Baby Driver de Edgar Wright

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BABY DRIVER, dernier film en date de Edgar Wright (la trilogie Cornetto : Shaun/Hot Fuzz/World’s End + Scott Pilgrim) est une expérience de cinéma hors norme et rare; un trip presque physique, qui laisse son spectateur sur le carreau, avec l’impression d’avoir pris un shoot d’adrénaline pure. Et donc, très rétif à toute forme d’analyse après-coup, même à tête reposée. Sur le moment, on est embarqué dans ces montagnes russes rythmées et bruyantes. En sortant de la salle et en y réfléchissant, à part dire « waow, c’était mortel », difficile de prolonger plus loin la critique Laughing

Ce que je vais pourtant tenter de faire ici, rapidement.

Déjà, il faut préciser que le film n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on connaît du cinéma de Wright jusque là. Evidemment, on y trouve quelques correspondances et clins d’oeil; mais rien qui ne l’apparente vraiment à la trilogie Cornetto. Pour Scott Pilgrim, un peu plus de liens… mais si les films se rapprochent dans l’esprit et certains motifs, ils sont quand même sacrément différents.
Là où on retrouve bien le style du réalisateur anglais (ici transposé aux Etats-Unis dans un film qui serait typiquement américain si sa personnalité ne venait pas tout chambouler), c’est dans le mélange des genres, des tons, des idées; le brassage des références qui font exploser toutes les barrières. Parce que, c’est quoi, au juste, Baby Driver ? Un film policier autour d’une bande de braqueurs, d’un chef mafieux, de trafics en tous genre. Et un film d’action aux nombreuses poursuites et fusillades, absolument démentes par ailleurs. Et une comédie musicale; ou plutôt un film construit autour de la musique, omniprésente (un site internet a dénombré pas moins de 71 chansons utilisées dans le film !) et sans cesse traitée comme un élément dramatique à part entière. Et une comédie romantique autour de deux jeunes qui s’aiment et vont devoir affronter l’adversité pour survivre. Et une comédie tout court, aux nombreux gags et répliques vraiment drôles. Et même, un peu, un beau mélo – introduisant une forme d’émotion inédite jusqu’ici dans le cinéma de Wright (même s’il s’en était déjà approché, surtout dans Le dernier pub avant la fin du monde).
Tout ça participe à cette impression de tornade visuelle, auditive, émotionnelle, qui prend le spectateur et ne le lâche jamais pendant 1h50 d’un film incroyablement rythmé et qui file à toute vitesse. Le plus beau étant qu’aucun de ces éléments disparates n’est sous-traité; tout fonctionne à merveille et s’intègre parfaitement.

On peut ajouter encore une dimension, touchant cette fois au traitement des personnages, très ambigus. Sauf Debora (Lily James, très bien), traitée comme pure princesse de contes de fées. Tous les autres, même Baby (Ansel Elgort, une révélation en ce qui me concerne puisque je m’intéresse pas aux films de djeun’s à la Divergente dans lesquels il est apparu jusqu’ici) sont loin de se restreindre aux archétypes de leurs personnages. Dans leur psychologie autant que dans leurs agissements, aucun n’est tout blanc ou tout noir. Et impossible pour le spectateur de prendre totalement parti pour ou contre tel ou tel, de les ranger dans une catégorie « gentil » ou « méchant », d’être en accord ou en désaccord avec leurs agissements. Le couple de jeunes héros, par exemple, navigue sans arrêt entre Roméo et Juliette et Tueurs Nés Smile Je me dois aussi de citer le reste de la distribution prestigieuse, tout le monde méritant vraiment les éloges : Kevin Spacey, John Hamm,Jamie Foxx, Eiza Gonzales, John Berthnal

Si le savoir-faire technique du réalisateur n’est plus à démontrer, il parvient là à réhausser encore le niveau de sa mise en scène. La réalisation est impressionnante, avec notamment des plans-séquences quasi invisibles, jamais ostentatoires, mais qui marquent la vision du film. Par exemple cette scène chorégraphiée suivant Baby au début du film, après le premier braquage – qui ne dépareillerait pas dans une comédie musicale de l’âge d’or hollywoodien.
Et, fait suffisamment rare pour être noté : bien que très influencé par tout un tas de films, il s’agit ici d’un projet original né dans l’esprit de Wright et personne d’autre ! Je veux dire par là que le film n’est pas tiré d’une bédé, d’une série, d’un jeu vidéo, d’une pub pour dentifrice ; n’est pas un remake, pas une suite ni une préquelle… Les seuls autres exemples récents qui me viennent en tête sontAvatar et Pacific Rim; ça rend d’autant plus précieux ce type de blockbusters qui ne doivent rien à personne en dehors de leurs créateurs !

Bien plus que La La Land, le voilà, « le film de 2017 qui va vous rendre heureux », « le film que vous allez adorer » et blablabla ! Beaucoup plus efficace dans sa démarche que Chazelle, Edgar Wright propose un spectacle total, dont on ressort sur un petit nuage après s’être bien éclaté, avoir ri, frémit, été ému. On pourrait rapprocher la démarche de Wright de celle d’un Tarantino, un peu moins sombre, un peu plus cool… Mais l’anglais n’a pas besoin de ça : il continue de creuser son chemin unique. Ne reste plus qu’à espérer que le public le suive dans cette aventure bien plus enthousiasmante que ce qu’on peut voir par ailleurs dans le domaine du divertissement. C’est pas gagné, mais il le mérite largement.

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