’est particulièrement réussi en soi. On ne pourra pas reprocher au groupe de se reposer sur ses lauriers. Mieux vaut saluer leur mentalité les poussant à toujours aller plus loin dans leurs envies, tout en se reposant sur le socle solides de leurs chansons. Ici, la plupart de leurs expérimentations sont concluantes, que ce soit le gospel de The Good News, la pop de Virtue, l’atmosphère spatiale de Different Drugs et même les délires électro/disco de l’excellent single The Love Within.
Y’a quelques déchets (d’autant plus sur la version longue du disque), mais rien de bien méchant. Y’a surtout du Bloc Party; et, alors qu’on s’attendait à ne plus jamais en entendre, ça fait sacrément plaisir.

DAVID BOWIE – Blackstar

Que dire, au moment du bilan de l’année, sur l’album de Bowie sorti le jour de son soixante-neuvième anniversaire, deux jours avant sa mort ? Il n’y a (presque) plus rien à en dire, justement, après quasiment une année à expliquer en quoi la disparition de ce génie (pour une fois, le mot n’est pas galvaudé) a été une perte immense pour la musique. A décrire en quoi cet album a été conçu comme un testament, une mise en scène réfléchie de la mort prochaine de l’artiste, une dernière pierre aussi sombre que lumineuse sur son chemin, un ultime écho de son talent immense, de son éternelle volonté de défricher, d’aller là où on ne l’attend pas.
Dans les premiers jours d’écoute, j’aimais le disque sans le trouver phénoménal non plus. Trop jazzy pour moi, par moments ; peut-être trop hermétique. Et puis, forcément, je l’ai beaucoup écouté ensuite, dans les semaines qui ont suivi la mort de Bowie. Avec les autres, les grands chefs d’œuvre du passé, les Ziggy Stardust et autres Heroes. Pour y découvrir des splendeurs cachées, des trésors musicaux insoupçonnés. Pour parvenir, aussi, à mettre de côté ce qui pouvait parfois me gêner dans ce mini-album qui n’en est pas un sur la durée.
Difficile d’y voir un « simple album » tant il reste indissociable de la mort de son concepteur et de toute l’histoire qu’il traîne avec lui. Mais tout aussi difficile de nier que c’est un grand disque de toute façon.

MESH – Looking Skyward

Un peu comme pour Bloc Party un peu plus haut, il est clair pour moi que ce dernier album en date de mon groupe chouchou ne figurera pas parmi leurs meilleurs. Mais, là aussi, unMesh pas totalement concluant vaut toujours mieux que la majorité des autres trucs sortis la même année ! (pour une fois, DM n’a pas sorti d’album au même moment, ça leur évite de se faire ridiculiser encore une fois Wink) C’est surtout une question d’attente, en fait : ce Looking Skyward vient après 2 excellents albums, qui renouaient quasiment avec la grandeur du diptyque magique The Point…/Who Watches…, est conçu dans la même logique, mais s’avère plus faible. Peut-être auraient-ils dû y consacrer le même délai que pour les précédents, histoire de peaufiner le tout. En l’état, le disque est un peu handicapé par sa structure – quelques mauvaises chansons venant de temps en temps casser le rythme des bonnes.
Mais, malgré tout, ce groupe que j’aime au-delà de toute raison parvient toujours à me procurer le même frisson, à me toucher, m’émouvoir – même si, dans le cas présent, c’est de façon plus sporadique que par le passé. Ça commence quand même sur un enchaînement de 6 chansons qui butent bien, jusqu’au sublime instrumental Iris. Ensuite, on ne retrouve ces hauteurs que ponctuellement, mais au moins on les retrouve.
Ce n’est pas encore avec cet album, certes imparfait mais ô combien jouissif, que les anglais délocalisés en Allemagne vont tomber du piédestal sur lequel je les ai placés…

JACK WHITE – Acoustic Recordings

Pour moi qui ne m’étais pas intéressé plus que ça aux White Stripes à leur grande époque, et qui ne m’étais mis à écouter Jack White qu’à partir du premier album des Raconteurs, ce double-album de reprises acoustiques de son catalogue est apparu comme une vraie nouveauté. Plus que la recréation de chansons connues en versions épurées et sobres, une grosse moitié des disques constituaient donc de magnifiques balades, des morceaux de blues percutants, du rock primal dénudé. Et, sur les chansons que je connaissais déjà, une nouvelle façon de les appréhender – écouter la sublime version de Carolina Drama et se dire que les compositions de White n’ont pas besoin d’arrangements et d’effets pour faire ressentir leur force jusqu’au plus profond de son être.
Après, ça m’a aussi incité à écouter au moins un peu de White Stripes, et tant qu’à faire, autant commencer par leur disque le plus emblématique : Elephant. Et là, j’ai découvert, 15 ans après tout le monde, la puissance du bouzin ! Si le disque était sorti cette année, nul doute qu’il serait apparu ici.
Quant à cet ensemble d’enregistrements acoustiques, il n’aurait pu être qu’une opération commerciale destinée à faire du fric avec du vieux, une compilation racoleuse de versions alternatives de chansons que tout le monde connaît déjà. La réussite de l’album montre au contraire comment on peut encore faire de bonnes choses, sincères et dénuées de calcul, dans le monde de la musique de 2016. Rafraîchissant.

Le reste du top 10 :

JOHN CARPENTER – Lost Themes 2

Il va falloir s’y faire : Carpenter s’est mis en retraite du cinéma (et quand on voit The Ward, on se dit que c’est pas plus mal !) et c’est bien du côté de la musique qu’il va continuer de nous donner des nouvelles. Aucune surprise dans cette seconde livraison d’instrumentaux électroniques très connotés « années 80 ». On est dans la pure lignée du premier album du désormais musicien, qui nous balance ici une nouvelle bande-son rêvée pour un film qui n’existe pas dans sa filmographie. A mon avis, ce second opus est même encore meilleur que le premier : il ne contient pas de morceaux aussi géniaux que Vortex ou Night, certes, mais l’ensemble est plus cohérent est solide.

LES FATALS PICARDS – Country Club

Pour leur dernier album studio, les Fataux ont fait appel au crowdfunding via une campagne Ulule qui a explosé tous les compteurs. Au-delà du plaisir à participer à l’aventure, des goodies, de l’album délivré en mains propres par le groupe et d’un excellent concert en novembre dernier, il reste la galette en elle-même. Un album qui n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux, contient quelques chansons pas bien et présente un léger passage à vide à un moment. Mais qui a aussi son lot de chansons qui pètent bien, de paroles hilarantes, d’idées délirantes. Le groupe continue de creuser son sillon, s’éloignant toujours de la parodie pure sans pour autant la renier, accentuant encore on côté punk-rock dans des compositions décapantes.
En bonus pour les ululeurs, le mini-album de Paul le Valeureux, pour le coup typiquement dans le style des Fatals Picards des débuts, complètement débile et à mourir de rire.

LA FEMME – Mystère

J’avais bien aimé le premier album du groupe (sans en être gaga pour autant), écouté après les avoir découverts en concert. Là encore, j’ai eu l’occasion de les voir à Rock en Seineavant la sortie de ce second album. Et là encore, j’ai été emballé et complètement emporté ans leur univers bariolé et fou. A la suite de ça, l’écoute de ce Mystère m’a parue bien plus concluante que celle de leur premier essai. C’est évidemment en gros la même chose… mais en mieux. Avec une diversité plus importante encore dans les sources et influences, donnant à l’arrivée un gros patchwork de musiques et de sensations diverses. Reste encore au groupe à passer outre une attitude qui peut agacer, un côté bons élèves chtarbés juste comme il faut, qui plaisent forcément à la critique bobo et intello. En gros, à se lâcher définitivement sur disque comme ils le font sur scène.

IGGY POP – Post Pop Depression

D’un côté, l’iguane, qui n’a plus rien à prouver, est revenu de toutes les guerres, et vient de perdre son ami/mentor/sauveur Bowie. De l’autre, Josh Homme, traumatisé par l’expérienceEagles of Death Metal et le concert du Bataclan. Ensemble, les deux hommes exorcisent leur démons et se livrent comme rarement, dans un disque sincère, hanté, qui retrouve l’essence primitive du rock et aligne les perles. On pourra trouver qu’Iggy s’est assagi, ou que Josh se révèle souvent plus puissant au sein de Queens of the Stone Age. Mais aussi que cet album retrouve la grâce des grands disques à la Raw Power ou The Idiot. Ce qui n’est pas peu dire.

LOUISE ATTAQUE – Anomalie

Sur le papier, la reformation du groupe phénomène, 10 ans après un troisième album qui apparaissait déjà un peu comme « le disque de trop », avec un membre de moins, alors que seul Gaétan Roussel a vraiment réussi à convaincre loin du groupe… ça ressemblait surtout à une belle opération commerciale destinée à renflouer le compte en banque de Louise. Eh ben non, même pas ! (enfin, ça leur a rapporté plein de thunes, hein Cool). Le disque n’est certes pas du niveau des deux premiers albums, mais est néanmoins très réussi. Plein d’arrangements et de recherches qui éloignent les compositions de celles des débuts, mais qui conservent toujours vivant l’esprit de Louise Attaque.

RADIO ELVIS – Les Conquêtes

L’exemple type d’un début de carrière parfait, ce groupe autour duquel le buzz est monté progressivement, via des prestations scéniques remarquées et quelques chansons d’une efficacité sans failles. Comme beaucoup de monde, je les ai découverts sur scène, et ai instantanément pensé que quelque-chose d’intéressant se passait, enfin, dans le paysage du rock français. Un rock lyrique et abrasif à la fois, où texte et musique ont autant d’importance, qui convoque en même temps Noir Désir et Dominique A (notamment via le timbre de son chanteur). Et ce premier album n’a pas démenti tous les espoirs placés en eux : Radio Elvis est bel est bien LE groupe français à suivre ces prochaines années.

+ 2 E.P. qu’il est impossible de passer sous silence (et qui auraient probablement figure dans le top si ça avait été des albums complets conservant cette qualité sur le double de chansons !)

NINE INCH NAILS – Not the Actual Events

Fin 2015, Trent Reznor avait annoncé des nouveautés signées NIN pour 2016. Début décembre, on commençait à se dire qu’il s’était un peu foutu de notre gueule… Jusqu’à l’arrivée surprise de ce maxi 5 titres en téléchargement dans la dernière semaine de l’année ! Fracassante, la surprise : un retour à la période industrielle de NIN, du gros son bien lourd, de la violence, de la noirceur. Non pas la « nouvelle orientation » annoncée par Trent et son complice désormais inséparable Atticus Ross, mais une nouvelle façon d’agrémenter les ingrédients de la musique du groupe. ZE bombe nucléaire de cette fin d’année, le truc qui va vous éclater les tympans et vous vriller le cerveau. Et qui est sacrément prometteur pour la suite !

SLEAFORD MODS – TCR

Bien que le duo anglais existe depuis un certain temps, et que mon pote Lionel m’en ait souvent parlé avant, je ne m’y suis intéressé que cette année. Suite au concert terrible donné par le groupe avec mes chouchous de Frustration à la Villette, je me suis mis à l’écoute de leurs albums, et ai complètement plongé dans ce rap/electro ne ressemblant à aucun autre, plongées époustouflantes dans l’univers des mods anglais, avec de vrais bad boys qui ridiculisent instantanément leurs congénères. Si ce maxi est un peu frustrant de par sa durée réduite, il contient deux de leurs meilleures chansons (TCR et I Can Tell). Et constitue surtout un apéritif qui permet de patienter jusqu’à leur prochain opus qui sortira en mars 2017.

A ce top, je veux aussi ajouter le dernier album de Dionysos – Vampire en pyjama et celui du retour de Mickey 3D – Sebolavy. Pas exceptionnels ni l’un ni l’autre, ils sont quand même plutôt réussis, totalement dans la lignée de ce à quoi les deux groupes nous avaient habitués.

Au rayon des déceptions de l’année 2016, je tiens à citer en premier le dernier album de Radiohead – A Moon Shaped Pool. Pourquoi ? Parce qu’il était hyper attendu, parce qu’on nous a bassiné avec, parce qu’il va apparaître dans tous les tops de la critique Inrocks/Libé/Mémérama, parce que ça avait été annoncé par le biais d’un excellent single et que le reste n’est pas à la hauteur, parce que c’est leur deuxième album décevant de suite et que je commence sérieusement à m’inquiéter pour le groupe, etc. Honnêtement, j’ai pas trouvé ça si mauvais ; il y a même quelques très bonnes chansons et de beaux moments. Mais c’est noyé dans un amas sans grand intérêt, qui ne (me) provoque aucun frisson et me laisse de marbre + les expérimentations prise-de-tête du groupe tournent maintenant carrément en rond. Pour un groupe qui a su provoquer tant d’émotions par le passé, c’est juste douloureux.

Comme est douloureux le 148ème retour de The Pixies dont le Head Carrier m’a paru bien naze (je préfère encore Indie Cindy, qui n’était pourtant pas exceptionnel !). Comme chez Thom York & Co, il y a quelques bonnes chansons qui dépotent comme il faut, de bons éclairs où on retrouve tout ce qu’on a pu aimer chez les Pixies. Mais dans l’ensemble, la mayonnaise ne prend pas. C’est laborieux, mou du genou, sans aucune originalité. Ça semble surtout toujours forcé (« on a une nouvelle bassiste remplaçant celle, historique, des origines ? mettons là en avant pour cacher la misère »), de la part d’un groupe qui court après sa gloire en s’essoufflant sans parvenir à la rattraper.

Dans une moindre mesure, l’autre déception notable de l’année est le second album du français Lescop, Echo. Dont j’avais beaucoup aimé le premier, qui parvenait à ressusciter une certaine new wave française à la Taxi Girl dans un miracle d’équilibre et de puissance. Sauf qu’un miracle, par définition, ça ne se reproduit pas. Et qu’à vouloir forcer et pousser trop loin les éléments du premier album, le chanteur finit par tomber dans la caricature de lui-même et accoucher d’un disque pathétique.

Et j’ai même pas écouté le dernier Archive ! Comme je le disais l’année dernière, je crois que j’en suis arrivé au stade où je n’arrive même pas à trouver un minimum d’intérêt aux nouvelles productions du groupe anglais.
Au rayon des gens dont je n’ai plus rien à battre, on peut aussi mettre Miossec ; sauf que lui, j’ai écouté (une fois) son Mammifères. Dont je n’avais rien à battre.

Enfin, je terminerai sur mes concerts de l’année, une dizaine, comme les années précédentes. Qui auront surtout été marqués par le grand retour à Paris de THE CURE à Bercy !!! Alors, ok, ce n’était pas leur meilleur concert dans la capitale, les autres dates françaises étaient plus intéressantes, on a pu être déçu par l’absence de surprise de la setlist blablabla. Mais bon, un concert de la bande à Robert, c’est quand même toujours du bonheur en barres. Et comment ça te booste une année musicale, de suivre sur le net et en vrai les événements liés au groupe…
Et quand tu finis la même semaine par le dernier concert de la tournée de Hubert Félix Thiéfaine au Zénith bounce Un concert identique aux autres de la tournée au niveau de la setlist, mais en mode « plus » : avec une orchestre en plus, plus de folie, plus d’ambiance, plus de gros son qui tâche… Un des meilleurs concerts d’Hubert, en ce qui me concerne !
L’autre(s) grand(s) moment(s) live de l’année, ça aura été les 2 concerts de Frustration : celui à la Villette avec Sleaford Mods en complément, et le premier des deux concerts de lancement de l’album à la Maroquinerie (le second était apparemment encore meilleur, mais je pouvais pas y aller !). Deux grands moments de folie, de furie punk contagieuse, à l’image de mon « album de l’année ».