Top / Flop Cinéma 2018

Puisqu’il est à peu près certain que j’aurai pas le temps de retourner au cinéma d’ici la fin de l’année ; et que pareillement je ne devrais pas avoir le temps de rattraper le dernier film en réserve pouvant prétendre aux plus hautes places du podium (ni aux plus basses) – il est temps de livrer mon palmarès des films de l’année 2018.

Contrairement à mon habitude, j’ai régulièrement mis à jour les différentes listes ci-dessous au fur et à mesure de l’année. Ce qui m’a permis de rendre compte de l’impression laissée par les films sur le moment, mais aussi de revoir cette impression avec le temps qui passe, et les secondes visions en DVD le cas échéant. Il ne m’est plus alors resté, fin décembre, qu’à hiérarchiser tout ça (enfin, presque, vu que 2 films sont venus tout bouleverser au dernier moment, pas plus tard que cette semaine !). Ça devrait m’éviter l’habituel procès en forme de « prime à la nouveauté » (à part pour le « meilleur film de l’année, mouarf !) – certainement pas celui de « l’objectivité à la Phil » à base de films surévalués et d’oublis notables :lol :

Du coup, l’exercice a été plutôt aisé et rapide, sans tergiversations douloureuses. Un peu comme l’année dernière, à part que je n’ai même pas eu cette fois à exclure des films du top 10.

Et voilà donc ce que ça donne :

1 – SPIDER-MAN : INTO THE SPIDER-VERSE – Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman (USA)

Le « meilleur film de l’année 2018 de Phil » est donc un film d’animation, de super-héros, qui pulvérise tous les autres films d’animation et de super-héros vus en 2018 (et même un paquet de temps avant). Une merveille d’adaptation qui réinvente le personnage en s’appuyant sur tout ce qu’on a lu ou vu depuis 50 ans. Le film qui défonce tout Marvel et DC en deux heures de temps.

2 – LES INDESTRUCTIBLES 2 – Brad Bird (USA)

Le « second meilleur film de l’année 2018 de Phil » est donc un film d’animation, de super-héros, qui pulvérise tous les autres films d’animation et de super-héros vus en 2018 (et même un paquet de temps avant) – sauf le précédent. A peine moins bon que le premier, une merveille de rythme et d’écriture, multipliant les séquences ébouriffantes. L’autre film qui défonce tout Marvel et DC en deux heures de temps.

3 – MISSION IMPOSSIBLE FALLOUT – Christopher McQuarrie (USA)

En jouant la carte du « toujours plus » (d’action, de rebondissements, de personnages, de cascades, de Tom Cruise, de moustache…), le film risquait l’overdose à tous les étages. Au contraire, le pari s’est avéré hautement payant. Et le film constitue un Everest du cinéma d’action qui secoue son spectateur pendant 2h30 avant de le laisser comme une loque sur son siège. Le pire, c’est qu’on en redemande.

4 – READY PLAYER ONE – Steven Spielberg (USA)

Contrairement aux précédents, le film accentue quelques défauts à la revoyure – ce qui lui a fait perdre la première place qu’il a longtemps occupée en prévision du classement de fin d’année. Contrairement à ce qu’en pensent ses détracteurs, pas de problème avec la gestion des références pop dans le film ; bien au contraire. Le film, qui marque le grand retour de Spielberg après plus de 10 ans de panouilles est clairement un rêve de geek ultime, doublé d’une vraie réflexion sur ce qu’on fait de ces références, justement. Et un super film d’action/SF enthousiasmant.

5 – MIRAÏ MA PETITE SŒUR – Mamoru Hosoda

J’ai eu la chance de voir le film dès le mois de juin, lors de la reprise de la « Semaine de la Critique » au Forum des Images. Bien avant sa sortie officielle à la toute dernière semaine de l’année – qui va l’empêcher d’apparaître dans la plupart des tops de l’année de tout le monde… et c’est bien dommage ! Le nouveau film du réalisateur des [i]Enfants Loups[/i] est un nouveau joyau drôle, sensible, émouvant, fantastique, imaginatif, qui confirme le talent singulier de son réalisateur.

6 – LA FORME DE L’EAU – Guillermo del Toro (USA)

Comme souvent (remember Scorsese ou Le Retour du Roi par exemple), il est dommage que le mexicain génial soit honoré et reconnu par les institutions au moment où il livre une version « assagie » de son cinéma habituel. Mais totalement logique : loin de sacrifier sa vision, Del Toro l’affirme ici de manière plus évidente, plus explicite, qui lui permet de toucher plus de monde. Et sans parjure, ce qui le rend toujours plus attachant aux yeux des « vieux » fans qui peuvent ajouter ce dernier-né à leur DVD-thèque, sans démériter aux côtés de ses autres films plus vénéneux.

7 – JUSQU’A LA GARDE – Xavier Legrand (France)

Le meilleur film français de l’année. Voilà, c’est tout. Non, s’il faut développer, ajoutons que, si ce premier film totalement maîtrisé (dingue !!!) est si impressionnant, c’est par sa capacité à faire du Cinéma (avec un grand C) au sein d’un système habituellement plus attaché au fond qu’à la forme. De la première scène quasi-documentaire au final à la Shining ultra-angoissant, le film fait monter la tension, alterne les genres et les styles, donne la part belle à ses acteurs phénoménaux (Denis Ménochet explose enfin dans le rôle principal). Et s’impose en obligeant le spectateur à s’impliquer, jusqu’au malaise.

8 – HEREDITE – Ari Aster (USA)

Encore un premier film incroyablement maîtrisé – qui, du coup, dépasse son statut de « simple film d’horreur » (on est loin des productions Jason Blum à la con !). mais qui n’oublie pas pour autant d’être aussi un « vrai film d’horreur », notamment dans un final ultra gore qui a laissé certains spectateurs dubitatifs. Enfin, beaucoup n’ont pas attendu la fin pour dubiter, le film ayant pas mal partagé et donné lieu à des discussions passionnées. Pour moi, ça passe largement ; ça faisait bien longtemps que je n’avais pas eu un tel choc devant un film d’horreur.

9 – THE GUILTY – Gustav Moller (Danemark)

Un petit film-concept danois qui ne paie pas de mine avec son huis-clos dans un commissariat à un seul personnage au téléphone… mais qui est un modèle de suspense et de construction, réservant son lot de surprises et de retournements de situation audacieux. L’exemple type de la petite série B tellement bien foutue qu’elle écrase sans problème les films de catégorie A à la ramasse. D’ailleurs, le film devrait représenter le Danemark aux prochains Oscars (alors que la France a été éliminée ; ces cons n’ayant pas voulu présenter Jusqu’à la Garde !).

10 – L’INSULTE – Ziad Doueiri (Liban)

À l’exception d’un micro-buzz au moment de sa sortie en début d’année, ce film libanais a peu fait parler de lui, et a complétement disparu du paysage en cette fin d’année. De manière totalement injuste ! Le film est une mécanique implacable qui, décrypte l’escalade irrémédiable des conséquences d’un micro-événement sans importance. Et livre un discours politique, social, humain, d’une acuité folle.

Et je dois ajouter une mention spéciale pour :

ROMA – Alfonso Cuaron (Mexique)

Parce que j’ai vu le film juste en fin d’année, et que c’est un film difficile à appréhender en une seule vision. Parce que j’ai vu le film sur Netflix, alors qu’il mérite clairement la vision en salle. Parce que le film ne pas totalement convaincu sur le moment, mais me hante depuis. Parce que, surtout, c’est une splendeur visuelle ayant peu d’équivalents.

Comme toujours, je complète ce classement avec les autres films qui échappent au podium, mais méritent d’être cités à la suite des grands moments de l’année. Et, vu que j’ai un peu triché avec mes 11 films dans le top 10, comme souvent dès que je fais des classements :D, voici la liste des 19 autres pour faire au final un compte rond (par ordre alphabétique) :

3 BILLBOARDS – LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE – Marting McDonagh (USA/RU)
Du « sous Coen Bros » allant jusqu’à récupérer leur actrice fétiche ; mais finalement meilleur que les derniers films des frangins.
ASTERIX ET LE SECRET DE LA POTION MAGIQUE – Alexandre Astier & Louis Clichy (France)
Le premier Asterix signé Astier et Clichy était déjà réussi. Le second est encore meilleur ; qui plus est, pour une fois, sur un scénario totalement original (c’est peut-être lié).
AVENGERS INFINITY WAR – Joe & Anthony Russo (USA)
Les défauts habituels des films du Marvel Cinematic Universe passent mieux dans la première partie de ce film-somme, qui boucle les histoires engagées depuis 10 ans, a enfin un vrai bon méchant, et se termine sur une séquence dramatique forte (qui sera certainement effacée dans Endgame en 2019).
CHAMPIONS – Javier Fesser (Espagne)
Une des comédies les plus drôles de l’année est espagnole et met en scène des handicapés coachés par un personnage totalement imbuvable. C’était pas gagné sur le papier ; à l’écran, c’est totalement réussi.
DEADPOOL 2 – David Leitch (USA)
Le même que le premier, en mieux structure mais sans l’effet de surprise. Ça fonctionne toujours, et c’est toujours bien marrant.
EN GUERRE – Stéphane Brizé (France)
Comme dans La Loi du Marché, le duo Brizé/Lindon transforme un drame social en véritable film de guerre qui prend aux tripes.
GHOSTLAND – Pascal Laugier (France)
Encore une fois, Laugier signe un tour de montagnes russes éprouvant (le film est vraiment très violent, très gore et très agressif), tout autant qu’une réflexion sur le genre. Et encore une fois, il sait nous mettre face à des choses qui ne font pas plaisir.
LE GRAND BAIN – Gilles Lellouche (France)
Qui aurait cru que le gros beauf Lellouche (bien aidé par un casting long comme le bras et imparable) était capable de livrer non seulement un carton public, mais surtout une vraie bonne comédie drôle et sensible ? Dingue.
MARY ET LA FLEUR DE LA SORCIERE – Hiromasa Yonebayashi (Japon)
Quand des anciens de chez Ghibli partent former un autre studio, il ne faut pas s’attendre à ce que leur premier film diffère beaucoup de ceux de la firme de Miyazaki et Takahata. Le véritable exploit, ici, est qu’il n’ait pas à rougir de la comparaison.
OTAGES A ENTEBBE – José Padilha (Royaume Uni)
Après un détour par le remake merdique de Robocop, le brésilien furieux revient en forme avec ce film politique et d’action prenant et intelligent. Espérons qu’il reste sur cette voie là à l’avenir.
OVERLORD – Julius Avery (USA)
La série B la plus fun et décomplexée de l’année. Des zombies, des nazis, des nazis-zombies, du gore, de la violence… ne manquait plus qu’un peu de cul pour réussir l’alchimie parfaite !
PARANOIA – Steven Soderbergh (USA)
Le film n’a fait parler de lui que parce qu’il était tourné intégralement avec un iPhone. C’est passer à côté du fait que le procédé n’est intéressant que parce qu’il permet de construire un thriller parano inédit dans sa forme, et invente de belles propositions de cinéma.
PLACE PUBLIQUE – Agnès Jaoui (France)
Selon le principe qui veut que « un Jaoui/Bacri mineur vaut mieux que n’importe quelle autre comédie française de l’année », ce film pas parmi leurs meilleurs vaut quand même bien mieux que la concurrence. Et on avait rarement autant ri à gorge déployée avec eux.
PREMIERE ANNEE – Thomas Litli (France)
On s’attend à voir une comédie (et, effectivement, on rigole bien), mais le film est bien plus que ça : un vision impitoyable de la fabrique de l’élite. Vincent Lacoste et surtout William Lebghil sont excellents.
REALIVE – Mateo Gil (Espagne)
Le scénariste du Ouvre les Yeux d’Amenabar revient à ses obsessions des débuts après un long hiatus. Et livre un film de SF fascinant et émouvant à la fois.
SANS UN BRUIT – John Krazinski (USA)
Avec ce genre de film concept, en général, ça passe ou ça casse. Là, ça passe largement ; c’est même d’une efficacité redoutable. Aussi parce que le film a le bon goût d’être court et sans gras.
SILENT VOICE – Naoko Yamada (Japon)
On m’avait (sur-)vendu un truc du niveau de Your Name (mon fils maintient même toujours que c’est mieux !), ce n’est pas le cas. Mais, clairement, on n’en est pas loin.
VERONICA – Paco Plaza (Espagne)
Au sein d’une année inhabituellement catastrophique pour le fantastique espagnol, ce film tiré d’une histoire vraie aura fait l’effet d’une oasis de frissons bienvenus.
LES VEUVES – Steeve McQueen (USA)
Quelques mois après Ocean’s 8 sur un argument proche, l’anglais McQueen livre tout ce que le film de Gary Ross n’est pas : un spectacle solide, intelligent, avec une troupe d’actrices au top.
Au rayon des reprises, l’année 2018 aura été marquée par la ressortie au cinéma des plusieurs films de John Carpenter (et ça continuera au tout début 2019) en copie restaurées 4K et tout le bordel. L’occasion pour moi de revoir sur grand écran 2 de mes films préférés du maître : LES AVENTURES DE JACK BURTON et PRINCE DES TENEBRES.
Dans le même genre, un de mes grands moments de bonheur au cinéma en 2018 a été la Soirée Starfix consacrée à l’australien Russel Mulcahy enchaînant RAZORBACK (que j’ai vraiment redécouvert sur grand écran en copie impeccable) et HIGHLANDER (un de mes films culte absolu des années 80).

On le verra lors de mes super statistiques à venir début 2019, je suis plus allé au cinéma cette année que les précédentes. Donc, mathématiquement, ça a été une riche année au niveau des trucs tout pourris ! 😀
Même sans film de Lelouch (mais on en aura 2 l’année prochaine normalement, youpi).
1 – TAXI 5 – Franck Gastambide (France)
Gastambide reboote la franchise Bessonesque, en l’adaptant à son « humour » et en restant fidèle aux bases… et parvient à faire le pire film de la franchise. Quand on voit le niveau, ça donne une idée de la bouse intersidérale !

2 – CLIMAX – Gaspar Noé (France)
Pour la première fois dans sa carrière, Noé provoque chez moi un de ces réactions de rejet total habituelle chez ses détracteurs. En fait, ça me rassure assez dans mon rapport au cinéma – encore capable en 2018 de générer cette haine compensant tant d’amour pour le top 10.

3 – 15:17 TO PARIS – Clint Eastwood (USA)
Que le fond du film soit bien rance, on s’y attendait de la part d’un Eastwood s’étant affirmé clairement réac depuis des années. Mais que la forme soit aussi merdique, c’est nouveau chez le dernier représentant d’un classicisme américain soigneux. (heureusement qu’il devrait se rattraper dès janvier 2019 avec La Mule)

4 – VENOM – Ruben Fleisher (USA)
La bousasse intersidérale de l’année au rayon des gros blockbusters américains. Rien ne fonctionne, c’est laid, pas drôle, pas épique, mal joué et mal filmé… Mais, comme l’a dit son co-créateur récemment, ça doit être parce que je suis trop vieux pour ce conneries. Spoiler : non, c’est parce que c’est de la merde.

5 – SUSPIRIA – Luca Guadagnino (Italie)
Contrairement à beaucoup d’amateurs de fantastique (enfin, vu le flop du film, je ne sais pas si “beaucoup” est bien le mot), je n’aime pas le film original d’Argento – et n’allait pas voir cette boursouflure filmique ultra-chiante dans l’idée de la démolir. Mais bon, quand on voit que l’original est un chef d’œuvre en comparaison…

6 – PACIFIC RIM UPRISING – Steven DeKnight (USA)
Là, par contre, je suis fan du premier film de Del Toro – viré comme un malpropre de la suite d’une franchise qu’il avait entièrement créée. Un procédé dégueulasse, qui devient en plus complétement con, quand on voit ce qu’en ont fait les producteurs de ce sous-Transformers au rabais tout pourri.

7 – FLEUVE NOIR – Eric Zonca (France)
Un concours de cabotinage pathétique entre Cassel et Duris, interprétant un concours de scénario à la con, illustré par un concours de réalisation à la ramasse. En plus d’être chiant comme la mort.

8 – NO DORMIRAS – Gustavo Hernandez (Espagne)
Le film qui porte le plus mal son nom de toute l’histoire du cinema : perso, j’ai bien dormiras pendant cette daube !

9 – THE PREDATOR – Shane Black (USA)
Comment une idée passionnante sur le papier – confier le remake/reboot/suite de la saga à l’un des responsables de ce genre de film dans les années 80 et 90 – devient un gloubi-boulga tout naze d’idées à la con à l’écran.

10 – TOUT LE MONDE DEBOUT – Franck Dubosc (France)
En fait, le plus drôle du premier film réalisé par Dubosc, pour moi, ça aura été les discussions après-coup sur Twitter, avec le réalisateur lui-même (intéressant) et ses fans transis qui me sont tombés dessus (moins intéressant).
Et, c’était pas très bien non plus, mais faut pas abuser, quand même plus supportable que ces merdes :

THE CLOVERFIELD PARADOX – Julius Onah (USA)
BOHEMIAN RHAPSODY – Bryan Singer, Dexter Fletcher (USA)
DEATH WISH – Eli Roth (USA)
LA NUIT A DEVORE LE MONDE – Benjamin Rocher (France)
SKYSCRAPER – Rawson Marshall Thurber (USA)
TOMB RAIDER – Roar Uthang (USA)
Il faut ajouter aussi à la liste des films pas forcément daubiques (quoique), mais qui m’ont pas mal déçu par rapport aux attentes placés en eux :

FIREWORKS – Akiyuki Shinbo, Noboyuki Takeuchi (Japon)
Dessin-animé japonais survendu mais chiantissime (et mal foutu).
GUY – Alex Lutz (France)
Ne vaut que pour la performance de Lutz, sinon, c’est assez pathétique.
KINGS – Deniz Erguven (USA)
Après Mustang, j’attendais beaucoup de la cinéaste franco-turque. En tout cas plus que ce mauvais téléfilm neuneu.
JURASSIC WORLD FALLEN KINGDOM – Juan Antonio Bayona (USA)
J’avais détesté le premier. J’attendais beaucoup du second because Bayona. Le film n’est pas aussi merdique que le premier (il n’est pas dans le flop, d’ailleurs) grâce à l’espagnol. Pas plus que ça.
MORTAL ENGINES – Christian Rivers (Nouvelle Zélande)
Ça m’apprendra à croire au nom de Peter Jackson en gros sur l’affiche et en la promesse d’un univers visuel délirant ; pour me retrouver devant un film Young Adult foireux.
PENTAGON PAPERS – Steven Spielberg (USA)
Spielberg clôt sa décennie moyenne avec ce film aux gros sabots, avant de repartir vers les cimes de son cinéma via RPO. Qu’il y reste, maintenant !
PSYCHOKINESIS – Sang-Ho Yeon (Corée du Sud)
Le réalisateur de Dernier Train pour Busan se perd dans cette pochade balancée directement sur Netflix.
REVENGE – Coralie Fargeat (France)
Le « film de Rape and Revenge féministe post-Grave à la française » est en fait un pétard mouillé totalement à côté de la plaque.

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CLIMAX de Gaspar Noé

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Vu hier en avant-première le dernier « film expérience controversé qui va diviser » de Gaspar Noé : CLIMAX.

Avant d’en parler, petits rappels personnels concernant un réalisateur définitivement à part dans le cinéma français, et sur lequel on dit et écrit beaucoup à chacun de ses films-événement.
Je fais partie des gens qui suivent Noé depuis ses tout débuts, bien avant les provocations cannoises et les dîners en ville, quand je lisais Mad Movies et Starfix, qui nous parlaient de son moyen-métrage Carne et de son prolongement en long Seul Contre Tous (toujours aujourd’hui son meilleur film, à mon avis). Films que j’ai vus à l’époque, et carrière que j’aie vue se construire en marge, au moment où Noé faisait partie de ces quelques réalisateurs qui bousculaient à bon escient le cinéma français.
Et, si on a coutume de dire que les films de Noé divisent les spectateurs en deux camps tranchés – ceux qui adorent et crient au génie vs ceux qui détestent et crient à la fumisterie – je me suis toujours étonnamment stué dans un entre-deux. Pour moi, Irréversible, Enter the Void ou Love sont des films moyens, bourrés de qualités (visuelles, notamment), mais aussi de défauts (la provocation de Noé tournant souvent en rond, ses obsessions pour 2001 ou autre étant mal digérées, etc).

Pourquoi je rappelle ça ?
Parce que, avec ce Climax, je m’attendais à ce que ce soit encore une fois la même chose : une expérience visuelle, sonore et sensitive, plutôt qu’un film. Un truc techniquement dément mais problématique sous plein de points…
Sauf que non.
Cette fois, j’ai bel et bien pu choisir mon camp, à l’opposé de la partie de la salle applaudissant le réalisateur présent à la fin de la projection alors que je m’enfuyais par la sortie de secours (croisant un ras déboulant d’une poubelle correspondant bien à l’esprit du film) : c’est une grosse merde !

Et même une grosse merde hystérique, insupportable, boursouflée, pathétique.

Je crois que déjà, à la base, mon problème est que ça touche à un sujet qui ne m’intéresse absolument pas. une histoire se déroulant dans le milieu de la danse dont je n’ai rien à branler, avec de jeunes danseurs incarnant mon pire cauchemar face à la déviance de la société dans tout ce qu’elle a de plus futile et débile. Loin du film de vengeance, du trip psychédélique, ou du film de cul de ses oeuvres précédentes. Mais admettons : la force d’un réalisateur est parfois justement de transcender un sujet naze. Sauf que non : Noé filme bien des scènes de danse interminables, et les atermoiements de personnages à la con.

Et c’est là que le film devient mauvais en soi, au delà de l’intérêt qu’on peut y porter. Parce que ses personnages ne sont que des gros connards.asses irrécupérables, prenant tout le temps les pires décisions, s’enfonçant constamment dans leur débilité profonde, on n’en a rien à foutre d’eux. Lorsqu’à la fin certains meurent et la plupart finissent dans un sale état, je me suis pris à me dire : « bien fait pour leur gueule, qu’ils crèvent, ces persos de merde ! ». Après avoir eu envie de les baffer pendant tout le film, c’était même un soulagement.

Même visuellement, le film est problématique. Noé et son fidèle complice Benoit Debie à la photo livrent ce qu’on attend d’eux : des images léchées, des mouvements de caméra aériens, des plans-séquences ahurissants… pendant la moitié du film, en gros. Ensuite, on ne peut même plus se raccrocher à ça : l’idée est de « dérégler » la mise en scène et les images pour retranscrire le chaos et l’état de transe alcoolisée et psychédélique des personnages. Bonne idée sur le papier, mais à l’écran, ça se traduit par du grand n’importe quoi – laid, par moment irregardable, et incompréhensible. Même LE point fort habituel des films de Noé n’est plus ici un point de rattrapage.

Par contre, pour ce qui est de nous balancer ses slogans merdiques plein écran (souvenez vous, « Le temps détruit tout »… ^^), on le retrouve bien, le Noé.
Le film ne dure que 1h37, on échappe au moins aux 2h40 de Enter the Void… sauf que ça m’a semblé durer beaucoup plus longtemps, en fait ! Il m’arrive parfois d’être crevé et de m’assoupir un peu au cinéma, même devant de bons films. Là, évidemment, pas une once de fatigue pour m’épargner quelques minutes de ce calvaire ! Faut dire qu’avec la musique techno de merde constante et les hurlement hystériques des acteurs.trices, pas facile de faire la sieste…

Au moment de noter ce film dans mes stats hier en rentrant, je me demandais si je n’allais pas lui donner quelques points, au moins pour la facture visuelle du début; et aussi pour le fait qu’il vaut mieux toujours un film qui provoque quelque-chose (même si c’est du rejet) plutôt qu’un truc tiède. Mais finalement non : il a eu droit à son beau zéro pointé. Parce que ce film m’a énervé, profondément emmerdé, et parce que je sais qu’il y aura toujours des gens pour le défendre et me dire que j’ai rien compris. (et je parle même pas de ceux qui vont prétendre que les détracteurs ont été trop choqués et n’ont pas supporté le film… comme si j’avais des leçons de résistance à recevoir en matière de films durs à supporter)

Fuck them. Mais pas autant que Noé et sa bande de blaireaux.

Hérédité de Ari Aster

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Depuis sa présentation à Sundance au début de cette année, le film génère un gros buzz dans la comunauté fantasticophile et ailleurs. « Le nouveau Shining« , « le nouveau Rosemary’s Baby« , « le film qui va vous faire flipper comme rarement » etc… Ou un pétard mouillé prétentieux et longuet, qui se complaît dans une psychanalyse de bazar et foire ses effets horrifiques.

Pour ma part, j’ai choisi mon camp : je fait partie des conquis, et même bien au-delà ! J’ai trouvé ça absolument mortel.

Déjà, parce que, comme ses illustres prédécesseurs auxquels il est comparé (ajoutons aussi L’Exorciste ou Le Locataire), c’est un film d’horreur adulte; ce qui est déjà appréciable en soi, mais l’est encore plus en cette période où le cinéma de genre s’adresse en priorité aux ados américains. J’aime beaucoup certains grands films d’horreur de ces dernières années, genre It Follows ou Get Out – mais même ceux-là s’adressent au même public. Ils sont juste plus réussis. Là, non : même si une grande part du film est axée sur les enfants ados de la famille centrale (et surtout le garçon), tout est montré du point de vue de la mère, avec des thématiques tournant autour de la famille et de la parentalité (de l’hérédité, surtout – pour une fois le titre du film est particulièrement approprié).
(pour être honnête, il y a bien un autre film récent auquel celui-ci pourrait être comparé, mais je ne vais pas le citer histoire de ne pas trop spoiler – les deux ayant une explication comparable)

Le film est clairement découpé en deux parties – ce qui lui est aussi parfois reproché. La première moitié n’a quasiment aucun aspect surnaturel, et ne prétend pas faire peur. C’est plutôt l’analyse psychologique d’une famille dysfonctionnelle au passé très très très chargé, s’attardant sur les failles de chacun et leur impossibilité à vivre « normalement ». Le fait que ça ne soit pas tourné vers la terreur n’implique pas que ce soit léger; bien au contraire ! Cette première moitié est d’une noirceur éprouvante, impose une atmosphère étouffante, et frappe finalement le spectateur bien plus qu’une accumulation d’effets horrifiques. Ou fera naître un ennui profond, c’est selon.

Dans la deuxième moitié, on plonge par contre dans le pur film d’horreur. L’ambiance reste hyper chargée, et le film refuse les effets faciles type jump-scares. C’est ce qui le distingue du tout venant de la production – à savoir que ses effets reposent essentiellement sur la mise en scène, la préparation de l’effet en amont, plutôt que le recours au truc facile qu’on subit partout ailleurs. Ce qui, finalement, est l’essence même du cinéma en général, et du cinéma d’épouvante en particulier : la manipulation du spectateur par des effets de mise en scène. Ça peut sembler bateau, mais combien de films « grand public » en 2018 se soucient d’être un tant soit peu réalisés ? Peu; et le fait qu’on assiste à ça dans un premier film aussi maîtrisé est vraiment impressionnant. Ce Ari Aster est incontestablement un gars à suivre.
Un autre aspect fondamental du cinéma d’horreur est que ce genre travaille sur le grotesque et l’hypertrophie. Au risque de sombrer parfois (souvent) dans le ridicule. C’est un autre point sur lequel les détracteurs du film ne seront pas d’accord, mais en ce qui me concerne, l’autre force du film est de toujours se tenir sur la corde raide… et de ne jamais tomber du côté du ridicule; alors que c’est souvent de justesse.
Résultat : le film fait vraiment peur – ça faisait combien de temps qu’on n’avait pas été aussi déstabilisé et mal à l’aise au cinéma ? Un bon moment… La peur prenant différentes formes, de l’angoisse sourde du début du film à la terreur métaphysique de la fin.

Il faut redire qu’il y a une ambition dans la mise en scène, les cadrages, la photo – qui est certainement à l’origine des comparaisons avec le chef d’oeuvre horrifique de Kubrick. Ce n’est évidemment pas d’un tel niveau; mais ces comparaisons sont en effet totalement logiques et assez légitimes (on y pense à de nombreuses reprises pendant le visionnage). Le film s’efforce aussi de jouer dans la même catégorie de films « énormes » dépassant les limites du genre, notamment par sa durée anormalement longue, 2h06.
Au-delà de ça, la musique signée Colin Stetson participe pleinement à l’ambiance, entre minimalisme atonal et grandiloquence.
Et, évidemment, les acteurs sont aussi un élément indispensable à la réussite du film. Gabriel Byrne au jeu intériorisé qui a l’air de ne rien faire mais en fait au contraire énormément, Ann Dowd – presque une erreur de casting en lien avec son rôle dans Handmaid’s Tale mais qui est superbe, le jeune Alex Wolff impressionnant, l’étrange et inquiétante Milly Shapiro… et surtout Toni Colette, qui trouve là le prolongement de son rôle de mère désemparée dans Sixième Sens – et le meilleur rôle de sa carrière à égalité avec le Shyamou, justement.

Bref, fiez-vous plutôt à la grosse hype autour du film plutôt qu’aux mauvaises langues, et foncez voir HEREDITARY au ciné !
De toute façon, que vous fassiez partie des conquis ou des déçus, l’expérience vaut le détour.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg

Ça faisait plus de 10 ans (après La guerre des mondes, en gros) que Steven Spielberg se reposait complétement sur ses lauriers, se contentant d’aligner des films souvent sans grand intérêt (Tintin, Lincoln, Le pont des espions…), au pire nazes (Indy 4, le Big Fucking Giant, Cheval de Guerre). Sans jamais perdre sa maestria technique, sa capacité à emballer un spectacle efficace… mais, pour autant, sans jamais retrouver non plus ce qui faisait le sel de ses films et avait fait de lui la figure fondamentale du cinéma américain qu’il était devenu.
Un état de fait aisément explicable et compréhensible : au milieu des années 2000, qu’est-ce que Spielberg peut encore faire de nouveau, d’impressionnant, de grandiose ? Quel challenge est encore susceptible de réveiller le réalisateur trônant au sommet de la pyramide – maintenant que Kubrick est mort et qu’il a repris le flambeau via A.I. ? Il y a bien 2/3 réalisateurs qui peuvent encore redistribuer les cartes, James Cameron, Peter Jackson – mais les deux ne semblent pas trop savoir alors comment gérer les triomphes de Titanic et LOTR ; et sont de toute façon tellement redevables au cinéma du maître qu’ils ne semblent pas près de lui piquer sa place sur le trône.
Alors, tranquillement, Spielberg se met en pilotage automatique.
Jusqu’à ce que ses deux derniers films débarquent à un mois d’intervalle sur les écrans, en ce début 2018. De Pentagon Papers, j’ai déjà dit à quel point c’était dans la lignée de son cinéma de ces dernières années – pas mauvais mais ronronnant tranquillement dans un film où personne ne semble s’être vraiment fatigué.
De quoi nous endormir ; préparer le terrain pour le choc de son film suivant ? Peut-être.

Quel que soit le niveau de « calcul », ou la part de hasard, aboutissant à la sortie aujourd’hui de READY PLEAYER ONE, à ce moment là de la carrière du réalisateur, une chose est évidente : à 70 ans, Spielberg revient au centre du jeu, pour reprendre la main et montrer à tout le monde une bonne fois pour toutes qui est le boss !
C’est que, depuis 10 ans, justement, la physionomie du blockbuster américain a considérablement été modifiée. L’arrivée des super-héros et les cartons atmosphériques du Marvel Cinematic Universe, l’explosion des franchises, le boom des dystopies « Young Adult » – autant d’éléments qui ont relégué dans l’ombre le cinéma de Spielberg et ses contemporains. Surtout, la génération de réalisateurs qui est arrivée aux commandes, ou celle apparue un peu plus tôt et qui s’est affirmée dans ces années là, se réclame pour la plupart de Spielberg et consorts ; payent sans arrêt leur tribut à leur père à tous… et a peu a peu fini par l’éclipser aux yeux du public. Tu parles de Spielberg à un ado d’aujourd’hui sevré aux Marveleries, il ne comprendra pas ce que celui-ci a pu représenter à sa grande époque.

Il était temps que ça change, et Ready Player One est le véhicule idéal pour ça.
Le livre de Ernest Cline à l’origine du film est déjà intrinsèquement lié au réalisateur, et constitue un voyage nostalgique au sein de sa filmographie (réalisations et productions des années 80/90). Spielberg a d’ailleurs hésité à se lancer dans ce film, craignant l’entreprise autocentrée et le trop-plein de références personnelles et d’autocongratulation. Il y a d’ailleurs (semble-t-il, puisque je n’ai pas lu le bouquin, mais c’est commenté par beaucoup de gens) eu un gros effort pour privilégier les références externes plutôt que celles à sa filmographie – d’ailleurs finalement peu nombreuses (il y a plus de clins d’œil à ses potes Zemeckis ou autres qu’à lui-même).

Le résultat de l’adaptation du livre par le seul réalisateur légitime pour le porter à l’écran, c’est ce film de geek, pour les geeks ; finalement assez différent de tous les  autres films de geeks qui règnent sur le cinéma hollywoodien depuis que les geeks y ont pris le pouvoir. Parce que les nombreuses références du film sont bien plus que des coups de coude adressés au public. Ils sont cela aussi – durant les premières minutes, il y a bien un plaisir totalement jouissif à s’amuser à tout repérer aux quatre coins de l’écran. Mais on comprend aussi très vite que le film va bien plus loin. En opérant l’intégration de ces références à la fois dans l’histoire du film, et dans son projet cinématographique. En les dépassant constamment, aussi.
Le summum, et la profession de foi de Spielberg à travers ce film, s’incarnant dans la séquence centrale hallucinant en hommage au Shining de Kubrick. Tout le projet de RPO est résumé là : utilisation des références dans le contexte, hommage à un réalisateur culte, mise en abyme, réflexion sur la culture pop… en plus d’être le sommet du film dans son rapport à la fois ludique et réfléchi à ce qu’on voit à l’écran.

Le résultat, c’est aussi un blockbuster expérimental hallucinant- comparable uniquement aux autres rares prototypes de ces 20 dernières années que sont Matrix et Speed Racer des Wachowski, Avatar de Cameron, Mad Max Fury Road de Miller et Pacific Rim de Del Totoro.
Que ce soit dans le spectacle proposé, dans la conception des scènes d’action, dans les idées de mise en scène, ou l’univers proposé, le film a tout de l’expérience sortant des sentiers battus – et de la volonté de proposer autre chose que ce qu’on a l’habitude de voir en termes de divertissement ; tout en se reposant sur des bases connues.

C’est enfin une sorte de film-somme pour Spielberg, une réflexion sur son héritage cinématographique, une récapitulation de plus de 40 ans d’une carrière exceptionnelle à plus d’un titre. En plus de tout l’aspect référentiel, il y a aussi au sein du film un rapprochement constant de Spielberg avec ses personnages – le réalisateur s’incarnant tour à tour dans le jeune héros du film, le démiurge de l’Oasis Halliday, son comparse Morrow, même dans certains aspects du méchant Sorrento… Pour finalement livrer un portrait complexe du réalisateur dans les différentes phases de sa vie, et sous tous ses aspects (entertainer, réalisateur « sérieux », technicien hors pair, référence pour ses collègues, producteur avisé…)
Tout ça dans un film bien loin de toute nostalgie mortifère, mais fêtant au contraire cet héritage dans une orgie de séquences ébouriffantes. Et posant la question de savoir vers quoi va bien pouvoir se tourner maintenant le réalisateur… J’espère juste que ça ne restera pas comme un sursaut ponctuel avant de retomber dans son cinéma pantouflard – et ça serait bien qu’il profite de cette étape pour faire du prochain Indiana Jones quelque-chose qui ressemble plus aux films des années 80 qu’au quatrième !

Il y a bien quelques menus défauts dans le film – une certaine naïveté par moments, la structure générale et certains aspects rappelant la branche young adults du cinéma actuel… Mais le spectacle est tellement enthousiasmant par ailleurs que ça passe finalement sans aucun problème.

Spectacle total, retour en grâce d’un réalisateur phénoménal, célébration ultime de la pop-culture érigée au rang d’art majeur, READY PLAYER ONE est tout cela, et bien plus encore.

Classement Ciné 2017

Psyman is back !

Après un classement un peu compliqué à établir l’année dernière, ce bilan de mon année cinématographique 2017 a été au contraire plutôt facile à mettre au point. Je m’y attendais pourtant pas : si, depuis quelques mois, je dis déjà partout que le Wright millésime 2017 est indubitablement mon « film de l’année », je n’avais a priori pas trop d’autres idées quant aux prétendants aux plus hautes marches du podium. Encore moins une idée précise d’un classement ; et je sentais bien venir encore un truc mi figue mi raisin avec une liste de films en vrac ; et débrouillez vous avec ça. Et puis, finalement, en descendant ma liste des films vus cette année (celle qui va me servir à vous livrer bientôt mon traditionnel avis effrayant avec des statistiques dans tous les sens ????), l’exercice s’est finalement révélé très facile. Le plus dur, en fait, ça a été de sortir deux films du top 10, sur mon choix-initial-les-doigts-dans-le-nez de 12… Tant pis, on verra plus bas que les deux films (français !) en question méritent bien tous les honneurs eux aussi.

Une année finalement dans la moyenne des précédentes, avec certes peu de grands films qui resteront et marqueront mes revisionnages dans les années à venir (dans mon système de notation piqué à Mad depuis 30 ans, seul Baby Driver remporte la note maximale de 6/6), mais pas mal de trucs intéressants. Des tas de bons moments – du rire, du frisson, de la tension, de la peur, des larmes, de l’émotion, du gros délire aussi…

Trève de blabla, le voili le voilou, mon classement ciné de l’année 2017.

1/ BABY DRIVER de Edgar Wright (USA)

J’ai déjà tout dit sur la merveille de Wright, cette combinaison idéale de mise en scène, de musique, d’action, de montage ; que le réalisateur de Shaun of the dead, Hot Fuzz et The World’s End a cogité pendant 20 ans avant d’avoir la maturité artistique pour livrer le joyau propre à sa vision. Un pur shoot d’adrénaline, qui laisse dans un état d’hébétude bienheureuse au bout de 2 heures d’uppercuts sonores et visuels. Plus qu’un film, une véritable expérience de cinéma – le genre de métrage qui justifie encore l’existence du medium en 2017 ; prouvant qu’on peut encore inventer de nouvelles formes et réveiller un public blasé et sur-stimulé.

2/ GET OUT de Jordan Peele (USA)

Le « film de petit malin de l’année », qui parvient tant à la découverte qu’aux visions ultérieures et surmonter tous les obstacles placés sur son chemin. N’est-ce qu’un pétard mouillé qui ne va pas plus loin que son concept ? Non. Est-ce que ce n’est pas un peu trop bien calibré dans tous les sens et un peu trop facile dans ses effets pour vraiment toucher au but ? Non. Est-ce que ça supporte d’être revu même quand on connaît le twist ? Oui. Est-ce que le discours social et politique n’est pas un peu trop dans l’air du temps bobo-gaucho-mondialo-tout-ce-qu’on-veut pour être honnête ? Du tout. Plus qu’un film de petit malin, un futur classique du genre.

3/ QUELQUES MINUTES APRES MINUIT de Juan Antonio Bayona (Espagne)

Bayona, ou « le jeune espagnol qui réussit tout ce qu’il tente ». Le mec fait L’Orphelinat, il met la pâtée à ces collègues espagnols oeuvrant dans le genre (sauf Del Toro). Le mec fait The Impossible, il écrase toute concurrence dans le domaine du drame humain à grande échelle (sauf Spielberg). Avec A Monster Calls (titre original bien meilleur, et qui a l’avantage de ne pas spoiler un élément important de l’intrigue), il offre une sorte de conte noir et mélancolique d’une beauté vénéneuse, capable de tirer des larmes à un dolmen. Et fout une torgnole à n’importe qui (sauf peut-être Del Toro et Spielberg).

4/ ÇA de Andy Muschietti (USA)

Certes, l’adaptation du pavé culte de Stephen King n’est pas exempte de défauts ; et il faudra attendre la seconde partie pour juger de l’ensemble… Mais le film remporte haut la main le prix du film le plus subjectivement jouissif de l’année pour moi. Enfin, quelqu’un a compris ce qui faisait l’essence des livres de King, et est parvenu à retranscrire à l’écran non pas le texte exact de ses bouquins, mais l’esprit, les sensations, les émotions ; tous ces petits trucs qui m’accompagnent à la lecture des œuvres du maître depuis mon adolescence. Et ça, ça n’a pas de prix.

5/ 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo (France)

C’était pas gagné (au contraire !) : Robin Campillo + grosse hype à Cannes, mais film reparti bredouille au palmarès + sujet sensible + possibilité de chantage à l’émotion + une durée de 2h25… à l’arrivée, le pari est plus que réussi, envers et contre tout ! Et le film se révèle être le rouleau compresseur émotionnel annoncé, en même temps que le film définitif sur le Sida et la lutte pour les droits des homosexuels et des malades dans les années 80 (dans ton cul, Philadelphia !). Tout en osant un tas de trucs, toujours sur la corde raide, mais toujours avec une réussite insolente (ces scènes de cul incroyables ^^)…

6/ LOGAN de James Mangold (USA)

J’aime les films Marvel, et j’en ai même pas honte. J’adore la plupart des films X-Men, vus avec mes yeux d’enfant farci de Special Strange dans les années 80 et fan des mutants du professeur X. Je n’avais donc pas besoin de cette relecture radicale et sans concession du film de super-héros. Et pourtant, cette aventure crépusculaire et sauvage de Wolverine m’a scotché sur place. D’autant plus en version noir et blanc sur le BR ; qui loin d’atténuer les éclairs de violence et les éclats gore du film les renforce en les intégrant dans une ambiance encore plus putride. Magnifique chant du cygne pour le personnage et la saga cinématographique.

7/ CE QUI NOUS LIE de Cédric Klapisch (France)

Le Klapich millésime 2017 est un très grand cru. Comme une prolongation des aventures de son personnage central de L’auberge espagnole et ses suites, où les personnages auraient vieilli en même temps que les spectateurs. C’est la même sensation, cette impression que le réalisateur (et ses acteurs, exceptionnels) nous parle directement ; semble nous avoir compris mieux que nous-mêmes. Avec, en plus, une amertume et une gravité qu’on ne lui connaissait pas – ou qui était jusqu’ici mieux camouflées sous l’humour et les personnages hauts en couleur. Le temps passe, on prend de la bouteille ; et on a l’impression que Klapisch l’a compris mieux que quiconque.

8/ COCO de Lee Unkrich (USA/Mexique)

Le Pixar de  l’année n’atteint pas le niveau de Vice-Versa il y a deux ans – il est certainement un peu trop formatté Disney pour ça ; trop classique dans son déroulement et ses péripéties, aussi. Il n’empêche, ce film qu’on avait a priori pris pour un décalque de La Légende de Manolo (en fait, pas du tout !) constitue une nouvelle démonstration du fait que le studio à la lampe n’est pas mort. Et qu’on peut toujours compter sur eux pour dynamiser un cinéma d’animation qui aurait tendance sans cela à s’endormir sur ses acquis. Et rien que pour l’émotion procurée dans une dernière partie qui fera fondre les plus insensibles, le film est précieux (plus que Cars 3, sorti cette année aussi – très sympa mais loin d’être révolutionnaire).

9/ THE LAST GIRL de Colm McCarthy (Royaume Uni)

LA surprise de l’année, le film venu de nulle part et qui se révèle largement meilleur que tant d’autres (peut-être trop) attendus. Franchement, qui aurait pu croire encore aujourd’hui qu’il serait possible de faire du neuf sur le thème archi-rebattu du zombie ? Qui aurait pu croire qu’un autre anglais s’approcherait de la réussite de 28 Jours plus tard (sans l’atteindre complétement, toutefois) plus de 10 ans après Danny Boyle ? Pas moi, en tout cas. Et rien que pour m’avoir détrompé sur ces points, le film de McCarthy mérite sa place ici (d’autant qu’il fonctionne encore aussi bien à la revoyure).

10/ SPLIT de M. Night Shyamalan (USA)


Le film de la renaissance de Shyamou, plus de 15 ans après Incassable ! On allait à l’avant-première pour rigoler, et se moquer du réalisateur, présent après la projection… La vision du film nous a sérieusement calmés. Même si la dernière scène, intégrant le film dans un projet plus global propre au réalisateur (j’attends d’ailleurs impatiemment Glass début 2019), peut être sujette à caution, le film se suffit de toute façon en lui-même. Un pur film de monstre furieux comme on n’en avait pas vu depuis longtemps ; ménageant son lot de scènes terrifiantes et de moments grandioses. Et James McAvoy en schizo aux multiples personnalités est incroyable.

Echouent donc au pied du podium, exclus de la liste ci-dessous uniquement pour des problèmes de place :

GRAVE de Julia Ducournau (France)

Annoncé dans les festivals du genre comme « le petit film français qui va retourner l’estomac des amateurs de gore », le premier film de cette ex étudiante de la Femis est bien plus qu’un « simple » choc visuel (finalement même pas si crade que ça). Au-delà de cette histoire de cannibales modernes, c’est tout une étude sociale qui se dessine, pleine de réflexions rappelant le Cronenberg des années 80/90. Et la jeune Garance Madinier est impressionnante, dans un rôle vraiment pas facile.

L’AMANT DOUBLE de François Ozon (France)

Peut-être le meilleur film d’Ozon depuis sa légère baisse de régime récente (à son rythme, ce n’est qu’un clin d’œil dans sa filmographie, mais je commençais à m’inquiéter un peu !). Même si la conclusion de cette histoire rocambolesque n’est pas des plus heureuses, le film nous aura baladé avant dans une atmosphère inquiétante parfaitement maîtrisée. Et nous aura balancé quelques scènes de cul bien gratinées. Là encore, l’influence de Cronenberg (plus précisément Faux semblants) est prégnante. Et le réalisateur français n’a pas à rougir de la comparaison.

Les autres (parfois très) bons films de l’année, moins méritants mais quand même :

Atomic Blonde de David Leitch (USA) – Complètement con, ultra bourrin, de la musique des eighties et Charlize fouyayaya… Le plaisir coupable de l’année.
El Bar de Alex de la Iglesia (Espagne) – Pas ce que l’espagnol a fait de mieux, mais comme souvent un « petit » de la Iglesia vaut toujours mieux que pas mal d’autres trucs.
Colossal de Nacho Vigalondo (Espagne) – Dommage que le film ne soit pas totalement réussi, parce que son originalité et ses tentatives de sortir de l’ordinaire valent largement le coup.
Detroit de Kathryn Bigelow (USA) – Je préfère toujours la première période de la réalisatrice à ses films politiques récents ; mais difficile de faire la fine bouche devant l’efficacité de ce petit dernier – et notamment sa terrifiante partie centrale.
It Comes at Night de Trey Edward Shults (USA) – Encore un film un peu bancal, mais qui vaut d’être vu pour sa manière d’aborder des thèmes archi-rebattus de façon biaisée. Et avec une noirceur incroyable.
The Jane Doe Identity de Andre Overdal (USA) – Un petit film malin qui parvient à tenir en haleine sur un concept basique et au sein d’un huis-clos terriblement efficace.
Lego Batman de Chris McKay (USA) – Le film Lego est drôle, la parodie de Batman est drôle ; que demander de plus ?
On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti (Italie) – Un film de super-héros décalé, un peu portnawak et foutraque, mais qui rue comme il faut dans les brancards.
Patients de Grand Corps Malade (France) – Grosse surprise que ce film dont je n’attendais rien, que j’ai vu par hasard, et qui s’est révélé particulièrement drôle et sensible.
Que Dios Nos Perdonne de Rodrigo Sogoroyen (Espagne) – Encore un très bon film espagnol cette année, éprouvant et violent ; trop long, mais grosse baffe dans ses meilleurs moments.
Sans Pitié de Sung-Hyun Byun (Corée du Sud) – Un film de prison et de gangsters coréen, sorte de Scorsese au pays du matin calme.
Spider-Man Homecoming de John Watts (USA) – Réintégration du personnage au sein du Marvel-verse; plus intéressante dans le traitement de l’homme araignée que dans sa façon de se raccrocher aux branches des Avengers et autres.
Star Wars Episode VIII – Les Derniers Jedi de Rian Johnson (USA) – Bah oui, moi j’ai aimé ce nouvel épisode de la saga, bien plus que le précédent (et je parle pas de la prélogie de merde évidemment).
T2 – Trainspotting de Danny Boyle (Royaume Uni) – Avec un peu moins de réussite que Klapisch (voir plus haut), Boyle nous choppe par le col et nous jette à la gueule le temps qui passe, les illusions perdues, la jeunesse envolée. Moins bon que l’original, mais scotchant.
Thor Ragnarok de Taika Waitiki (USA) – En basculant clairement du côté de la parodie, le film zappe les deux précédents… et c’est tant mieux.
Thelma de Joachim Trier (Pays Bas) – Le film hésite trop entre ses thèmes et sur le ton à adopter, mais l’atmosphère sombre et le traitement original du fantastique sont à saluer.
Tunnel de Kim Seong-Hun (Corée du Sud) – Comme toujours, les coréens font trop long, mais on arrive la plupart du temps à rester scotché par le calvaire d’un gars prisonnier d’un tunnel routier et ses efforts pour survivre à l’épreuve.

+ ZE reprise de l’année a ciné, l’immense POLICE FEDERALE LOS ANGELES de William Friedkin (USA).

Voilà maintenant la partie la plus drôle de l’exercice annuel, le podium des gros flops de l’année, les bousasses terribles que j’ai pu m’infliger, parfois involontairement ; plus souvent en pleine connaissance de cause (parce qu’il faut savoir se faire du mal de temps en temps, pour apprécier aussi de se faire du bien).

1/ CHACUN SA VIE de Claude Lelouch (France)
Chaque fois que notre ami Claude sort ce qu’il ose appeler un film, il est quasiment assuré de finir en tête du top daube de l’année. Celui-là est un de ses pires. En plus d’être aussi nul que d’habitude, il s’inscrit dans l’air du temps en étant complétement puant et réac. Bravo, Claude !

2/ LA TOUR SOMBRE de Nikolaj Arcel (USA)
« Je n’écris pas avec mon cerveau, j’écris avec mes pieds.
Je ne filme pas avec mon œil, je filme avec ma bite.
Je ne joue pas avec mes tripes, je joue avec mon cul »
Toutes les personnes impliquées dans cette merde ont oublié le visage de leur père

3/ D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE de Roman Polanski (France)
Polanski transforme le livre de Delphine le Vigan en comédie involontaire à base de chutes dans les escaliers et de répliques absurdes. Avec un prix spécial pour les deux actrices les plus ridicules de l’année, Eva Green et Emmanuelle Seigner.

4/ TRANSFORMERS – THE LAST KNIGHT de Michael Bay (USA)
Bon, la saga des robots géants de Boum Boum Bay râcle toujours les fonds de chiottes du cinéma de divertissement. Dire de ce dernier (j’espère !) volet, qu’il est encore pire que les autres donne une idée de la chose…

5/ LA MOMIE de Alex Kurtzman (USA)
Universal aura réussi en un seul film à ruiner le lancement de leur idée de Dark Universe, à la fois en échouant à poser un monde cohérent à l’écran, et en se vautrant dans la réactualisation d’un monstre classique maison. Trop forts !

6/ BAYWATCH de Seth Gordon (USA)
On ne pouvait pas s’attendre à une réussite dans l’adaptation d’une série de merde. Par contre, on pouvait penser rigoler un peu, et se rincer l’œil. Entre gags foireux pour 12 ans d’âge maximum et Alexandra Daddario honteusement sous-exploitée, on n’a même pas ça !

7/ LE MONDE SECRET DES EMOJIS (USA)
Le niveau zéro de la déchéance ultime de la crise d’idées du cinéma américain. Quand t’en arrives à faire un film non plus adapté d’un jeu mais carrément des applications de téléphone portable, faut pas s’étonner que le résultat soit à chier.

8/ ALIEN COVENANT de Ridley Scott (USA)
Après un Prometheus déjà naze, Scott tue définitivement la franchise. Il a déclaré après-coup qu’il était plus intéressé par ses Ingénieurs que par les Aliens. C’était pas la peine : on avait bien remarqué ça à la vision du film. Pas pressé de voir la suite.

9/ JUSTICE LEAGUE de Zach Snyder (& Joss Whedon) (USA)
Chaque film de DC-verse parvient à être pire que le précédent. Pas aidé par des conditions de production compliquées (et la moustache de Henry Cavill) ; celui-ci devrait quand même marquer un point de non retour difficile à atteindre à nouveau à l’avenir.

10/ MON POUSSIN de Frédéric Forrestier (France)
J’arrive en général à éviter les comédies françaises navrantes de l’année ; sinon nul doute que ce classement en serait farci. Mais je suis pas passé à côté de celle-là, malheureusement…

Nazes aussi, mais à peine moins :

Le Crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh (Royaume Uni)
Guardians de Sarik Andeasyan (Russie)
Insiders de Daniel Calparsoro (Espagne)
King Arthur de Guy Ritchie (Royaume Uni)
London House de David Farr (Royume Uni)
Mazinger Z Infinity de Junji Shimizu (Japon)
Pire Soirée de Lucia Anielo (USA)
Power Rangers de Dean Israelite (USA)
Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette (France)

Et, au rayon des déceptions, quelques films dont j’attendais quelque-chose (au vu du réalisateur, de l’histoire, de l’intérêt cinématographique…) – et qui se sont finalement révélé en dessous des attentes.

BLADE RUNNER 2049 de Denis Villeneuve (USA)
DANS LA FORET de Gilles Marchand (France)
LA LA LAND de Damien Chazelle (USA)
MOTHER ! de Darren Aronofsky (USA)
LA NEUVIEME VIE DE LOUIS DRAX de Alexandre Aja (USA)
LES PROIES de Sofia Coppola (USA)

Baby Driver de Edgar Wright

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BABY DRIVER, dernier film en date de Edgar Wright (la trilogie Cornetto : Shaun/Hot Fuzz/World’s End + Scott Pilgrim) est une expérience de cinéma hors norme et rare; un trip presque physique, qui laisse son spectateur sur le carreau, avec l’impression d’avoir pris un shoot d’adrénaline pure. Et donc, très rétif à toute forme d’analyse après-coup, même à tête reposée. Sur le moment, on est embarqué dans ces montagnes russes rythmées et bruyantes. En sortant de la salle et en y réfléchissant, à part dire « waow, c’était mortel », difficile de prolonger plus loin la critique Laughing

Ce que je vais pourtant tenter de faire ici, rapidement.

Déjà, il faut préciser que le film n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on connaît du cinéma de Wright jusque là. Evidemment, on y trouve quelques correspondances et clins d’oeil; mais rien qui ne l’apparente vraiment à la trilogie Cornetto. Pour Scott Pilgrim, un peu plus de liens… mais si les films se rapprochent dans l’esprit et certains motifs, ils sont quand même sacrément différents.
Là où on retrouve bien le style du réalisateur anglais (ici transposé aux Etats-Unis dans un film qui serait typiquement américain si sa personnalité ne venait pas tout chambouler), c’est dans le mélange des genres, des tons, des idées; le brassage des références qui font exploser toutes les barrières. Parce que, c’est quoi, au juste, Baby Driver ? Un film policier autour d’une bande de braqueurs, d’un chef mafieux, de trafics en tous genre. Et un film d’action aux nombreuses poursuites et fusillades, absolument démentes par ailleurs. Et une comédie musicale; ou plutôt un film construit autour de la musique, omniprésente (un site internet a dénombré pas moins de 71 chansons utilisées dans le film !) et sans cesse traitée comme un élément dramatique à part entière. Et une comédie romantique autour de deux jeunes qui s’aiment et vont devoir affronter l’adversité pour survivre. Et une comédie tout court, aux nombreux gags et répliques vraiment drôles. Et même, un peu, un beau mélo – introduisant une forme d’émotion inédite jusqu’ici dans le cinéma de Wright (même s’il s’en était déjà approché, surtout dans Le dernier pub avant la fin du monde).
Tout ça participe à cette impression de tornade visuelle, auditive, émotionnelle, qui prend le spectateur et ne le lâche jamais pendant 1h50 d’un film incroyablement rythmé et qui file à toute vitesse. Le plus beau étant qu’aucun de ces éléments disparates n’est sous-traité; tout fonctionne à merveille et s’intègre parfaitement.

On peut ajouter encore une dimension, touchant cette fois au traitement des personnages, très ambigus. Sauf Debora (Lily James, très bien), traitée comme pure princesse de contes de fées. Tous les autres, même Baby (Ansel Elgort, une révélation en ce qui me concerne puisque je m’intéresse pas aux films de djeun’s à la Divergente dans lesquels il est apparu jusqu’ici) sont loin de se restreindre aux archétypes de leurs personnages. Dans leur psychologie autant que dans leurs agissements, aucun n’est tout blanc ou tout noir. Et impossible pour le spectateur de prendre totalement parti pour ou contre tel ou tel, de les ranger dans une catégorie « gentil » ou « méchant », d’être en accord ou en désaccord avec leurs agissements. Le couple de jeunes héros, par exemple, navigue sans arrêt entre Roméo et Juliette et Tueurs Nés Smile Je me dois aussi de citer le reste de la distribution prestigieuse, tout le monde méritant vraiment les éloges : Kevin Spacey, John Hamm,Jamie Foxx, Eiza Gonzales, John Berthnal

Si le savoir-faire technique du réalisateur n’est plus à démontrer, il parvient là à réhausser encore le niveau de sa mise en scène. La réalisation est impressionnante, avec notamment des plans-séquences quasi invisibles, jamais ostentatoires, mais qui marquent la vision du film. Par exemple cette scène chorégraphiée suivant Baby au début du film, après le premier braquage – qui ne dépareillerait pas dans une comédie musicale de l’âge d’or hollywoodien.
Et, fait suffisamment rare pour être noté : bien que très influencé par tout un tas de films, il s’agit ici d’un projet original né dans l’esprit de Wright et personne d’autre ! Je veux dire par là que le film n’est pas tiré d’une bédé, d’une série, d’un jeu vidéo, d’une pub pour dentifrice ; n’est pas un remake, pas une suite ni une préquelle… Les seuls autres exemples récents qui me viennent en tête sontAvatar et Pacific Rim; ça rend d’autant plus précieux ce type de blockbusters qui ne doivent rien à personne en dehors de leurs créateurs !

Bien plus que La La Land, le voilà, « le film de 2017 qui va vous rendre heureux », « le film que vous allez adorer » et blablabla ! Beaucoup plus efficace dans sa démarche que Chazelle, Edgar Wright propose un spectacle total, dont on ressort sur un petit nuage après s’être bien éclaté, avoir ri, frémit, été ému. On pourrait rapprocher la démarche de Wright de celle d’un Tarantino, un peu moins sombre, un peu plus cool… Mais l’anglais n’a pas besoin de ça : il continue de creuser son chemin unique. Ne reste plus qu’à espérer que le public le suive dans cette aventure bien plus enthousiasmante que ce qu’on peut voir par ailleurs dans le domaine du divertissement. C’est pas gagné, mais il le mérite largement.

CHACUN SA VIE de Claude Lelouch

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Comment trouver les mots pour les parler de CHACUN SA VIE, la dernière merveille en date de notre ami Claude Lelouch, tant la vision de la chose est une épreuve désarmante, qui annihile toute possibilité critique en même temps que toute proposition de cinéma ? 
Il suffirait de dire que, chaque fois qu’on croit que Lelouch ne peut pas aller plus loin, il continue de nous surprendre en creusant encore plus profond. 
De dire, encore, que c’est probablement un de ses pires films (même si c’est toujours ultra drôle au 150ème degré). 
Que, même pour du Lelouch, c’est extrêmement mauvais. 

Vous voyez ce que ça peut donner ? 
Eh bien, imaginez encore pire que ça. 

Ce qui est magnifique, dans cette merdasse ultime, c’est que c’est bien la quintessence du cinéma lelouchien. Une de ses fresques où s’entrecroisent les destins de tout un tas de personnages, à grand renfort de hasards, de coïncidence, et de signes du zodiaque. 
Un festival d’acteurs en roue libre où l’on retrouve toutes les chèvres habituelles de ses films, qui viennent ici simplement faire parfois un petit coucou dans une courte scène. 
Un festival d’aphorismes lelouchiens pathétiques et de sentences qui se voudraient profondes mais ne sont que ridicules. 
Un tourbillon de musiques à chier, de chansons nazes et de bande-son atroce. 
Un catalogue de clins d’oeil navrants au statut de ses vedettes (Johnny en veux-tu (pas) en voilà), à la vie de tous les jours, à l’amour, aux oiseaux et aux petites fleurs. 
Un empilage de scènes interminables trois fois trop longues qui tournent en rond pour ne rien dire. 

Mais, si ce n’était que ça, ça ne serait jamais qu’une merde de plus dans la filmographie d’une réalisateur qui les collectionne déjà par paquets. 

Le pire, dans le film, c’est son fond rance, puant au possible. 
Avant la séance (parce qu’on est arrivé bien assez tôt, moi et mes deux amis amateurs de navets, qui ne loupont aucun Lelouch au cinéma depuis sa sublime trilogie en un épisode et demi – histoire d’être surs de ne rien louper !), on discutait de notre réalisateur préféré, et notamment de ses orientations politiques bien à droite. On ne croyait pas si bien dire. 
Chacun sa vie est le premier film de l’ère Marine Le Pen. Réac, vulgaire, sexiste, homophobe, raciste, misogyne, inconscient, racoleur, putassier. Un festival de réflexion de bistrot du coin et d’idées nauséabondes. 

On ne compte plus les répliques et scènes qui mettent mal à l’aise, avant de faire franchement rigoler tellement c’est mauvais : 
– L’altercation entre Ramzy et sa meuf qui jouent une scène à la terrasse d’un café en alignant les clichés sur les arabes, l’islam, les banlieues; dignes du troquet du coin.
– L’avocat campé par Francis Huster qui fait acquitter un mec accusé de viol en disant que la victime l’avait cherché et qu’elle faisait partie d’un réseau de putes des pays de l’est (!!!) – tout ça parce que la soeur de l’accusé lui a proposé de coucher avec lui s’il faisait acquitter son frère (re !!!)
– Le personnage de Christophe Lambert qui réclame qu’on lui applique la peine de mort. 
– Michel Leeb qui pense qu’on paie trop d’impôts. 
– La super réplique : Le mariage pour tous, c’est aussi le divorce pour tous 
– La scène HAL-LU-CI-NAN-TE ou Philippe Lellouche propose à deux flics de se taper sa jeune maîtresse (jouée par sa vraie femme dans la vie, Vanessa Demouy !) pour s’éviter une prune. Et l’un des flics qui préfère se taper Lellouche. Qu’est-ce qu’on se marre. 

etc etc… 

Ahurissant de connerie et de laideur. 
Heureusement qu’on a quand même bien rigolé, pour compenser tout ça ! 
(spécial dédicace, aussi, au couple qui n’a pas eu le couraged’aimer de rester jusqu’au bout. Vous avez loupé quelque-chose de grand, les gens !)

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