SUICIDE SQUAD de David Ayer

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Début de mon rattrapage ciné post-vacances avec SUICIDE SQUAD de David Ayer ; qui était à la base mon blockbuster le plus attendu de l’été, et, donc, le premier que je suis allé voir en rentrant. Sauf que, entre temps, j’ai été bien échaudé par les premiers retours, pour la plupart négatifs. Du coup, j’y allais un peu à reculons… et, en fait, j’ai trouvé ça mieux que ce à quoi je m’attendais !

Pas très bien pour autant…
La faute, à mon avis, à deux défauts malheureusement plus que courants dans ce genre de cinéma pop-corn, surtout dans la manière dont il a évolué (ou régressé) ces dernières années.

D’abord, ça peut paraître anecdotique, mais c’est assez caractéristique du produit et de la dérive de plus en plus « jeuniste » du cinéma de divertissement américain : je suis allé le voir avec mes filles, y la plus jeune de 8 ans et demi. Qui a trouvé ça génial.
Pourquoi c’est un problème ? Parce que c’est à l’opposé total du concept qu’on nous a vendu, et de ce qu’on est en droit d’attendre du film ! Suicide Squad, rappelons le, c’est quand même une équipe formée de gros méchants psychopathes de l’univers DC, rassemblés pour combattre encore plus dangereux qu’eux. Ça devrait être violent, sanglant, méchant, sombre, inquiétant, complètement barré. Les premières images, la première bande-annonce, le design flashy des éléments marketing ; tout ça allait dans ce sens.
Et, au final, on se retrouve avec un film inoffensif, d’où tout excès a été gommé, où la violence est constamment hors champs, sans aucun effet gore… Un truc qu’une gamine de 8 ans surkiffe !
Super…

Après, et c’est pas nouveau, le film souffre aussi de son appartenance à un univers plus vaste, ce DC-verse encore plus mal foutu que le Marvel-verse (qui est pourtant pas déjà un modèle de cohérence). C’est moins dramatique que dans Batman vs Superman, qui ne ressemblait à rien à force de vouloir être trop de choses à la fois. Mais on retrouve bien tous les défauts d’écriture et de construction de beaucoup de films de super-héros récents.
L’intégration au sein de l’univers apparaît souvent totalement artificielle : les quelques apparitions de Batman, les plans fugaces sur Flash, les références à la fin de BvS, la justification de la création de l’Escadron Suicide… et, évidemment, la maintenant traditionnelle scène de générique de fin. Tout ça parasite une histoire dont on préférerait qu’elle se suffise à elle-même, et qu’on n’a pas besoin de voir intégrée à un univers plus vaste.

Mais c’est surtout le trop-plein de personnages et d’éléments à gérer, qui tire le film vers le bas. A force d’accumulation, le film se bouffe lui-même, pour finir par se vider de toute substance. En allant trop vite, en ne s’arrêtant pas assez sur chaque personnage ou chaque péripétie ; le but étant toujours d’expédier chaque scène pour aller plus vite à la suivante. Quitte à tout sacrifier sur l’autel de la surenchère. C’est simple, à part Harley Quinn et Deadshot, qui est développé, dans le film ? On a pu lire les propos de Jared Leto se plaignant qu’avec toutes les scènes coupées autour du Joker, on pourrait faire un film entier. Tu m’étonnes… Et s’il n’y avait que lui. Les 20 premières minutes du film présentent un montage hallucinant où tout le monde parle vite, où les scènes ne durent pas plus de 30 secondes, où il s’agit de mettre en place ce qui nécessiterait un film complet en soi. Et, plus tard, on en arrive à une dernière partie qui stagne pendant 40 minutes à suivre les héros progressant dans la ville en combattant les dangers les uns après les autres. En n’oubliant pas de s’arrêter trois plombes dans un bar pour discuter de la vie, et bien faire retomber le rythme du film dans une scène totalement improbable.

Il y a d’autres défauts, moindres, comme ce côté « juke box » où t’as l’impression que chacun déroule la setlist de son iPod sur la bande-son, sans aucun rapport avec ce qu’on voit à l’image. Et dans le bordel le plus complet, qui voit alterner House of the Rising Sun avec Eminem. Ok, y’a plein de bonne musique dans le lot (pas que), mais c’est pas le principe d’une illustration musicale.

Reste que, malgré tout ça, le film reste largement regardable.
Déjà parce que David Ayer n’est pas Zack Snyder ; et sait autrement mieux mettre en scène. Tout en ayant moins recours aux procédés visuels moches de son comparse.
Parce que les scènes d’action sont spectaculaires et entraînantes.
Parce que c’est assez marrant – disons que, pour une fois, on rit souvent avec le film, et non contre lui.
Et parce que le personnage de Harley Quinn emporte tout sur son passage ; grâce à la prestation assez démente de Margot Robbie. On attendait beaucoup du Joker – mais Leto ne fait jamais oublier Heath Ledger. Robbie, elle, parvient à emporter l’adhésion sur l’intégralité du film.

En l’état, on est donc très loin du super film annoncé, et des (deux premiers) Batman de Nolan. Mais, finalement, au dessus des merdasses de Snyder et de pas mal d’autres films de super-slips.
Il faudra s’en contenter – note = 3,5/6

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