CLIMAX de Gaspar Noé

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Vu hier en avant-première le dernier « film expérience controversé qui va diviser » de Gaspar Noé : CLIMAX.

Avant d’en parler, petits rappels personnels concernant un réalisateur définitivement à part dans le cinéma français, et sur lequel on dit et écrit beaucoup à chacun de ses films-événement.
Je fais partie des gens qui suivent Noé depuis ses tout débuts, bien avant les provocations cannoises et les dîners en ville, quand je lisais Mad Movies et Starfix, qui nous parlaient de son moyen-métrage Carne et de son prolongement en long Seul Contre Tous (toujours aujourd’hui son meilleur film, à mon avis). Films que j’ai vus à l’époque, et carrière que j’aie vue se construire en marge, au moment où Noé faisait partie de ces quelques réalisateurs qui bousculaient à bon escient le cinéma français.
Et, si on a coutume de dire que les films de Noé divisent les spectateurs en deux camps tranchés – ceux qui adorent et crient au génie vs ceux qui détestent et crient à la fumisterie – je me suis toujours étonnamment stué dans un entre-deux. Pour moi, Irréversible, Enter the Void ou Love sont des films moyens, bourrés de qualités (visuelles, notamment), mais aussi de défauts (la provocation de Noé tournant souvent en rond, ses obsessions pour 2001 ou autre étant mal digérées, etc).

Pourquoi je rappelle ça ?
Parce que, avec ce Climax, je m’attendais à ce que ce soit encore une fois la même chose : une expérience visuelle, sonore et sensitive, plutôt qu’un film. Un truc techniquement dément mais problématique sous plein de points…
Sauf que non.
Cette fois, j’ai bel et bien pu choisir mon camp, à l’opposé de la partie de la salle applaudissant le réalisateur présent à la fin de la projection alors que je m’enfuyais par la sortie de secours (croisant un ras déboulant d’une poubelle correspondant bien à l’esprit du film) : c’est une grosse merde !

Et même une grosse merde hystérique, insupportable, boursouflée, pathétique.

Je crois que déjà, à la base, mon problème est que ça touche à un sujet qui ne m’intéresse absolument pas. une histoire se déroulant dans le milieu de la danse dont je n’ai rien à branler, avec de jeunes danseurs incarnant mon pire cauchemar face à la déviance de la société dans tout ce qu’elle a de plus futile et débile. Loin du film de vengeance, du trip psychédélique, ou du film de cul de ses oeuvres précédentes. Mais admettons : la force d’un réalisateur est parfois justement de transcender un sujet naze. Sauf que non : Noé filme bien des scènes de danse interminables, et les atermoiements de personnages à la con.

Et c’est là que le film devient mauvais en soi, au delà de l’intérêt qu’on peut y porter. Parce que ses personnages ne sont que des gros connards.asses irrécupérables, prenant tout le temps les pires décisions, s’enfonçant constamment dans leur débilité profonde, on n’en a rien à foutre d’eux. Lorsqu’à la fin certains meurent et la plupart finissent dans un sale état, je me suis pris à me dire : « bien fait pour leur gueule, qu’ils crèvent, ces persos de merde ! ». Après avoir eu envie de les baffer pendant tout le film, c’était même un soulagement.

Même visuellement, le film est problématique. Noé et son fidèle complice Benoit Debie à la photo livrent ce qu’on attend d’eux : des images léchées, des mouvements de caméra aériens, des plans-séquences ahurissants… pendant la moitié du film, en gros. Ensuite, on ne peut même plus se raccrocher à ça : l’idée est de « dérégler » la mise en scène et les images pour retranscrire le chaos et l’état de transe alcoolisée et psychédélique des personnages. Bonne idée sur le papier, mais à l’écran, ça se traduit par du grand n’importe quoi – laid, par moment irregardable, et incompréhensible. Même LE point fort habituel des films de Noé n’est plus ici un point de rattrapage.

Par contre, pour ce qui est de nous balancer ses slogans merdiques plein écran (souvenez vous, « Le temps détruit tout »… ^^), on le retrouve bien, le Noé.
Le film ne dure que 1h37, on échappe au moins aux 2h40 de Enter the Void… sauf que ça m’a semblé durer beaucoup plus longtemps, en fait ! Il m’arrive parfois d’être crevé et de m’assoupir un peu au cinéma, même devant de bons films. Là, évidemment, pas une once de fatigue pour m’épargner quelques minutes de ce calvaire ! Faut dire qu’avec la musique techno de merde constante et les hurlement hystériques des acteurs.trices, pas facile de faire la sieste…

Au moment de noter ce film dans mes stats hier en rentrant, je me demandais si je n’allais pas lui donner quelques points, au moins pour la facture visuelle du début; et aussi pour le fait qu’il vaut mieux toujours un film qui provoque quelque-chose (même si c’est du rejet) plutôt qu’un truc tiède. Mais finalement non : il a eu droit à son beau zéro pointé. Parce que ce film m’a énervé, profondément emmerdé, et parce que je sais qu’il y aura toujours des gens pour le défendre et me dire que j’ai rien compris. (et je parle même pas de ceux qui vont prétendre que les détracteurs ont été trop choqués et n’ont pas supporté le film… comme si j’avais des leçons de résistance à recevoir en matière de films durs à supporter)

Fuck them. Mais pas autant que Noé et sa bande de blaireaux.

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Hérédité de Ari Aster

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Depuis sa présentation à Sundance au début de cette année, le film génère un gros buzz dans la comunauté fantasticophile et ailleurs. « Le nouveau Shining« , « le nouveau Rosemary’s Baby« , « le film qui va vous faire flipper comme rarement » etc… Ou un pétard mouillé prétentieux et longuet, qui se complaît dans une psychanalyse de bazar et foire ses effets horrifiques.

Pour ma part, j’ai choisi mon camp : je fait partie des conquis, et même bien au-delà ! J’ai trouvé ça absolument mortel.

Déjà, parce que, comme ses illustres prédécesseurs auxquels il est comparé (ajoutons aussi L’Exorciste ou Le Locataire), c’est un film d’horreur adulte; ce qui est déjà appréciable en soi, mais l’est encore plus en cette période où le cinéma de genre s’adresse en priorité aux ados américains. J’aime beaucoup certains grands films d’horreur de ces dernières années, genre It Follows ou Get Out – mais même ceux-là s’adressent au même public. Ils sont juste plus réussis. Là, non : même si une grande part du film est axée sur les enfants ados de la famille centrale (et surtout le garçon), tout est montré du point de vue de la mère, avec des thématiques tournant autour de la famille et de la parentalité (de l’hérédité, surtout – pour une fois le titre du film est particulièrement approprié).
(pour être honnête, il y a bien un autre film récent auquel celui-ci pourrait être comparé, mais je ne vais pas le citer histoire de ne pas trop spoiler – les deux ayant une explication comparable)

Le film est clairement découpé en deux parties – ce qui lui est aussi parfois reproché. La première moitié n’a quasiment aucun aspect surnaturel, et ne prétend pas faire peur. C’est plutôt l’analyse psychologique d’une famille dysfonctionnelle au passé très très très chargé, s’attardant sur les failles de chacun et leur impossibilité à vivre « normalement ». Le fait que ça ne soit pas tourné vers la terreur n’implique pas que ce soit léger; bien au contraire ! Cette première moitié est d’une noirceur éprouvante, impose une atmosphère étouffante, et frappe finalement le spectateur bien plus qu’une accumulation d’effets horrifiques. Ou fera naître un ennui profond, c’est selon.

Dans la deuxième moitié, on plonge par contre dans le pur film d’horreur. L’ambiance reste hyper chargée, et le film refuse les effets faciles type jump-scares. C’est ce qui le distingue du tout venant de la production – à savoir que ses effets reposent essentiellement sur la mise en scène, la préparation de l’effet en amont, plutôt que le recours au truc facile qu’on subit partout ailleurs. Ce qui, finalement, est l’essence même du cinéma en général, et du cinéma d’épouvante en particulier : la manipulation du spectateur par des effets de mise en scène. Ça peut sembler bateau, mais combien de films « grand public » en 2018 se soucient d’être un tant soit peu réalisés ? Peu; et le fait qu’on assiste à ça dans un premier film aussi maîtrisé est vraiment impressionnant. Ce Ari Aster est incontestablement un gars à suivre.
Un autre aspect fondamental du cinéma d’horreur est que ce genre travaille sur le grotesque et l’hypertrophie. Au risque de sombrer parfois (souvent) dans le ridicule. C’est un autre point sur lequel les détracteurs du film ne seront pas d’accord, mais en ce qui me concerne, l’autre force du film est de toujours se tenir sur la corde raide… et de ne jamais tomber du côté du ridicule; alors que c’est souvent de justesse.
Résultat : le film fait vraiment peur – ça faisait combien de temps qu’on n’avait pas été aussi déstabilisé et mal à l’aise au cinéma ? Un bon moment… La peur prenant différentes formes, de l’angoisse sourde du début du film à la terreur métaphysique de la fin.

Il faut redire qu’il y a une ambition dans la mise en scène, les cadrages, la photo – qui est certainement à l’origine des comparaisons avec le chef d’oeuvre horrifique de Kubrick. Ce n’est évidemment pas d’un tel niveau; mais ces comparaisons sont en effet totalement logiques et assez légitimes (on y pense à de nombreuses reprises pendant le visionnage). Le film s’efforce aussi de jouer dans la même catégorie de films « énormes » dépassant les limites du genre, notamment par sa durée anormalement longue, 2h06.
Au-delà de ça, la musique signée Colin Stetson participe pleinement à l’ambiance, entre minimalisme atonal et grandiloquence.
Et, évidemment, les acteurs sont aussi un élément indispensable à la réussite du film. Gabriel Byrne au jeu intériorisé qui a l’air de ne rien faire mais en fait au contraire énormément, Ann Dowd – presque une erreur de casting en lien avec son rôle dans Handmaid’s Tale mais qui est superbe, le jeune Alex Wolff impressionnant, l’étrange et inquiétante Milly Shapiro… et surtout Toni Colette, qui trouve là le prolongement de son rôle de mère désemparée dans Sixième Sens – et le meilleur rôle de sa carrière à égalité avec le Shyamou, justement.

Bref, fiez-vous plutôt à la grosse hype autour du film plutôt qu’aux mauvaises langues, et foncez voir HEREDITARY au ciné !
De toute façon, que vous fassiez partie des conquis ou des déçus, l’expérience vaut le détour.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg

Ça faisait plus de 10 ans (après La guerre des mondes, en gros) que Steven Spielberg se reposait complétement sur ses lauriers, se contentant d’aligner des films souvent sans grand intérêt (Tintin, Lincoln, Le pont des espions…), au pire nazes (Indy 4, le Big Fucking Giant, Cheval de Guerre). Sans jamais perdre sa maestria technique, sa capacité à emballer un spectacle efficace… mais, pour autant, sans jamais retrouver non plus ce qui faisait le sel de ses films et avait fait de lui la figure fondamentale du cinéma américain qu’il était devenu.
Un état de fait aisément explicable et compréhensible : au milieu des années 2000, qu’est-ce que Spielberg peut encore faire de nouveau, d’impressionnant, de grandiose ? Quel challenge est encore susceptible de réveiller le réalisateur trônant au sommet de la pyramide – maintenant que Kubrick est mort et qu’il a repris le flambeau via A.I. ? Il y a bien 2/3 réalisateurs qui peuvent encore redistribuer les cartes, James Cameron, Peter Jackson – mais les deux ne semblent pas trop savoir alors comment gérer les triomphes de Titanic et LOTR ; et sont de toute façon tellement redevables au cinéma du maître qu’ils ne semblent pas près de lui piquer sa place sur le trône.
Alors, tranquillement, Spielberg se met en pilotage automatique.
Jusqu’à ce que ses deux derniers films débarquent à un mois d’intervalle sur les écrans, en ce début 2018. De Pentagon Papers, j’ai déjà dit à quel point c’était dans la lignée de son cinéma de ces dernières années – pas mauvais mais ronronnant tranquillement dans un film où personne ne semble s’être vraiment fatigué.
De quoi nous endormir ; préparer le terrain pour le choc de son film suivant ? Peut-être.

Quel que soit le niveau de « calcul », ou la part de hasard, aboutissant à la sortie aujourd’hui de READY PLEAYER ONE, à ce moment là de la carrière du réalisateur, une chose est évidente : à 70 ans, Spielberg revient au centre du jeu, pour reprendre la main et montrer à tout le monde une bonne fois pour toutes qui est le boss !
C’est que, depuis 10 ans, justement, la physionomie du blockbuster américain a considérablement été modifiée. L’arrivée des super-héros et les cartons atmosphériques du Marvel Cinematic Universe, l’explosion des franchises, le boom des dystopies « Young Adult » – autant d’éléments qui ont relégué dans l’ombre le cinéma de Spielberg et ses contemporains. Surtout, la génération de réalisateurs qui est arrivée aux commandes, ou celle apparue un peu plus tôt et qui s’est affirmée dans ces années là, se réclame pour la plupart de Spielberg et consorts ; payent sans arrêt leur tribut à leur père à tous… et a peu a peu fini par l’éclipser aux yeux du public. Tu parles de Spielberg à un ado d’aujourd’hui sevré aux Marveleries, il ne comprendra pas ce que celui-ci a pu représenter à sa grande époque.

Il était temps que ça change, et Ready Player One est le véhicule idéal pour ça.
Le livre de Ernest Cline à l’origine du film est déjà intrinsèquement lié au réalisateur, et constitue un voyage nostalgique au sein de sa filmographie (réalisations et productions des années 80/90). Spielberg a d’ailleurs hésité à se lancer dans ce film, craignant l’entreprise autocentrée et le trop-plein de références personnelles et d’autocongratulation. Il y a d’ailleurs (semble-t-il, puisque je n’ai pas lu le bouquin, mais c’est commenté par beaucoup de gens) eu un gros effort pour privilégier les références externes plutôt que celles à sa filmographie – d’ailleurs finalement peu nombreuses (il y a plus de clins d’œil à ses potes Zemeckis ou autres qu’à lui-même).

Le résultat de l’adaptation du livre par le seul réalisateur légitime pour le porter à l’écran, c’est ce film de geek, pour les geeks ; finalement assez différent de tous les  autres films de geeks qui règnent sur le cinéma hollywoodien depuis que les geeks y ont pris le pouvoir. Parce que les nombreuses références du film sont bien plus que des coups de coude adressés au public. Ils sont cela aussi – durant les premières minutes, il y a bien un plaisir totalement jouissif à s’amuser à tout repérer aux quatre coins de l’écran. Mais on comprend aussi très vite que le film va bien plus loin. En opérant l’intégration de ces références à la fois dans l’histoire du film, et dans son projet cinématographique. En les dépassant constamment, aussi.
Le summum, et la profession de foi de Spielberg à travers ce film, s’incarnant dans la séquence centrale hallucinant en hommage au Shining de Kubrick. Tout le projet de RPO est résumé là : utilisation des références dans le contexte, hommage à un réalisateur culte, mise en abyme, réflexion sur la culture pop… en plus d’être le sommet du film dans son rapport à la fois ludique et réfléchi à ce qu’on voit à l’écran.

Le résultat, c’est aussi un blockbuster expérimental hallucinant- comparable uniquement aux autres rares prototypes de ces 20 dernières années que sont Matrix et Speed Racer des Wachowski, Avatar de Cameron, Mad Max Fury Road de Miller et Pacific Rim de Del Totoro.
Que ce soit dans le spectacle proposé, dans la conception des scènes d’action, dans les idées de mise en scène, ou l’univers proposé, le film a tout de l’expérience sortant des sentiers battus – et de la volonté de proposer autre chose que ce qu’on a l’habitude de voir en termes de divertissement ; tout en se reposant sur des bases connues.

C’est enfin une sorte de film-somme pour Spielberg, une réflexion sur son héritage cinématographique, une récapitulation de plus de 40 ans d’une carrière exceptionnelle à plus d’un titre. En plus de tout l’aspect référentiel, il y a aussi au sein du film un rapprochement constant de Spielberg avec ses personnages – le réalisateur s’incarnant tour à tour dans le jeune héros du film, le démiurge de l’Oasis Halliday, son comparse Morrow, même dans certains aspects du méchant Sorrento… Pour finalement livrer un portrait complexe du réalisateur dans les différentes phases de sa vie, et sous tous ses aspects (entertainer, réalisateur « sérieux », technicien hors pair, référence pour ses collègues, producteur avisé…)
Tout ça dans un film bien loin de toute nostalgie mortifère, mais fêtant au contraire cet héritage dans une orgie de séquences ébouriffantes. Et posant la question de savoir vers quoi va bien pouvoir se tourner maintenant le réalisateur… J’espère juste que ça ne restera pas comme un sursaut ponctuel avant de retomber dans son cinéma pantouflard – et ça serait bien qu’il profite de cette étape pour faire du prochain Indiana Jones quelque-chose qui ressemble plus aux films des années 80 qu’au quatrième !

Il y a bien quelques menus défauts dans le film – une certaine naïveté par moments, la structure générale et certains aspects rappelant la branche young adults du cinéma actuel… Mais le spectacle est tellement enthousiasmant par ailleurs que ça passe finalement sans aucun problème.

Spectacle total, retour en grâce d’un réalisateur phénoménal, célébration ultime de la pop-culture érigée au rang d’art majeur, READY PLAYER ONE est tout cela, et bien plus encore.

Classement Ciné 2017

Psyman is back !

Après un classement un peu compliqué à établir l’année dernière, ce bilan de mon année cinématographique 2017 a été au contraire plutôt facile à mettre au point. Je m’y attendais pourtant pas : si, depuis quelques mois, je dis déjà partout que le Wright millésime 2017 est indubitablement mon « film de l’année », je n’avais a priori pas trop d’autres idées quant aux prétendants aux plus hautes marches du podium. Encore moins une idée précise d’un classement ; et je sentais bien venir encore un truc mi figue mi raisin avec une liste de films en vrac ; et débrouillez vous avec ça. Et puis, finalement, en descendant ma liste des films vus cette année (celle qui va me servir à vous livrer bientôt mon traditionnel avis effrayant avec des statistiques dans tous les sens ????), l’exercice s’est finalement révélé très facile. Le plus dur, en fait, ça a été de sortir deux films du top 10, sur mon choix-initial-les-doigts-dans-le-nez de 12… Tant pis, on verra plus bas que les deux films (français !) en question méritent bien tous les honneurs eux aussi.

Une année finalement dans la moyenne des précédentes, avec certes peu de grands films qui resteront et marqueront mes revisionnages dans les années à venir (dans mon système de notation piqué à Mad depuis 30 ans, seul Baby Driver remporte la note maximale de 6/6), mais pas mal de trucs intéressants. Des tas de bons moments – du rire, du frisson, de la tension, de la peur, des larmes, de l’émotion, du gros délire aussi…

Trève de blabla, le voili le voilou, mon classement ciné de l’année 2017.

1/ BABY DRIVER de Edgar Wright (USA)

J’ai déjà tout dit sur la merveille de Wright, cette combinaison idéale de mise en scène, de musique, d’action, de montage ; que le réalisateur de Shaun of the dead, Hot Fuzz et The World’s End a cogité pendant 20 ans avant d’avoir la maturité artistique pour livrer le joyau propre à sa vision. Un pur shoot d’adrénaline, qui laisse dans un état d’hébétude bienheureuse au bout de 2 heures d’uppercuts sonores et visuels. Plus qu’un film, une véritable expérience de cinéma – le genre de métrage qui justifie encore l’existence du medium en 2017 ; prouvant qu’on peut encore inventer de nouvelles formes et réveiller un public blasé et sur-stimulé.

2/ GET OUT de Jordan Peele (USA)

Le « film de petit malin de l’année », qui parvient tant à la découverte qu’aux visions ultérieures et surmonter tous les obstacles placés sur son chemin. N’est-ce qu’un pétard mouillé qui ne va pas plus loin que son concept ? Non. Est-ce que ce n’est pas un peu trop bien calibré dans tous les sens et un peu trop facile dans ses effets pour vraiment toucher au but ? Non. Est-ce que ça supporte d’être revu même quand on connaît le twist ? Oui. Est-ce que le discours social et politique n’est pas un peu trop dans l’air du temps bobo-gaucho-mondialo-tout-ce-qu’on-veut pour être honnête ? Du tout. Plus qu’un film de petit malin, un futur classique du genre.

3/ QUELQUES MINUTES APRES MINUIT de Juan Antonio Bayona (Espagne)

Bayona, ou « le jeune espagnol qui réussit tout ce qu’il tente ». Le mec fait L’Orphelinat, il met la pâtée à ces collègues espagnols oeuvrant dans le genre (sauf Del Toro). Le mec fait The Impossible, il écrase toute concurrence dans le domaine du drame humain à grande échelle (sauf Spielberg). Avec A Monster Calls (titre original bien meilleur, et qui a l’avantage de ne pas spoiler un élément important de l’intrigue), il offre une sorte de conte noir et mélancolique d’une beauté vénéneuse, capable de tirer des larmes à un dolmen. Et fout une torgnole à n’importe qui (sauf peut-être Del Toro et Spielberg).

4/ ÇA de Andy Muschietti (USA)

Certes, l’adaptation du pavé culte de Stephen King n’est pas exempte de défauts ; et il faudra attendre la seconde partie pour juger de l’ensemble… Mais le film remporte haut la main le prix du film le plus subjectivement jouissif de l’année pour moi. Enfin, quelqu’un a compris ce qui faisait l’essence des livres de King, et est parvenu à retranscrire à l’écran non pas le texte exact de ses bouquins, mais l’esprit, les sensations, les émotions ; tous ces petits trucs qui m’accompagnent à la lecture des œuvres du maître depuis mon adolescence. Et ça, ça n’a pas de prix.

5/ 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo (France)

C’était pas gagné (au contraire !) : Robin Campillo + grosse hype à Cannes, mais film reparti bredouille au palmarès + sujet sensible + possibilité de chantage à l’émotion + une durée de 2h25… à l’arrivée, le pari est plus que réussi, envers et contre tout ! Et le film se révèle être le rouleau compresseur émotionnel annoncé, en même temps que le film définitif sur le Sida et la lutte pour les droits des homosexuels et des malades dans les années 80 (dans ton cul, Philadelphia !). Tout en osant un tas de trucs, toujours sur la corde raide, mais toujours avec une réussite insolente (ces scènes de cul incroyables ^^)…

6/ LOGAN de James Mangold (USA)

J’aime les films Marvel, et j’en ai même pas honte. J’adore la plupart des films X-Men, vus avec mes yeux d’enfant farci de Special Strange dans les années 80 et fan des mutants du professeur X. Je n’avais donc pas besoin de cette relecture radicale et sans concession du film de super-héros. Et pourtant, cette aventure crépusculaire et sauvage de Wolverine m’a scotché sur place. D’autant plus en version noir et blanc sur le BR ; qui loin d’atténuer les éclairs de violence et les éclats gore du film les renforce en les intégrant dans une ambiance encore plus putride. Magnifique chant du cygne pour le personnage et la saga cinématographique.

7/ CE QUI NOUS LIE de Cédric Klapisch (France)

Le Klapich millésime 2017 est un très grand cru. Comme une prolongation des aventures de son personnage central de L’auberge espagnole et ses suites, où les personnages auraient vieilli en même temps que les spectateurs. C’est la même sensation, cette impression que le réalisateur (et ses acteurs, exceptionnels) nous parle directement ; semble nous avoir compris mieux que nous-mêmes. Avec, en plus, une amertume et une gravité qu’on ne lui connaissait pas – ou qui était jusqu’ici mieux camouflées sous l’humour et les personnages hauts en couleur. Le temps passe, on prend de la bouteille ; et on a l’impression que Klapisch l’a compris mieux que quiconque.

8/ COCO de Lee Unkrich (USA/Mexique)

Le Pixar de  l’année n’atteint pas le niveau de Vice-Versa il y a deux ans – il est certainement un peu trop formatté Disney pour ça ; trop classique dans son déroulement et ses péripéties, aussi. Il n’empêche, ce film qu’on avait a priori pris pour un décalque de La Légende de Manolo (en fait, pas du tout !) constitue une nouvelle démonstration du fait que le studio à la lampe n’est pas mort. Et qu’on peut toujours compter sur eux pour dynamiser un cinéma d’animation qui aurait tendance sans cela à s’endormir sur ses acquis. Et rien que pour l’émotion procurée dans une dernière partie qui fera fondre les plus insensibles, le film est précieux (plus que Cars 3, sorti cette année aussi – très sympa mais loin d’être révolutionnaire).

9/ THE LAST GIRL de Colm McCarthy (Royaume Uni)

LA surprise de l’année, le film venu de nulle part et qui se révèle largement meilleur que tant d’autres (peut-être trop) attendus. Franchement, qui aurait pu croire encore aujourd’hui qu’il serait possible de faire du neuf sur le thème archi-rebattu du zombie ? Qui aurait pu croire qu’un autre anglais s’approcherait de la réussite de 28 Jours plus tard (sans l’atteindre complétement, toutefois) plus de 10 ans après Danny Boyle ? Pas moi, en tout cas. Et rien que pour m’avoir détrompé sur ces points, le film de McCarthy mérite sa place ici (d’autant qu’il fonctionne encore aussi bien à la revoyure).

10/ SPLIT de M. Night Shyamalan (USA)


Le film de la renaissance de Shyamou, plus de 15 ans après Incassable ! On allait à l’avant-première pour rigoler, et se moquer du réalisateur, présent après la projection… La vision du film nous a sérieusement calmés. Même si la dernière scène, intégrant le film dans un projet plus global propre au réalisateur (j’attends d’ailleurs impatiemment Glass début 2019), peut être sujette à caution, le film se suffit de toute façon en lui-même. Un pur film de monstre furieux comme on n’en avait pas vu depuis longtemps ; ménageant son lot de scènes terrifiantes et de moments grandioses. Et James McAvoy en schizo aux multiples personnalités est incroyable.

Echouent donc au pied du podium, exclus de la liste ci-dessous uniquement pour des problèmes de place :

GRAVE de Julia Ducournau (France)

Annoncé dans les festivals du genre comme « le petit film français qui va retourner l’estomac des amateurs de gore », le premier film de cette ex étudiante de la Femis est bien plus qu’un « simple » choc visuel (finalement même pas si crade que ça). Au-delà de cette histoire de cannibales modernes, c’est tout une étude sociale qui se dessine, pleine de réflexions rappelant le Cronenberg des années 80/90. Et la jeune Garance Madinier est impressionnante, dans un rôle vraiment pas facile.

L’AMANT DOUBLE de François Ozon (France)

Peut-être le meilleur film d’Ozon depuis sa légère baisse de régime récente (à son rythme, ce n’est qu’un clin d’œil dans sa filmographie, mais je commençais à m’inquiéter un peu !). Même si la conclusion de cette histoire rocambolesque n’est pas des plus heureuses, le film nous aura baladé avant dans une atmosphère inquiétante parfaitement maîtrisée. Et nous aura balancé quelques scènes de cul bien gratinées. Là encore, l’influence de Cronenberg (plus précisément Faux semblants) est prégnante. Et le réalisateur français n’a pas à rougir de la comparaison.

Les autres (parfois très) bons films de l’année, moins méritants mais quand même :

Atomic Blonde de David Leitch (USA) – Complètement con, ultra bourrin, de la musique des eighties et Charlize fouyayaya… Le plaisir coupable de l’année.
El Bar de Alex de la Iglesia (Espagne) – Pas ce que l’espagnol a fait de mieux, mais comme souvent un « petit » de la Iglesia vaut toujours mieux que pas mal d’autres trucs.
Colossal de Nacho Vigalondo (Espagne) – Dommage que le film ne soit pas totalement réussi, parce que son originalité et ses tentatives de sortir de l’ordinaire valent largement le coup.
Detroit de Kathryn Bigelow (USA) – Je préfère toujours la première période de la réalisatrice à ses films politiques récents ; mais difficile de faire la fine bouche devant l’efficacité de ce petit dernier – et notamment sa terrifiante partie centrale.
It Comes at Night de Trey Edward Shults (USA) – Encore un film un peu bancal, mais qui vaut d’être vu pour sa manière d’aborder des thèmes archi-rebattus de façon biaisée. Et avec une noirceur incroyable.
The Jane Doe Identity de Andre Overdal (USA) – Un petit film malin qui parvient à tenir en haleine sur un concept basique et au sein d’un huis-clos terriblement efficace.
Lego Batman de Chris McKay (USA) – Le film Lego est drôle, la parodie de Batman est drôle ; que demander de plus ?
On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti (Italie) – Un film de super-héros décalé, un peu portnawak et foutraque, mais qui rue comme il faut dans les brancards.
Patients de Grand Corps Malade (France) – Grosse surprise que ce film dont je n’attendais rien, que j’ai vu par hasard, et qui s’est révélé particulièrement drôle et sensible.
Que Dios Nos Perdonne de Rodrigo Sogoroyen (Espagne) – Encore un très bon film espagnol cette année, éprouvant et violent ; trop long, mais grosse baffe dans ses meilleurs moments.
Sans Pitié de Sung-Hyun Byun (Corée du Sud) – Un film de prison et de gangsters coréen, sorte de Scorsese au pays du matin calme.
Spider-Man Homecoming de John Watts (USA) – Réintégration du personnage au sein du Marvel-verse; plus intéressante dans le traitement de l’homme araignée que dans sa façon de se raccrocher aux branches des Avengers et autres.
Star Wars Episode VIII – Les Derniers Jedi de Rian Johnson (USA) – Bah oui, moi j’ai aimé ce nouvel épisode de la saga, bien plus que le précédent (et je parle pas de la prélogie de merde évidemment).
T2 – Trainspotting de Danny Boyle (Royaume Uni) – Avec un peu moins de réussite que Klapisch (voir plus haut), Boyle nous choppe par le col et nous jette à la gueule le temps qui passe, les illusions perdues, la jeunesse envolée. Moins bon que l’original, mais scotchant.
Thor Ragnarok de Taika Waitiki (USA) – En basculant clairement du côté de la parodie, le film zappe les deux précédents… et c’est tant mieux.
Thelma de Joachim Trier (Pays Bas) – Le film hésite trop entre ses thèmes et sur le ton à adopter, mais l’atmosphère sombre et le traitement original du fantastique sont à saluer.
Tunnel de Kim Seong-Hun (Corée du Sud) – Comme toujours, les coréens font trop long, mais on arrive la plupart du temps à rester scotché par le calvaire d’un gars prisonnier d’un tunnel routier et ses efforts pour survivre à l’épreuve.

+ ZE reprise de l’année a ciné, l’immense POLICE FEDERALE LOS ANGELES de William Friedkin (USA).

Voilà maintenant la partie la plus drôle de l’exercice annuel, le podium des gros flops de l’année, les bousasses terribles que j’ai pu m’infliger, parfois involontairement ; plus souvent en pleine connaissance de cause (parce qu’il faut savoir se faire du mal de temps en temps, pour apprécier aussi de se faire du bien).

1/ CHACUN SA VIE de Claude Lelouch (France)
Chaque fois que notre ami Claude sort ce qu’il ose appeler un film, il est quasiment assuré de finir en tête du top daube de l’année. Celui-là est un de ses pires. En plus d’être aussi nul que d’habitude, il s’inscrit dans l’air du temps en étant complétement puant et réac. Bravo, Claude !

2/ LA TOUR SOMBRE de Nikolaj Arcel (USA)
« Je n’écris pas avec mon cerveau, j’écris avec mes pieds.
Je ne filme pas avec mon œil, je filme avec ma bite.
Je ne joue pas avec mes tripes, je joue avec mon cul »
Toutes les personnes impliquées dans cette merde ont oublié le visage de leur père

3/ D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE de Roman Polanski (France)
Polanski transforme le livre de Delphine le Vigan en comédie involontaire à base de chutes dans les escaliers et de répliques absurdes. Avec un prix spécial pour les deux actrices les plus ridicules de l’année, Eva Green et Emmanuelle Seigner.

4/ TRANSFORMERS – THE LAST KNIGHT de Michael Bay (USA)
Bon, la saga des robots géants de Boum Boum Bay râcle toujours les fonds de chiottes du cinéma de divertissement. Dire de ce dernier (j’espère !) volet, qu’il est encore pire que les autres donne une idée de la chose…

5/ LA MOMIE de Alex Kurtzman (USA)
Universal aura réussi en un seul film à ruiner le lancement de leur idée de Dark Universe, à la fois en échouant à poser un monde cohérent à l’écran, et en se vautrant dans la réactualisation d’un monstre classique maison. Trop forts !

6/ BAYWATCH de Seth Gordon (USA)
On ne pouvait pas s’attendre à une réussite dans l’adaptation d’une série de merde. Par contre, on pouvait penser rigoler un peu, et se rincer l’œil. Entre gags foireux pour 12 ans d’âge maximum et Alexandra Daddario honteusement sous-exploitée, on n’a même pas ça !

7/ LE MONDE SECRET DES EMOJIS (USA)
Le niveau zéro de la déchéance ultime de la crise d’idées du cinéma américain. Quand t’en arrives à faire un film non plus adapté d’un jeu mais carrément des applications de téléphone portable, faut pas s’étonner que le résultat soit à chier.

8/ ALIEN COVENANT de Ridley Scott (USA)
Après un Prometheus déjà naze, Scott tue définitivement la franchise. Il a déclaré après-coup qu’il était plus intéressé par ses Ingénieurs que par les Aliens. C’était pas la peine : on avait bien remarqué ça à la vision du film. Pas pressé de voir la suite.

9/ JUSTICE LEAGUE de Zach Snyder (& Joss Whedon) (USA)
Chaque film de DC-verse parvient à être pire que le précédent. Pas aidé par des conditions de production compliquées (et la moustache de Henry Cavill) ; celui-ci devrait quand même marquer un point de non retour difficile à atteindre à nouveau à l’avenir.

10/ MON POUSSIN de Frédéric Forrestier (France)
J’arrive en général à éviter les comédies françaises navrantes de l’année ; sinon nul doute que ce classement en serait farci. Mais je suis pas passé à côté de celle-là, malheureusement…

Nazes aussi, mais à peine moins :

Le Crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh (Royaume Uni)
Guardians de Sarik Andeasyan (Russie)
Insiders de Daniel Calparsoro (Espagne)
King Arthur de Guy Ritchie (Royaume Uni)
London House de David Farr (Royume Uni)
Mazinger Z Infinity de Junji Shimizu (Japon)
Pire Soirée de Lucia Anielo (USA)
Power Rangers de Dean Israelite (USA)
Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette (France)

Et, au rayon des déceptions, quelques films dont j’attendais quelque-chose (au vu du réalisateur, de l’histoire, de l’intérêt cinématographique…) – et qui se sont finalement révélé en dessous des attentes.

BLADE RUNNER 2049 de Denis Villeneuve (USA)
DANS LA FORET de Gilles Marchand (France)
LA LA LAND de Damien Chazelle (USA)
MOTHER ! de Darren Aronofsky (USA)
LA NEUVIEME VIE DE LOUIS DRAX de Alexandre Aja (USA)
LES PROIES de Sofia Coppola (USA)

Baby Driver de Edgar Wright

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BABY DRIVER, dernier film en date de Edgar Wright (la trilogie Cornetto : Shaun/Hot Fuzz/World’s End + Scott Pilgrim) est une expérience de cinéma hors norme et rare; un trip presque physique, qui laisse son spectateur sur le carreau, avec l’impression d’avoir pris un shoot d’adrénaline pure. Et donc, très rétif à toute forme d’analyse après-coup, même à tête reposée. Sur le moment, on est embarqué dans ces montagnes russes rythmées et bruyantes. En sortant de la salle et en y réfléchissant, à part dire « waow, c’était mortel », difficile de prolonger plus loin la critique Laughing

Ce que je vais pourtant tenter de faire ici, rapidement.

Déjà, il faut préciser que le film n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on connaît du cinéma de Wright jusque là. Evidemment, on y trouve quelques correspondances et clins d’oeil; mais rien qui ne l’apparente vraiment à la trilogie Cornetto. Pour Scott Pilgrim, un peu plus de liens… mais si les films se rapprochent dans l’esprit et certains motifs, ils sont quand même sacrément différents.
Là où on retrouve bien le style du réalisateur anglais (ici transposé aux Etats-Unis dans un film qui serait typiquement américain si sa personnalité ne venait pas tout chambouler), c’est dans le mélange des genres, des tons, des idées; le brassage des références qui font exploser toutes les barrières. Parce que, c’est quoi, au juste, Baby Driver ? Un film policier autour d’une bande de braqueurs, d’un chef mafieux, de trafics en tous genre. Et un film d’action aux nombreuses poursuites et fusillades, absolument démentes par ailleurs. Et une comédie musicale; ou plutôt un film construit autour de la musique, omniprésente (un site internet a dénombré pas moins de 71 chansons utilisées dans le film !) et sans cesse traitée comme un élément dramatique à part entière. Et une comédie romantique autour de deux jeunes qui s’aiment et vont devoir affronter l’adversité pour survivre. Et une comédie tout court, aux nombreux gags et répliques vraiment drôles. Et même, un peu, un beau mélo – introduisant une forme d’émotion inédite jusqu’ici dans le cinéma de Wright (même s’il s’en était déjà approché, surtout dans Le dernier pub avant la fin du monde).
Tout ça participe à cette impression de tornade visuelle, auditive, émotionnelle, qui prend le spectateur et ne le lâche jamais pendant 1h50 d’un film incroyablement rythmé et qui file à toute vitesse. Le plus beau étant qu’aucun de ces éléments disparates n’est sous-traité; tout fonctionne à merveille et s’intègre parfaitement.

On peut ajouter encore une dimension, touchant cette fois au traitement des personnages, très ambigus. Sauf Debora (Lily James, très bien), traitée comme pure princesse de contes de fées. Tous les autres, même Baby (Ansel Elgort, une révélation en ce qui me concerne puisque je m’intéresse pas aux films de djeun’s à la Divergente dans lesquels il est apparu jusqu’ici) sont loin de se restreindre aux archétypes de leurs personnages. Dans leur psychologie autant que dans leurs agissements, aucun n’est tout blanc ou tout noir. Et impossible pour le spectateur de prendre totalement parti pour ou contre tel ou tel, de les ranger dans une catégorie « gentil » ou « méchant », d’être en accord ou en désaccord avec leurs agissements. Le couple de jeunes héros, par exemple, navigue sans arrêt entre Roméo et Juliette et Tueurs Nés Smile Je me dois aussi de citer le reste de la distribution prestigieuse, tout le monde méritant vraiment les éloges : Kevin Spacey, John Hamm,Jamie Foxx, Eiza Gonzales, John Berthnal

Si le savoir-faire technique du réalisateur n’est plus à démontrer, il parvient là à réhausser encore le niveau de sa mise en scène. La réalisation est impressionnante, avec notamment des plans-séquences quasi invisibles, jamais ostentatoires, mais qui marquent la vision du film. Par exemple cette scène chorégraphiée suivant Baby au début du film, après le premier braquage – qui ne dépareillerait pas dans une comédie musicale de l’âge d’or hollywoodien.
Et, fait suffisamment rare pour être noté : bien que très influencé par tout un tas de films, il s’agit ici d’un projet original né dans l’esprit de Wright et personne d’autre ! Je veux dire par là que le film n’est pas tiré d’une bédé, d’une série, d’un jeu vidéo, d’une pub pour dentifrice ; n’est pas un remake, pas une suite ni une préquelle… Les seuls autres exemples récents qui me viennent en tête sontAvatar et Pacific Rim; ça rend d’autant plus précieux ce type de blockbusters qui ne doivent rien à personne en dehors de leurs créateurs !

Bien plus que La La Land, le voilà, « le film de 2017 qui va vous rendre heureux », « le film que vous allez adorer » et blablabla ! Beaucoup plus efficace dans sa démarche que Chazelle, Edgar Wright propose un spectacle total, dont on ressort sur un petit nuage après s’être bien éclaté, avoir ri, frémit, été ému. On pourrait rapprocher la démarche de Wright de celle d’un Tarantino, un peu moins sombre, un peu plus cool… Mais l’anglais n’a pas besoin de ça : il continue de creuser son chemin unique. Ne reste plus qu’à espérer que le public le suive dans cette aventure bien plus enthousiasmante que ce qu’on peut voir par ailleurs dans le domaine du divertissement. C’est pas gagné, mais il le mérite largement.

Classement cinéma 2016

Non, plus modestement, je fais ce constat dans ce traditionnel moment de fin décembre consistant à établir la liste de mes films préférés de l’année (et, on le verra un peu plus tard, c’est pareil en matière de musique).

Je relisais il y a quelques jours mon classement de l’année dernière. Et me disais que, cette fois, aucun film ne s’était détaché de manière aussi évidente. En 2015, c’était bouclé pour les trois premières places dès le mois de juin ; et tout au long de l’année, je savais quels films marquants squatteraient de manière évidente le haut du tableau. Qui s’était alors établi sans aucune difficulté, en quelques minutes.

Rien de tout ça en 2016. Durant ces 12 derniers mois, j’ai souvent eu l’impression d’un amas de films qu’on pouvait juste séparer facilement en « bien » ou « pas bien », en gros. Sans qu’aucun ne se détache particulièrement, et sans pouvoir établir de hiérarchie facile. Alors, dans les films qui vont apparaître plus loin, il y a des genres différents, des origines différentes, des propositions de cinéma différentes, certes. On peut légitimement se demander comment donner une position dans un classement et comparer des œuvres aussi diverses que le dernier Ken Loach et le dernier X Men… Mais, en fait, c’était la même chose l’année dernière (rien que, au pif, entre Mad Max et Mustang, amuses toi !).

Peut-être que Psyman vieillit ! Very Happy

Toujours est-il que cette impression de marasme qui me restait en tête en repensant à mon année cinématographique 2016 n’a pas longtemps résisté à l’analyse plus attentive des faits. Et, finalement, la reprise de ma liste de films vus cette année m’a permis assez facilement de dégager une grosse liste de bons, voire très bons, films – et aussi de mauvais et très mauvais, sinon ça ne serait pas drôle ! J’ai même réussi à dégager plutôt rapidement un top ten de l’ensemble. Plus les autres bons films, on atteint 30 tout pile – ce qui est un chiffre assez élevé par rapport aux années précédentes.
C’est « marrant », du coup, l’exercice m’a permis de me rendre compte que cette année 2016 avait été loin d’être catastrophique, contrairement à ce qu’il me semblait au premier abord.

Après, reste la question du classement, que je n’ai en effet pas réussi à trancher.
Alors tant pis pour le palmarès en bonne et due forme, et tant pis pour le titre de « film de l’année 2016 », qui ne sera pas décerné individuellement cette fois ci.
On a qu’à faire comme à L’Ecole des Fans, et décréter que tout le monde a gagné (dans la liste des 10 premiers)…

Mes 10 films de l’année, sans classement, par ordre alphabétique

DERNIER TRAIN POUR BUSAN de Sang-Oh Yeon

Un des trois films sud-coréens de mon top, dont 2 dans les 10 premiers (et encore, j’ai loupé The Man in High Heels). On pourra dire que 2016 aura marqué le grand retour du pays sur le devant de la scène ! En l’occurrence, ce train se sera avéré être le cadre du film le plus jouissif de l’année, violent, gore, drôle, complètement délirant, et se permettant même le luxe d’être émouvant et politique. Le film qui met à l’amende tous les films et séries de zombies sortis depuis Shaun of the Dead.

ELLE de Paul Verhoeven

Après 10 ans d’absence, le hollandais violent revient derrière la caméra pour un film français dans la lignée de ceux de Claude Chabrol. Un projet étonnant, qui avait provoqué beaucoup d’interrogations avant sa sortie… Une fois le film vu, il n’y a plus aucun doute : on est bien face à du pur Verhoeven, qui n’a rien perdu de sa verve provocatrice ni de sa puissance cinématographique ! En bonus, une Isabelle Huppert encore une fois exceptionnelle.

LES HUIT SALOPARDS de Quentin Tarantino

Pour la première fois de sa carrière, l’influence principale du trublion du cinéma américain n’est pas un obscur réalisateur des années 70 ou une série de films d’un pays que personne ne connaît mais… lui-même. Et The Thing de Carpenter, aussi. Revenant au western après son précédent Django Unchained, il revisite sa filmographie avec l’aide de ses acteurs récurrents, et livre un condensé de son cinéma en même temps qu’une vision sans concession de l’Amérique d’aujourd’hui. Oui, c’est bavard et démonstratif, mais qu’est-ce que c’est bon !

KUBO ET L’ARMURE MAGIQUEde Travis Knight

Je l’ai dit à sa sortie, je n’en démords pas : c’est LE film d’animation de l’année. C’est surtout un de ces films qui sortent de l’ordinaire du genre, sur lequel on commence à sérieusement tourner en boucle et à vide. Rien de bateau ici, c’est au contraire original, touchant, fascinant. Pareil du point de vue technique, alliant la modernité de l’ordinateur à l’animation de formes qui remonte aux origines du cinéma (pas seulement d’animation). Rarement le qualificatif de « spectacle pour le petits et les grands » aura été aussi approprié.

THE NICE GUYS de Shane Black

Black nous refait Kiss Kiss Bang Bang, mais aussi les films qu’il a écrits dans les années 80 et 90. On pourra lui reprocher de se contenter de faire ce qu’il connaît, sans aucune prise de risques. C’est vrai. Mais quand c’est aussi bien fait, loin de moi l’idée de bouder mon plaisir ! Quand en plus le duo Gosling/Crowe fonctionne à merveille, que le rôle de l’adolescente énervante s’avère le plus intéressant du film, que les années 70 sont aussi bien retranscrites et que ça se passe dans le milieu du porno de l’époque, c’est que du bonheur !

MADEMOISELLE de Park Chanwook

Encore un réalisateur qui revient en force sur un terrain où on ne l’aurait pas du tout attendu (ça nous change de Tarantino ou Black !). Pas de vengeance ici, pas d’hyper-violence, pas de sang (ou si peu) ; le film ne se déroule même pas dans un environnement contemporain. Sur la forme en tout cas, ce « film en costume par le réalisateur de Old Boy » a de quoi mettre le doute. Ou aurait de quoi, si ce n’était encore une fois une telle démonstration de mise en scène et un catalogue de superbes images. Sur le fond, par contre, ce sont bien les mêmes perversions, la même noirceur et la même violence qui éclatent intérieurement. Avec, en prime, les plus belles scènes d’amour lesbiennes qu’on ait pu voir sur un écran.

MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols

Le réalisateur indépendant de Mud ou Take Shelter change radicalement d’univers en s’attaquant à un film de science-fiction clairement inspiré par le cinéma de Spielberg et ses productions dans les années 70/80. On ne savait pas Nichols proche du premier JJ Abrams venu… Et, de fait, son film ne ressemble pas à un Super 8. Il renoue plutôt avec une SF très littéraire, intimiste, où l’émotion prime sur l’action. Ce qui n’empêche pas de livrer quelques scènes spectaculaires qui n’en sont que plus fortes.

MOI, DANIEL BLAKEde Ken Loach

Le réalisateur anglais sort de sa retraite pour crier à nouveau sa haine des orientations politiques de son pays, et en profite pour raffler une Palme d’Or amplement méritée. J’ai eu l’impression pendant la projection que Loach était encore plus énervé, plus vindicatif, plus outré qu’auparavant, ce qui n’est pas peu dire ! Et sa force est communicative : le spectateur ressort du film lessivé, lui aussi prêt à en découdre et à casser le système et ceux qui le soutiennent. L’impression aussi d’avoir vu un film de guerre, qui laisse dans le même état queLa Loi du Marché l’année dernière chez nous.

PREMIER CONTACT de Denis Villeneuve

On se souvient que je n’avais pas été si emballé que ça en sortant de la projection du film. Et puis, le temps a passé… j’y ai beaucoup repensé, j’y suis revenu plusieurs fois, j’ai lu beaucoup de trucs dessus. Et, finalement, ce film me hante ! La vision de Villeneuve, sa façon de traiter la SF, son orientation originale, feutrée, plus orientée vers la littérature que vers le grand spectacle, privilégiant l’émotion et l’implication du spectateur au gros boum boum bruyant. Tout ça rend le film précieux, et bien plus intéressant malgré ses défauts qu’un film qui serait plus maîtrisé mais moins personnel.

SING STREET de John Carney

Mon coup de coeur de l’année, le film qui m’a complètement liquéfié en 2016 ! C’est clairement pas un grand film; d’un point de vue purement cinématographique, il n’a rien à foutre à de telles hauteurs… Mais ça m’a tellement parlé, ému, touché, fait rire, que d’un point de vue purement subjectif sa place est méritée. Comme je l’ai dit à sa sortie, c’est ma musique, ma jeunesse, mon type de films. Et puis, de toute façon, y’a une séquence sublime sur In Between Days, et la chanson de l’année (The Riddle of the Model) dedans.

+ 4 blockbusters (de super-héros principalement) qui m’ont botté cette année (dans l’ordre)

X MEN APOCALYPSE de Bryan Singer

Moins réussi que Days of the future past, mais totalement réjouissant pour le fan des X Men depuis sa plus tendre enfance. Et puis y’a Phénix !

ROGUE ONE – A STAR WARS STORY de Gareth Edwards

Le meilleur Star Wars depuis Le Retour du Jedi. Ce qui ne veut pas dire grand-chose. C’est surtout un super space-opera bien mieux foutu que les films de Lucas.

DOCTOR STRANGE de Scott Derickson

Un Marvel qui sort des sentiers balisés et permet enfin à la « maison aux idées » de recoller à son surnom. Et une très bonne idée d’avoir confié le rôle-titre à Sherlock.

CAPTAIN AMERICA CIVIL WAR de Joe & Anthony Russo

Là, par contre, c’est du Marvel dans ce qu’il a de plus attendu. Mais, dans le genre, c’est extrêmement bien foutu et emballant.

Et la liste habituelle des autres films qui valaient le coup cette année et échappent de peu au top ten (parce qu’ils sont un peu moins bons à mes yeux, et parce que, par principe, il n’y a que 10 places !)

99 Homes de Ramin Bahrani – décryptage effrayant car totalement réaliste de la crise économique aux Etats-Unis.
Arès de Jean-Patrick Benès – de la série B française de SF/action comme on aimerait en voir plus souvent.
Commancheria de David MacKenzie – à mi-chemin entre le western et le polar, un film âpre et noir comme on les aime.
Demolition de Jean-Marc Vallée – mon film américain préféré du réalisateur canadien, même si ça me touche toujours moins que ses merveilles québécoises.
Don’t Breathe de Fede Alvarez – le survival énervé et violent de l’année, à égalité avec Green Room.
Frantz de François Ozon – le français change encore une fois de style et d’univers, et comme (presque) toujours s’en sort plutôt bien.
Le Garçon et la Bête de Mamoru Hosoda – quelques petits défauts empêchent le film d’être dans le top ten, mais c’est quand même de la bombe nucléaire.
Green Room de Jeremy Saulnier – le survival énervé et violent de l’année, à égalité avec Don’t Breathe.
Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan – on l’a dit ici, le dernier Dolan nous a plus ou moins déçu… mais ça reste mieux que la plupart des drames français sortis cette année !
Manchester by the sea de Kenneth Lonnergan – ze film indépendant américain de cette fin d’année est à peine moins énorme que ce qu’on nous a vendu.
Room de Lenny Abrahmson – dommage que la deuxième partie du film élimine petit à petit la tension de la première, qui laisse sur le cul.
Spotlight de Tom MacCarthy – un film-dossier à l’américaine comme on n’en avait plus vu depuis un paquet de temps, terriblement efficace et mettant en colère.
The Strangers de Na-Hong Jin – mon troisième film sud-coréen de l’année – qui risque d’apparaître dans beaucoup de tops mais qui m’a semblé un peu trop long et fouillis. Très bon quand même.
10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg – une vraie surprise, qui n’a rien à voir avec le Cloverfield original mais s’avère être un excellent épisode de Twilight Zone boosté pour le cinéma.
The Witch de Roger Eggers – il s’en est fallu de peu que le film soit une nouvelle date dans le cinéma d’horreur. En l’état, c’est « juste » une très bonne expérience de flippe comme on en voit peu.
Zootopie de Byron Haskins – après Les Nouveaux Héros, un nouveau film de geeks pour Disney, totalement réjouissant. Et tellement mieux que Vaïana, leur « Disney Princesse » de fin d’année.

Enfin, une mention spéciale
à Merci Patron ! de François Ruffin – documentaire ahurissant qui rhabille pour l’hiver le capitalisme à la française à travers Bernard Arnault. Et qui s’est payé le luxe (entre autres choses) de donner naissance au mouvement Nuit Debout, qui n’a pas fini de semer sa zizanie dans notre beau pays.

Côté merdasses/déceptions/trucs tout pourris, chiants ou navrants même pas appréciables au dixième degré, on a encore été gâtés cette année !
Et là, pas de problème pour décerner le titre de pire gros naveton de 2016, tant le film a écrasé toute compétition. A côté de ça, n’importe lequel des autres films pourrait paraître réussi :lol : Mais faut pas exagérer : ces autres films, donnés eux aussi par ordre alphabétique, sont bien de la grosse bousasse qui colle…

TOP DAUBE 2016 que c’est même le pire film du monde depuis le volume 1.5 de la trilogie de Lelouch en deux parties :

Les Visiteurs 3 de Jean-Marie Poiré
La purge ultime. Un truc que t’en arrives à être gêné de regarder ça. Les deux premiers n’étaient pas bons, loin de là (quoique, j’avoue que le premier me fait vaguement rigoler). Mais là, on atteint la négation totale du cinéma, avec un film ni écrit, ni réalisé, ni éclairé, ni joué, ni monté, ni mis en musique. Ni drôle, surtout.

Bastille Day de James Watkins – le film retiré des salles après l’attentat de Nice avait de bonnes raisons de rester loin des écrans. Mais pas politiquement, plutôt parce que c’est de la merde !
Batman Vs Superman de Zach Snyder – le gros kougloff ridicule de l’année 2016. Quoique, pour être honnête, le début est pas mal. Mais c’est tellement mauvais ensuite…
Blood Father de Jean-François Richet – pour le coup, Mel est excellent dans le rôle principal. Malheureusement, tout le reste est à chier.
Le Bon Gros Géant  de Steven Spielberg – j’ai au moins 40 ans de trop pour apprécier ce truc niais et dégoulinant de bons sentiments.
Cell de Tod Williams – le bouquin était déjà pas un grand King. Le film est pire encore.
Le Chasseur et la Reine des Glaces de Cédric Nicolas-Troyan – là encore, je suis pas le public du film. ok, mais c’est pas une raison pour se foutre de ma gueule !
Docteur Frankenstein de Paul McGuigan – le genre de film totalement incolore, inodore et sans saveur, à peine vu à peine oublié. On peut même arriver à l’oublier pendant le visionnage…
Evolution de Lucille Hadzihalilovic – le film apparaît dans certains tops de l’année. On dira donc que j’ai dû passer à côté du truc. Qui m’a juste semblé être de la branlette intellectuelle hermétique pour le plaisir.
Gods of Egypt d’Alex Proyas – mais qu’est-ce que c’est con !
Independence Day Resurgence de Roland Emmerich – mais qu’est-ce que c’est con ! En même temps, là, on s’y attendait. Mais ça arrive quand même à être plus mauvais que le premier ; ça, on pouvait pas le prévoir (vu la daubasse qu’est le premier) !
Jane got a gun de Gavin O’Connor – déjà, j’aime pas Nathalie Portman. Du coup, comme beaucoup de gens disent qu’il n’y a qu’elle qui sauve le film, pour moi ça frise le néant cinématographique.
The Neon Demon de Nicolas Winding Refn – là, j’exagère, j’ai pas trouvé ça si mauvais, ne serait-ce que parce que c’est très beau visuellement. Mais comme j’attendais tellement mieux de NWR, le film remporte le prix de la plus grosse déception de l’année.
Les Premiers, Les Derniers de Bouli Laners – chiant, moche, chiant, pas intéressant, chiant, mal foutu… Ah, et j’ai dit que c’était chiant, aussi ?
Warcraft – Le Commencement  de Duncan Jones – le film le plus laid de l’année. Et comme, en plus, c’est complètement débile et sans aucune intérêt, ça donne une idée de la chose. A noter : s’il n’y avait pas eu Les Visiteurs 3, c’était celui-là, ma merde de 2016.

Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan

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Avec Juste la Fin du Monde, Xavier Dolan franchit une nouvelle étape dans sa jeune mais déjà longue carrière. En enfermant cinq stars françaises dans une maison à la campagne pour les voir se pourrir la gueule pendant tout un dimanche, en adaptant une pièce de Jean-Luc Lagarce, dramaturge mort du Sida en 1995… Il change ici à la fois d’économie, de catégorie (entrant au sein du « prestigieux cinéma français »), d’échelle ; voire de public – si les fans qui le suivent ardemment depuis J’ai Tué ma Mère en 2009 se déplaceront encore pour ce nouvel opus, il pourrait y gagner aussi un nouvel afflux de gens qui n’allaient pas forcément voir ses films canadiens plus personnels.

On ne saura probablement jamais ce qui ressort du calcul, de la démarche volontaire, ou des hasards et circonstances… Il s’avère que ce film est, en effet, assez différent des précédents réalisé par le jeune prodige québécois. C’est ce qui frappe le plus pendant le visionnage, pour le fan hardcore que je suis, vouant un culte à ce qui reste son film le plus ambitieux et le plus complexe (Laurence Anyways) et redoutant la « récupération par le système » suite au succès du génial Mommy.
L’impression principale qui ressort, c’est que le réalisateur – que l’on sait très sensible à l’accueil qui est fait à ses films, aux critiques, aux reproches etc – semble s’être mis en tête de gommer certains des tics que ses détracteurs lui reprochaient le plus. Juste la Fin du Monde est ainsi moins exubérant, moins à fleur de peau, moins « hypertrophié », peut-être moins personnel, que les films précédents. Ce qui est ballot, en ce qui me concerne, c’est que ce qui a été un peu mis de côté ici, c’est justement ce que je préfère chez Dolan ! Cette folie, cette fougue adolescente, ce côté « petit génie » qui se permet tout et tente tout, au risque de se casser la gueule, mais ce n’est pas grave !
Il en ressort une certaine froideur, moins d’empathie avec les personnages, moins d’émotion, même. Ceux qui connaissent peu le travail du réalisateur canadien, ou s’y intéressent de loin, trouveront peut-être que j’exagère. Vu que le film est quand même un concentré de névroses, d’engueulades hystériques, de coups d’éclats… Toujours est-il qu’on peut rester cette fois-ci un peu plus à l’extérieur de l’histoire ; moins impliqué et moins attiré dans l’univers du film que par le passé.

Est-ce à dire que Dolan a mis trop d’eau dans son vin et nous livre ici une version light de son cinéma ?
Que nenni !

Déjà, parce que, même « assagi », le jeune chien fou du cinéma reste ce qu’il est. S’il travaille ici plus dans l’épure de son style, le réalisateur/scénariste/costumier/superviseur musical/coiffeur/cantinier/et-j’en-passe continue de creuser son sillon. Il travaille encore une fois au corps les mêmes thèmes et les mêmes constantes. Il livre à nouveau un grand film sur l’incommunicabilité, en l’illustrant par des personnages qui parlent et hurlent sans cesse pour finalement montrer qu’ils n’ont rien à se dire. Où qu’il est trop tard pour se dire les choses. Ce n’est pas pour rien que les deux personnages les plus significatifs sont celui qui parle le moins et celle qui ne sait pas parler sans bafouiller et s’y reprendre à trois fois pour faire une phrase correcte. Fidèle à son système, Dolan aligne les séquences en modifiant les interactions entre ses personnages, passant d’une discussion à une autre, dans une histoire qui semble faire du surplace tout en avançant en ligne droite vers un final explosif.

Mais, surtout, ce sixième film en six ans continue de transpirer l’amour du cinéma avec un grand C. S’il met la pédale douce sur les ralentis et autres affèteries visuelles (que certains, là encore, ont pu lui reprocher), Dolan n’en continue pas moins de manier l’image, la caméra, le montage, avec une maestria impressionnante. Tout au début du film, lorsque Louis arrive dans la maison familiale, sa sœur se précipite sur lui pour l’enlacer. Il y a alors un montage cut de 3 plans très courts sous différents angles, comme si cette simple action était digne d’un film d’action hollywoodien. Là, déjà, je me suis dit « ouch, on va en prendre plein la face ! ». Et ça n’a pas loupé. Le plus fort, c’est probablement que la puissance de la réalisation n’est pas ostensiblement affichée. Le film est construit sur un ensemble de gros plans, une caméra qui suit sans cesse les personnages ; une version un peu plus large du processus de cadrages serrés de Mommy. Mais sous cette apparence de simplicité, qu’on pourrait attribuer à une envie de faire du « théâtre filmé » pour apporter la pièce originale sur grand écran, se cache une mise en scène complexe et très précise. Justement le contraire : faire du cinéma à partir du théâtre, travailler la matière dans un véritable effort d’adaptation d’un medium à l’autre – trop souvent négligé ces temps-ci (par des réalisateurs feignants qui pensent qu’il suffit de traduire les mots en image pour adapter).

De là, évidemment, on retrouve tout ce qui fait la patte de Xavier Dolan. Dont son amour pour la musique, indissociable des images. Il parvient même à reproduire le petit miracle de son film précédent, dans lequel il parvenait à émouvoir avec une chanson de Céline Dion. Là, il balance une scène très forte sur du O-Zone ; et rien que ça pourrait prouver à quel point il est bon !

Et quels acteurs et actrices, bon sang !
De Gaspard Ulliel et Vincent Cassel, on ne s’attendait pas à ce qu’ils soient mauvais, et ils se révèlent à la hauteur des attentes. Mais ce sont surtout Nathalie Baye et Marion Cotillard qui m’ont laissé à genoux. De la part de Baye, pas de surprise non plus – et on avait déjà pu voir dans Laurence Anyways que Dolan était capable de tirer d’elle le meilleur de son jeu. Là encore, elle est exceptionnelle, s’accaparant même ce qui est à mon avis la meilleure scène du film (la discussion dans la remise avec son fils). Cotillard, par contre, c’est plus étonnant pour moi. C’est peu de dire que je ne l’apprécie guère, ni elle, ni son jeu (ce qui est la seule chose qui compte, après tout), même si je peux trouver 2-3 films où elle est bien (Inception) voire très bien (De Rouille et d’Os). Mais alors là… elle m’a complètement scié ! Avec un jeu tout en nuances, qui parvient à créer un malaise constant en même temps qu’elle est la seule à réussir à provoquer quelques pointes d’émotion au dessus du reste. Avec l’éclat de rage de Cassel à la fin…
Seule Léa Seydoux est un peu moins bien (elle très bien quand même !), mais je pense que c’est surtout dû à son rôle, moins intéressant et plus bateau.

En résumé, Juste la Fin du Monde est certes un film qui n’a pas tenu toutes ses promesses en ce qui me concerne… mais qui est loin d’être une déception pour autant. Il faut surtout relativiser, vu que les promesses étaient très élevées. J’avais par exemple été un peu déçu par Mommy la première fois; avant de me rendre compte que j’avais envers le film des problèmes de riche. Pareil avec Juste la Fin du Monde : a la première vision (parce qu’il y en aura forcément d’autres), ce n’est pas un des meilleurs Dolan. Mais ramené au film en lui-même, sans la pression des précédents, c’est un film de Dolan.
Et ça me suffit amplement !

 

 

PS : En rentrant ce soir, je repensais dans le bus à ces histoires de mise en scène monstrueuse et d’épure du style. Et faisais le rapprochement avec Cronenberg à l’époque de Faux Semblant.

Quel rapport entre les deux réalisateurs (à part qu’ils sont canadien, mais on se doute bien que c’est pas là que je veux en venir) ?

A l’époque, Cronenberg vient de faire La Mouche, son film le plus exubérant, le plus gore, le plus opératique, le plus mélo, tout ce qu’on veut, en clair, son Mommy à lui. Avec Faux Semblants, il gomme alors tous ses effets, et revient à un style totalement intériorisé et calme en apparence, mais toujours avec une mise en scène hyper précise. Et le résultat auprès du spectateur est quasiment le même, tout juste un peu moins fort que par le passé. Avec ce film, il prouve qu’il n’a plus besoin de déverser des litres de sang et de se vautrer dans des éléments graphiques pour raconter les mêmes choses qu’avant.

Là, c’est pareil.
Repensons à Mommy, et à la fameuse scène sur fond de Wonderwall où le personnage écarte les bords de l’écran. C’est une pure démonstration de force de la part de Dolan, un geste d’artiste montrant sa maîtrise de la réalisation, un coup d’éclat visuel conçu pour en mettre plein la vue, et qui y parvient.
Dans Juste la fin du Monde, il se débarrasse complètement de ce type d’effets, il nous montre qu’il n’a plus besoin de nous en mettre plein la vue ostensiblement. Il s’efface derrière sa mise en scène, et la laisse parler pour lui.

C’est très fort.