Mon année musicale 2016

Bon, je ne vais pas revenir pour la troisième année de suite sur les relatifs changements dans ma consommation musicale. C’est maintenant acté : je n’ai plus la même curiosité que par le passé, et ne suis plus tout au long de l’année à l’affut de la moindre note de musique susceptible de m’intéresser, même vaguement. Préférant me concentrer sur un lot de valeurs sures sur lesquelles je peux plus m’appesantir. Et ne dédaignant quand même pas une ou deux découvertes ou confirmations, si elles se présentent à moi de manière évidente.

Ce qui ne veut pas dire que j’écoute moins de musique de manière générale. Je crois que de ce point de vue là, ça ne changera pas ; et de la même manière que je ne peux pas rester sans voir mon lot de films hebdomadaire, il me faut ma dose de musique quotidienne pour survivre dans un monde qui serait bien plus pauvre sans ça…

Et, donc, au moment de ce traditionnel classement des albums de l’année, je me suis retrouvé dans une situation comparable à mon classement cinéma (voir le sujet approprié). A savoir avec une liste d’albums qui s’est constituée facilement et de manière évidente ; une liste plus importante que la sensation que j’avais d’une année 2016 où l’intérêt des nouveautés musicales avait frisé le néant. L’actualité de 2016 s’étant plus faite en égrenant une trop longue litanie de morts célèbres qu’en fêtant l’arrivée de beaux et bons disques dans les bacs (ou sur les plateformes de téléchargement et de streaming). Finalement, non : j’aurai quand même trouvé ma dizaine d’albums intéressants sortis dans l’année (et sans avoir à tricher, cette fois Smile). Tout juste, mais ils sont bien là. Et quelques motifs de déception, aussi – qui alimentent plus mon flop musical 2016 que de vraies daubasses évidentes à la Jul ou Claudio Capeo que je n’écoute pas de toute façon…

Mais, là encore à l’image de mon top ciné, difficile pour moi de classer les albums de cette sélection dans un ordre de préférence. J’aurais tendance à dire que le troisième opus deFrustration est mon préféré de l’année, quand même. Avec lui, il y a un top 5 qui se détache du reste (et on verra que ce n’est pas l’extase totale et absolue à chaque fois). Puis un autre bloc de 5 autres « bons disques mais un peu moins bons quand même ». Mais ça n’ira pas plus loin…

FRUSTRATION – Empires of Shame

Le troisième album du groupe français, parvenant encore mieux que les anglo-saxons à remettre le post-punk au goût du jour, aura connu une gestation compliquée. Enregistré l’année dernière, présentant plusieurs chansons jouées sur scène depuis (et il y a encore de la réserve) – on peut dire qu’il s’est fait attendre. Mais on peut aussi dire, haut et fort, que cette attente a été récompensée !
Au premier abord, l’album paraît plus brut de fonderie que les précédents, plus âpre, mettant un peu de côté les synthés au profit d’une orientation plus punk et rentre-dedans. Mais, à force de l’écouter, on se rend compte qu’il n’en est rien. C’est juste que les compositions sont peut-être encore plus travaillées que par le passé, et mettent plus de temps à révéler toute leur richesse. Et ces empires se révèlent finalement aussi enthousiasmants que les compositions précédentes du groupe ; montrant l’étendue de leur talent et le foisonnement de leur univers musical. A la fois très influencé, et totalement personnel. Au côté de bombes nucléaires du genre Cos’ you ran away, No Place ou Empires of Shame, on trouve même une étonnante (et magnifique !) Arrows of Arrogance qui ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait jusqu’alors.
Le seul défaut du disque, en fait, c’est d’être trop court !

BLOC PARTY – Hymns

Il s’en est fallu de peu pour que le groupe ne survive pas à une énième crise d’ego – qui couvait déjà après le départ de Matt Tong suite à la tournée précédente… Pour éviter de disparaitre, le duo constitué de Kele Okereke et du guitariste Russel Lissack a viré Gordon et la remplaçante de Matt, pour repartir dans l’aventure avec une nouvelle section rythmique. On pouvait tout craindre de ce cinquième album conçu, donc, par une moitié de BP. Que la fougue n’y soit plus, que les nouveaux musiciens ne soient pas à la hauteur, que Kele nous casse les couilles oreilles avec sa musique électro…
Rien de tout ça ! Evidemment, les petits nouveaux ne font pas oublier les musiciens qu’on avait appris à aimer quand on a suivi le groupe depuis ses débuts il y a 10 ans. Bien sûr, les nouvelles orientations imposées par le duo despotique peuvent paraître moins accrocheuses. Et non, l’album ne restera probablement pas comme un des meilleurs du groupe.
Mais, à l’écoute du truc, franchement, on s’en fout ! Parce que c’est particulièrement réussi en soi. On ne pourra pas reprocher au groupe de se reposer sur ses lauriers. Mieux vaut saluer leur mentalité les poussant à toujours aller plus loin dans leurs envies, tout en se reposant sur le socle solides de leurs chansons. Ici, la plupart de leurs expérimentations sont concluantes, que ce soit le gospel de The Good News, la pop de Virtue, l’atmosphère spatiale de Different Drugs et même les délires électro/disco de l’excellent single The Love Within.
Y’a quelques déchets (d’autant plus sur la version longue du disque), mais rien de bien méchant. Y’a surtout du Bloc Party; et, alors qu’on s’attendait à ne plus jamais en entendre, ça fait sacrément plaisir.

DAVID BOWIE – Blackstar

Que dire, au moment du bilan de l’année, sur l’album de Bowie sorti le jour de son soixante-neuvième anniversaire, deux jours avant sa mort ? Il n’y a (presque) plus rien à en dire, justement, après quasiment une année à expliquer en quoi la disparition de ce génie (pour une fois, le mot n’est pas galvaudé) a été une perte immense pour la musique. A décrire en quoi cet album a été conçu comme un testament, une mise en scène réfléchie de la mort prochaine de l’artiste, une dernière pierre aussi sombre que lumineuse sur son chemin, un ultime écho de son talent immense, de son éternelle volonté de défricher, d’aller là où on ne l’attend pas.
Dans les premiers jours d’écoute, j’aimais le disque sans le trouver phénoménal non plus. Trop jazzy pour moi, par moments ; peut-être trop hermétique. Et puis, forcément, je l’ai beaucoup écouté ensuite, dans les semaines qui ont suivi la mort de Bowie. Avec les autres, les grands chefs d’œuvre du passé, les Ziggy Stardust et autres Heroes. Pour y découvrir des splendeurs cachées, des trésors musicaux insoupçonnés. Pour parvenir, aussi, à mettre de côté ce qui pouvait parfois me gêner dans ce mini-album qui n’en est pas un sur la durée.
Difficile d’y voir un « simple album » tant il reste indissociable de la mort de son concepteur et de toute l’histoire qu’il traîne avec lui. Mais tout aussi difficile de nier que c’est un grand disque de toute façon.

MESH – Looking Skyward

Un peu comme pour Bloc Party un peu plus haut, il est clair pour moi que ce dernier album en date de mon groupe chouchou ne figurera pas parmi leurs meilleurs. Mais, là aussi, unMesh pas totalement concluant vaut toujours mieux que la majorité des autres trucs sortis la même année ! (pour une fois, DM n’a pas sorti d’album au même moment, ça leur évite de se faire ridiculiser encore une fois Wink) C’est surtout une question d’attente, en fait : ce Looking Skyward vient après 2 excellents albums, qui renouaient quasiment avec la grandeur du diptyque magique The Point…/Who Watches…, est conçu dans la même logique, mais s’avère plus faible. Peut-être auraient-ils dû y consacrer le même délai que pour les précédents, histoire de peaufiner le tout. En l’état, le disque est un peu handicapé par sa structure – quelques mauvaises chansons venant de temps en temps casser le rythme des bonnes.
Mais, malgré tout, ce groupe que j’aime au-delà de toute raison parvient toujours à me procurer le même frisson, à me toucher, m’émouvoir – même si, dans le cas présent, c’est de façon plus sporadique que par le passé. Ça commence quand même sur un enchaînement de 6 chansons qui butent bien, jusqu’au sublime instrumental Iris. Ensuite, on ne retrouve ces hauteurs que ponctuellement, mais au moins on les retrouve.
Ce n’est pas encore avec cet album, certes imparfait mais ô combien jouissif, que les anglais délocalisés en Allemagne vont tomber du piédestal sur lequel je les ai placés…

JACK WHITE – Acoustic Recordings

Pour moi qui ne m’étais pas intéressé plus que ça aux White Stripes à leur grande époque, et qui ne m’étais mis à écouter Jack White qu’à partir du premier album des Raconteurs, ce double-album de reprises acoustiques de son catalogue est apparu comme une vraie nouveauté. Plus que la recréation de chansons connues en versions épurées et sobres, une grosse moitié des disques constituaient donc de magnifiques balades, des morceaux de blues percutants, du rock primal dénudé. Et, sur les chansons que je connaissais déjà, une nouvelle façon de les appréhender – écouter la sublime version de Carolina Drama et se dire que les compositions de White n’ont pas besoin d’arrangements et d’effets pour faire ressentir leur force jusqu’au plus profond de son être.
Après, ça m’a aussi incité à écouter au moins un peu de White Stripes, et tant qu’à faire, autant commencer par leur disque le plus emblématique : Elephant. Et là, j’ai découvert, 15 ans après tout le monde, la puissance du bouzin ! Si le disque était sorti cette année, nul doute qu’il serait apparu ici.
Quant à cet ensemble d’enregistrements acoustiques, il n’aurait pu être qu’une opération commerciale destinée à faire du fric avec du vieux, une compilation racoleuse de versions alternatives de chansons que tout le monde connaît déjà. La réussite de l’album montre au contraire comment on peut encore faire de bonnes choses, sincères et dénuées de calcul, dans le monde de la musique de 2016. Rafraîchissant.

Le reste du top 10 :

JOHN CARPENTER – Lost Themes 2

Il va falloir s’y faire : Carpenter s’est mis en retraite du cinéma (et quand on voit The Ward, on se dit que c’est pas plus mal !) et c’est bien du côté de la musique qu’il va continuer de nous donner des nouvelles. Aucune surprise dans cette seconde livraison d’instrumentaux électroniques très connotés « années 80 ». On est dans la pure lignée du premier album du désormais musicien, qui nous balance ici une nouvelle bande-son rêvée pour un film qui n’existe pas dans sa filmographie. A mon avis, ce second opus est même encore meilleur que le premier : il ne contient pas de morceaux aussi géniaux que Vortex ou Night, certes, mais l’ensemble est plus cohérent est solide.

LES FATALS PICARDS – Country Club

Pour leur dernier album studio, les Fataux ont fait appel au crowdfunding via une campagne Ulule qui a explosé tous les compteurs. Au-delà du plaisir à participer à l’aventure, des goodies, de l’album délivré en mains propres par le groupe et d’un excellent concert en novembre dernier, il reste la galette en elle-même. Un album qui n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux, contient quelques chansons pas bien et présente un léger passage à vide à un moment. Mais qui a aussi son lot de chansons qui pètent bien, de paroles hilarantes, d’idées délirantes. Le groupe continue de creuser son sillon, s’éloignant toujours de la parodie pure sans pour autant la renier, accentuant encore on côté punk-rock dans des compositions décapantes.
En bonus pour les ululeurs, le mini-album de Paul le Valeureux, pour le coup typiquement dans le style des Fatals Picards des débuts, complètement débile et à mourir de rire.

LA FEMME – Mystère

J’avais bien aimé le premier album du groupe (sans en être gaga pour autant), écouté après les avoir découverts en concert. Là encore, j’ai eu l’occasion de les voir à Rock en Seineavant la sortie de ce second album. Et là encore, j’ai été emballé et complètement emporté ans leur univers bariolé et fou. A la suite de ça, l’écoute de ce Mystère m’a parue bien plus concluante que celle de leur premier essai. C’est évidemment en gros la même chose… mais en mieux. Avec une diversité plus importante encore dans les sources et influences, donnant à l’arrivée un gros patchwork de musiques et de sensations diverses. Reste encore au groupe à passer outre une attitude qui peut agacer, un côté bons élèves chtarbés juste comme il faut, qui plaisent forcément à la critique bobo et intello. En gros, à se lâcher définitivement sur disque comme ils le font sur scène.

IGGY POP – Post Pop Depression

D’un côté, l’iguane, qui n’a plus rien à prouver, est revenu de toutes les guerres, et vient de perdre son ami/mentor/sauveur Bowie. De l’autre, Josh Homme, traumatisé par l’expérienceEagles of Death Metal et le concert du Bataclan. Ensemble, les deux hommes exorcisent leur démons et se livrent comme rarement, dans un disque sincère, hanté, qui retrouve l’essence primitive du rock et aligne les perles. On pourra trouver qu’Iggy s’est assagi, ou que Josh se révèle souvent plus puissant au sein de Queens of the Stone Age. Mais aussi que cet album retrouve la grâce des grands disques à la Raw Power ou The Idiot. Ce qui n’est pas peu dire.

LOUISE ATTAQUE – Anomalie

Sur le papier, la reformation du groupe phénomène, 10 ans après un troisième album qui apparaissait déjà un peu comme « le disque de trop », avec un membre de moins, alors que seul Gaétan Roussel a vraiment réussi à convaincre loin du groupe… ça ressemblait surtout à une belle opération commerciale destinée à renflouer le compte en banque de Louise. Eh ben non, même pas ! (enfin, ça leur a rapporté plein de thunes, hein Cool). Le disque n’est certes pas du niveau des deux premiers albums, mais est néanmoins très réussi. Plein d’arrangements et de recherches qui éloignent les compositions de celles des débuts, mais qui conservent toujours vivant l’esprit de Louise Attaque.

RADIO ELVIS – Les Conquêtes

L’exemple type d’un début de carrière parfait, ce groupe autour duquel le buzz est monté progressivement, via des prestations scéniques remarquées et quelques chansons d’une efficacité sans failles. Comme beaucoup de monde, je les ai découverts sur scène, et ai instantanément pensé que quelque-chose d’intéressant se passait, enfin, dans le paysage du rock français. Un rock lyrique et abrasif à la fois, où texte et musique ont autant d’importance, qui convoque en même temps Noir Désir et Dominique A (notamment via le timbre de son chanteur). Et ce premier album n’a pas démenti tous les espoirs placés en eux : Radio Elvis est bel est bien LE groupe français à suivre ces prochaines années.

+ 2 E.P. qu’il est impossible de passer sous silence (et qui auraient probablement figure dans le top si ça avait été des albums complets conservant cette qualité sur le double de chansons !)

NINE INCH NAILS – Not the Actual Events

Fin 2015, Trent Reznor avait annoncé des nouveautés signées NIN pour 2016. Début décembre, on commençait à se dire qu’il s’était un peu foutu de notre gueule… Jusqu’à l’arrivée surprise de ce maxi 5 titres en téléchargement dans la dernière semaine de l’année ! Fracassante, la surprise : un retour à la période industrielle de NIN, du gros son bien lourd, de la violence, de la noirceur. Non pas la « nouvelle orientation » annoncée par Trent et son complice désormais inséparable Atticus Ross, mais une nouvelle façon d’agrémenter les ingrédients de la musique du groupe. ZE bombe nucléaire de cette fin d’année, le truc qui va vous éclater les tympans et vous vriller le cerveau. Et qui est sacrément prometteur pour la suite !

SLEAFORD MODS – TCR

Bien que le duo anglais existe depuis un certain temps, et que mon pote Lionel m’en ait souvent parlé avant, je ne m’y suis intéressé que cette année. Suite au concert terrible donné par le groupe avec mes chouchous de Frustration à la Villette, je me suis mis à l’écoute de leurs albums, et ai complètement plongé dans ce rap/electro ne ressemblant à aucun autre, plongées époustouflantes dans l’univers des mods anglais, avec de vrais bad boys qui ridiculisent instantanément leurs congénères. Si ce maxi est un peu frustrant de par sa durée réduite, il contient deux de leurs meilleures chansons (TCR et I Can Tell). Et constitue surtout un apéritif qui permet de patienter jusqu’à leur prochain opus qui sortira en mars 2017.

A ce top, je veux aussi ajouter le dernier album de Dionysos – Vampire en pyjama et celui du retour de Mickey 3D – Sebolavy. Pas exceptionnels ni l’un ni l’autre, ils sont quand même plutôt réussis, totalement dans la lignée de ce à quoi les deux groupes nous avaient habitués.

Au rayon des déceptions de l’année 2016, je tiens à citer en premier le dernier album de Radiohead – A Moon Shaped Pool. Pourquoi ? Parce qu’il était hyper attendu, parce qu’on nous a bassiné avec, parce qu’il va apparaître dans tous les tops de la critique Inrocks/Libé/Mémérama, parce que ça avait été annoncé par le biais d’un excellent single et que le reste n’est pas à la hauteur, parce que c’est leur deuxième album décevant de suite et que je commence sérieusement à m’inquiéter pour le groupe, etc. Honnêtement, j’ai pas trouvé ça si mauvais ; il y a même quelques très bonnes chansons et de beaux moments. Mais c’est noyé dans un amas sans grand intérêt, qui ne (me) provoque aucun frisson et me laisse de marbre + les expérimentations prise-de-tête du groupe tournent maintenant carrément en rond. Pour un groupe qui a su provoquer tant d’émotions par le passé, c’est juste douloureux.

Comme est douloureux le 148ème retour de The Pixies dont le Head Carrier m’a paru bien naze (je préfère encore Indie Cindy, qui n’était pourtant pas exceptionnel !). Comme chez Thom York & Co, il y a quelques bonnes chansons qui dépotent comme il faut, de bons éclairs où on retrouve tout ce qu’on a pu aimer chez les Pixies. Mais dans l’ensemble, la mayonnaise ne prend pas. C’est laborieux, mou du genou, sans aucune originalité. Ça semble surtout toujours forcé (« on a une nouvelle bassiste remplaçant celle, historique, des origines ? mettons là en avant pour cacher la misère »), de la part d’un groupe qui court après sa gloire en s’essoufflant sans parvenir à la rattraper.

Dans une moindre mesure, l’autre déception notable de l’année est le second album du français Lescop, Echo. Dont j’avais beaucoup aimé le premier, qui parvenait à ressusciter une certaine new wave française à la Taxi Girl dans un miracle d’équilibre et de puissance. Sauf qu’un miracle, par définition, ça ne se reproduit pas. Et qu’à vouloir forcer et pousser trop loin les éléments du premier album, le chanteur finit par tomber dans la caricature de lui-même et accoucher d’un disque pathétique.

Et j’ai même pas écouté le dernier Archive ! Comme je le disais l’année dernière, je crois que j’en suis arrivé au stade où je n’arrive même pas à trouver un minimum d’intérêt aux nouvelles productions du groupe anglais.
Au rayon des gens dont je n’ai plus rien à battre, on peut aussi mettre Miossec ; sauf que lui, j’ai écouté (une fois) son Mammifères. Dont je n’avais rien à battre.

Enfin, je terminerai sur mes concerts de l’année, une dizaine, comme les années précédentes. Qui auront surtout été marqués par le grand retour à Paris de THE CURE à Bercy !!! Alors, ok, ce n’était pas leur meilleur concert dans la capitale, les autres dates françaises étaient plus intéressantes, on a pu être déçu par l’absence de surprise de la setlist blablabla. Mais bon, un concert de la bande à Robert, c’est quand même toujours du bonheur en barres. Et comment ça te booste une année musicale, de suivre sur le net et en vrai les événements liés au groupe…
Et quand tu finis la même semaine par le dernier concert de la tournée de Hubert Félix Thiéfaine au Zénith bounce Un concert identique aux autres de la tournée au niveau de la setlist, mais en mode « plus » : avec une orchestre en plus, plus de folie, plus d’ambiance, plus de gros son qui tâche… Un des meilleurs concerts d’Hubert, en ce qui me concerne !
L’autre(s) grand(s) moment(s) live de l’année, ça aura été les 2 concerts de Frustration : celui à la Villette avec Sleaford Mods en complément, et le premier des deux concerts de lancement de l’album à la Maroquinerie (le second était apparemment encore meilleur, mais je pouvais pas y aller !). Deux grands moments de folie, de furie punk contagieuse, à l’image de mon « album de l’année ».

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Classement cinéma 2016

Non, plus modestement, je fais ce constat dans ce traditionnel moment de fin décembre consistant à établir la liste de mes films préférés de l’année (et, on le verra un peu plus tard, c’est pareil en matière de musique).

Je relisais il y a quelques jours mon classement de l’année dernière. Et me disais que, cette fois, aucun film ne s’était détaché de manière aussi évidente. En 2015, c’était bouclé pour les trois premières places dès le mois de juin ; et tout au long de l’année, je savais quels films marquants squatteraient de manière évidente le haut du tableau. Qui s’était alors établi sans aucune difficulté, en quelques minutes.

Rien de tout ça en 2016. Durant ces 12 derniers mois, j’ai souvent eu l’impression d’un amas de films qu’on pouvait juste séparer facilement en « bien » ou « pas bien », en gros. Sans qu’aucun ne se détache particulièrement, et sans pouvoir établir de hiérarchie facile. Alors, dans les films qui vont apparaître plus loin, il y a des genres différents, des origines différentes, des propositions de cinéma différentes, certes. On peut légitimement se demander comment donner une position dans un classement et comparer des œuvres aussi diverses que le dernier Ken Loach et le dernier X Men… Mais, en fait, c’était la même chose l’année dernière (rien que, au pif, entre Mad Max et Mustang, amuses toi !).

Peut-être que Psyman vieillit ! Very Happy

Toujours est-il que cette impression de marasme qui me restait en tête en repensant à mon année cinématographique 2016 n’a pas longtemps résisté à l’analyse plus attentive des faits. Et, finalement, la reprise de ma liste de films vus cette année m’a permis assez facilement de dégager une grosse liste de bons, voire très bons, films – et aussi de mauvais et très mauvais, sinon ça ne serait pas drôle ! J’ai même réussi à dégager plutôt rapidement un top ten de l’ensemble. Plus les autres bons films, on atteint 30 tout pile – ce qui est un chiffre assez élevé par rapport aux années précédentes.
C’est « marrant », du coup, l’exercice m’a permis de me rendre compte que cette année 2016 avait été loin d’être catastrophique, contrairement à ce qu’il me semblait au premier abord.

Après, reste la question du classement, que je n’ai en effet pas réussi à trancher.
Alors tant pis pour le palmarès en bonne et due forme, et tant pis pour le titre de « film de l’année 2016 », qui ne sera pas décerné individuellement cette fois ci.
On a qu’à faire comme à L’Ecole des Fans, et décréter que tout le monde a gagné (dans la liste des 10 premiers)…

Mes 10 films de l’année, sans classement, par ordre alphabétique

DERNIER TRAIN POUR BUSAN de Sang-Oh Yeon

Un des trois films sud-coréens de mon top, dont 2 dans les 10 premiers (et encore, j’ai loupé The Man in High Heels). On pourra dire que 2016 aura marqué le grand retour du pays sur le devant de la scène ! En l’occurrence, ce train se sera avéré être le cadre du film le plus jouissif de l’année, violent, gore, drôle, complètement délirant, et se permettant même le luxe d’être émouvant et politique. Le film qui met à l’amende tous les films et séries de zombies sortis depuis Shaun of the Dead.

ELLE de Paul Verhoeven

Après 10 ans d’absence, le hollandais violent revient derrière la caméra pour un film français dans la lignée de ceux de Claude Chabrol. Un projet étonnant, qui avait provoqué beaucoup d’interrogations avant sa sortie… Une fois le film vu, il n’y a plus aucun doute : on est bien face à du pur Verhoeven, qui n’a rien perdu de sa verve provocatrice ni de sa puissance cinématographique ! En bonus, une Isabelle Huppert encore une fois exceptionnelle.

LES HUIT SALOPARDS de Quentin Tarantino

Pour la première fois de sa carrière, l’influence principale du trublion du cinéma américain n’est pas un obscur réalisateur des années 70 ou une série de films d’un pays que personne ne connaît mais… lui-même. Et The Thing de Carpenter, aussi. Revenant au western après son précédent Django Unchained, il revisite sa filmographie avec l’aide de ses acteurs récurrents, et livre un condensé de son cinéma en même temps qu’une vision sans concession de l’Amérique d’aujourd’hui. Oui, c’est bavard et démonstratif, mais qu’est-ce que c’est bon !

KUBO ET L’ARMURE MAGIQUEde Travis Knight

Je l’ai dit à sa sortie, je n’en démords pas : c’est LE film d’animation de l’année. C’est surtout un de ces films qui sortent de l’ordinaire du genre, sur lequel on commence à sérieusement tourner en boucle et à vide. Rien de bateau ici, c’est au contraire original, touchant, fascinant. Pareil du point de vue technique, alliant la modernité de l’ordinateur à l’animation de formes qui remonte aux origines du cinéma (pas seulement d’animation). Rarement le qualificatif de « spectacle pour le petits et les grands » aura été aussi approprié.

THE NICE GUYS de Shane Black

Black nous refait Kiss Kiss Bang Bang, mais aussi les films qu’il a écrits dans les années 80 et 90. On pourra lui reprocher de se contenter de faire ce qu’il connaît, sans aucune prise de risques. C’est vrai. Mais quand c’est aussi bien fait, loin de moi l’idée de bouder mon plaisir ! Quand en plus le duo Gosling/Crowe fonctionne à merveille, que le rôle de l’adolescente énervante s’avère le plus intéressant du film, que les années 70 sont aussi bien retranscrites et que ça se passe dans le milieu du porno de l’époque, c’est que du bonheur !

MADEMOISELLE de Park Chanwook

Encore un réalisateur qui revient en force sur un terrain où on ne l’aurait pas du tout attendu (ça nous change de Tarantino ou Black !). Pas de vengeance ici, pas d’hyper-violence, pas de sang (ou si peu) ; le film ne se déroule même pas dans un environnement contemporain. Sur la forme en tout cas, ce « film en costume par le réalisateur de Old Boy » a de quoi mettre le doute. Ou aurait de quoi, si ce n’était encore une fois une telle démonstration de mise en scène et un catalogue de superbes images. Sur le fond, par contre, ce sont bien les mêmes perversions, la même noirceur et la même violence qui éclatent intérieurement. Avec, en prime, les plus belles scènes d’amour lesbiennes qu’on ait pu voir sur un écran.

MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols

Le réalisateur indépendant de Mud ou Take Shelter change radicalement d’univers en s’attaquant à un film de science-fiction clairement inspiré par le cinéma de Spielberg et ses productions dans les années 70/80. On ne savait pas Nichols proche du premier JJ Abrams venu… Et, de fait, son film ne ressemble pas à un Super 8. Il renoue plutôt avec une SF très littéraire, intimiste, où l’émotion prime sur l’action. Ce qui n’empêche pas de livrer quelques scènes spectaculaires qui n’en sont que plus fortes.

MOI, DANIEL BLAKEde Ken Loach

Le réalisateur anglais sort de sa retraite pour crier à nouveau sa haine des orientations politiques de son pays, et en profite pour raffler une Palme d’Or amplement méritée. J’ai eu l’impression pendant la projection que Loach était encore plus énervé, plus vindicatif, plus outré qu’auparavant, ce qui n’est pas peu dire ! Et sa force est communicative : le spectateur ressort du film lessivé, lui aussi prêt à en découdre et à casser le système et ceux qui le soutiennent. L’impression aussi d’avoir vu un film de guerre, qui laisse dans le même état queLa Loi du Marché l’année dernière chez nous.

PREMIER CONTACT de Denis Villeneuve

On se souvient que je n’avais pas été si emballé que ça en sortant de la projection du film. Et puis, le temps a passé… j’y ai beaucoup repensé, j’y suis revenu plusieurs fois, j’ai lu beaucoup de trucs dessus. Et, finalement, ce film me hante ! La vision de Villeneuve, sa façon de traiter la SF, son orientation originale, feutrée, plus orientée vers la littérature que vers le grand spectacle, privilégiant l’émotion et l’implication du spectateur au gros boum boum bruyant. Tout ça rend le film précieux, et bien plus intéressant malgré ses défauts qu’un film qui serait plus maîtrisé mais moins personnel.

SING STREET de John Carney

Mon coup de coeur de l’année, le film qui m’a complètement liquéfié en 2016 ! C’est clairement pas un grand film; d’un point de vue purement cinématographique, il n’a rien à foutre à de telles hauteurs… Mais ça m’a tellement parlé, ému, touché, fait rire, que d’un point de vue purement subjectif sa place est méritée. Comme je l’ai dit à sa sortie, c’est ma musique, ma jeunesse, mon type de films. Et puis, de toute façon, y’a une séquence sublime sur In Between Days, et la chanson de l’année (The Riddle of the Model) dedans.

+ 4 blockbusters (de super-héros principalement) qui m’ont botté cette année (dans l’ordre)

X MEN APOCALYPSE de Bryan Singer

Moins réussi que Days of the future past, mais totalement réjouissant pour le fan des X Men depuis sa plus tendre enfance. Et puis y’a Phénix !

ROGUE ONE – A STAR WARS STORY de Gareth Edwards

Le meilleur Star Wars depuis Le Retour du Jedi. Ce qui ne veut pas dire grand-chose. C’est surtout un super space-opera bien mieux foutu que les films de Lucas.

DOCTOR STRANGE de Scott Derickson

Un Marvel qui sort des sentiers balisés et permet enfin à la « maison aux idées » de recoller à son surnom. Et une très bonne idée d’avoir confié le rôle-titre à Sherlock.

CAPTAIN AMERICA CIVIL WAR de Joe & Anthony Russo

Là, par contre, c’est du Marvel dans ce qu’il a de plus attendu. Mais, dans le genre, c’est extrêmement bien foutu et emballant.

Et la liste habituelle des autres films qui valaient le coup cette année et échappent de peu au top ten (parce qu’ils sont un peu moins bons à mes yeux, et parce que, par principe, il n’y a que 10 places !)

99 Homes de Ramin Bahrani – décryptage effrayant car totalement réaliste de la crise économique aux Etats-Unis.
Arès de Jean-Patrick Benès – de la série B française de SF/action comme on aimerait en voir plus souvent.
Commancheria de David MacKenzie – à mi-chemin entre le western et le polar, un film âpre et noir comme on les aime.
Demolition de Jean-Marc Vallée – mon film américain préféré du réalisateur canadien, même si ça me touche toujours moins que ses merveilles québécoises.
Don’t Breathe de Fede Alvarez – le survival énervé et violent de l’année, à égalité avec Green Room.
Frantz de François Ozon – le français change encore une fois de style et d’univers, et comme (presque) toujours s’en sort plutôt bien.
Le Garçon et la Bête de Mamoru Hosoda – quelques petits défauts empêchent le film d’être dans le top ten, mais c’est quand même de la bombe nucléaire.
Green Room de Jeremy Saulnier – le survival énervé et violent de l’année, à égalité avec Don’t Breathe.
Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan – on l’a dit ici, le dernier Dolan nous a plus ou moins déçu… mais ça reste mieux que la plupart des drames français sortis cette année !
Manchester by the sea de Kenneth Lonnergan – ze film indépendant américain de cette fin d’année est à peine moins énorme que ce qu’on nous a vendu.
Room de Lenny Abrahmson – dommage que la deuxième partie du film élimine petit à petit la tension de la première, qui laisse sur le cul.
Spotlight de Tom MacCarthy – un film-dossier à l’américaine comme on n’en avait plus vu depuis un paquet de temps, terriblement efficace et mettant en colère.
The Strangers de Na-Hong Jin – mon troisième film sud-coréen de l’année – qui risque d’apparaître dans beaucoup de tops mais qui m’a semblé un peu trop long et fouillis. Très bon quand même.
10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg – une vraie surprise, qui n’a rien à voir avec le Cloverfield original mais s’avère être un excellent épisode de Twilight Zone boosté pour le cinéma.
The Witch de Roger Eggers – il s’en est fallu de peu que le film soit une nouvelle date dans le cinéma d’horreur. En l’état, c’est « juste » une très bonne expérience de flippe comme on en voit peu.
Zootopie de Byron Haskins – après Les Nouveaux Héros, un nouveau film de geeks pour Disney, totalement réjouissant. Et tellement mieux que Vaïana, leur « Disney Princesse » de fin d’année.

Enfin, une mention spéciale
à Merci Patron ! de François Ruffin – documentaire ahurissant qui rhabille pour l’hiver le capitalisme à la française à travers Bernard Arnault. Et qui s’est payé le luxe (entre autres choses) de donner naissance au mouvement Nuit Debout, qui n’a pas fini de semer sa zizanie dans notre beau pays.

Côté merdasses/déceptions/trucs tout pourris, chiants ou navrants même pas appréciables au dixième degré, on a encore été gâtés cette année !
Et là, pas de problème pour décerner le titre de pire gros naveton de 2016, tant le film a écrasé toute compétition. A côté de ça, n’importe lequel des autres films pourrait paraître réussi :lol : Mais faut pas exagérer : ces autres films, donnés eux aussi par ordre alphabétique, sont bien de la grosse bousasse qui colle…

TOP DAUBE 2016 que c’est même le pire film du monde depuis le volume 1.5 de la trilogie de Lelouch en deux parties :

Les Visiteurs 3 de Jean-Marie Poiré
La purge ultime. Un truc que t’en arrives à être gêné de regarder ça. Les deux premiers n’étaient pas bons, loin de là (quoique, j’avoue que le premier me fait vaguement rigoler). Mais là, on atteint la négation totale du cinéma, avec un film ni écrit, ni réalisé, ni éclairé, ni joué, ni monté, ni mis en musique. Ni drôle, surtout.

Bastille Day de James Watkins – le film retiré des salles après l’attentat de Nice avait de bonnes raisons de rester loin des écrans. Mais pas politiquement, plutôt parce que c’est de la merde !
Batman Vs Superman de Zach Snyder – le gros kougloff ridicule de l’année 2016. Quoique, pour être honnête, le début est pas mal. Mais c’est tellement mauvais ensuite…
Blood Father de Jean-François Richet – pour le coup, Mel est excellent dans le rôle principal. Malheureusement, tout le reste est à chier.
Le Bon Gros Géant  de Steven Spielberg – j’ai au moins 40 ans de trop pour apprécier ce truc niais et dégoulinant de bons sentiments.
Cell de Tod Williams – le bouquin était déjà pas un grand King. Le film est pire encore.
Le Chasseur et la Reine des Glaces de Cédric Nicolas-Troyan – là encore, je suis pas le public du film. ok, mais c’est pas une raison pour se foutre de ma gueule !
Docteur Frankenstein de Paul McGuigan – le genre de film totalement incolore, inodore et sans saveur, à peine vu à peine oublié. On peut même arriver à l’oublier pendant le visionnage…
Evolution de Lucille Hadzihalilovic – le film apparaît dans certains tops de l’année. On dira donc que j’ai dû passer à côté du truc. Qui m’a juste semblé être de la branlette intellectuelle hermétique pour le plaisir.
Gods of Egypt d’Alex Proyas – mais qu’est-ce que c’est con !
Independence Day Resurgence de Roland Emmerich – mais qu’est-ce que c’est con ! En même temps, là, on s’y attendait. Mais ça arrive quand même à être plus mauvais que le premier ; ça, on pouvait pas le prévoir (vu la daubasse qu’est le premier) !
Jane got a gun de Gavin O’Connor – déjà, j’aime pas Nathalie Portman. Du coup, comme beaucoup de gens disent qu’il n’y a qu’elle qui sauve le film, pour moi ça frise le néant cinématographique.
The Neon Demon de Nicolas Winding Refn – là, j’exagère, j’ai pas trouvé ça si mauvais, ne serait-ce que parce que c’est très beau visuellement. Mais comme j’attendais tellement mieux de NWR, le film remporte le prix de la plus grosse déception de l’année.
Les Premiers, Les Derniers de Bouli Laners – chiant, moche, chiant, pas intéressant, chiant, mal foutu… Ah, et j’ai dit que c’était chiant, aussi ?
Warcraft – Le Commencement  de Duncan Jones – le film le plus laid de l’année. Et comme, en plus, c’est complètement débile et sans aucune intérêt, ça donne une idée de la chose. A noter : s’il n’y avait pas eu Les Visiteurs 3, c’était celui-là, ma merde de 2016.

THE CURE à Bercy – 15/11/2016

C’était pas le meilleur concert de The Cure.
(ma palme revenant certainement aux deux soirs au Zénith en 2000, concerts totalement hallucinants et indissociables)

C’était pas la setlist que je voulais.
(évidemment, j’avais tout misé sur la setlist Disintegration, on a eu Wish, et pour la première fois une concert du groupe à Bercy n’a pas démarré sur les clochettes de Plainsong).

On a connu le groupe en général et Robert en particulier en meilleure forme.
(L’âge et la date positionnée en fin d’une longue tournée mondiale n’aide pas. Cela dit, la voix de Robert était plus assurée que sur les dernières dates, et le pois sauteur Simon monté sur ressort a assuré le spectacle).

C’était même probablement pas un grand concert de The Cure.
(setlist bateau, on n’a pas eu de « bonus Paris » genre Faith il y a 8 ans, ou Forever en 96).

mais…
mais

C’était quand même vachement bien !

A l’origine, j’attendais ce concert comme l’événement du siècle. Les annonces faites par Robert avant la tournée avaient généré une attente énorme. Les dates américaines avaient réservé leur lots de surprises et de passage qui déchiraient tout.
Et puis, les premières dates européennes avaient fait retomber la tension. Concerts plus courts, moins de surprises, des setlists plus systématiques, quelques problèmes de voix de Robert, des petits trucs agaçants chez les autres… Les échos qui nous parvenaient des concerts européens m’avait amené à revoir mes ambitions à la baisse.

Du coup, une fois passées la déception des premières secondes de Tape et Open, j’ai basculé en mode plaisir, avec l’intention de prendre ce qu’on me donnait comme ça venait, sans trop en demander au groupe. Et puis, c’est pas du caca, quand même, la plupart des chansons qu’on a eues !
J’ai vécu suffisamment de moments de folie avec Robert & Co par le passé, pour pouvoir aujourd’hui me contenter du concert de ce soir. Sans réclamer du rappel Pornography, 7 faces B et 10 vieilles chansons jamais jouées depuis 25 ans.

Et ce qu’on m’a donné, c’était un concert carré, efficace, avec un groupe qui assure le show, se fait plaisir et nous fait plaisir.
C’était un son très fort et très bien défini, qui clouait sur place.
C’étaient des versions pour la plupart ravageuses de chansons qu’on pensait connaître par coeur et dont on redécouvrait à certains moments la puissance et la folie.
C’était l’enchaînement Just Like Heaven / Trust / From the Edge of the Deep Green Sea, qui m’a séché sur place et que j’ai suivi avec une boule dans la gorge et les larmes aux yeux.
C’était cet incroyable premier rappel s’achevant en apothéose avec une des meilleures versions de A Forest que j’aie entendue.
C’était un public chaud qui était visiblement ravi d’être là et s’est bien éclaté.
C’était un groupe qui, malgré la fatigue, malgré la routine, malgré les aléas musicaux de ces dernières années, n’a pas fait mentir sa réputation de grand groupe de scène.

Pas un grand concert de The Cure, donc, non.
Mais un concert de The Cure. Avec tout ce que ça génère d’émotions, tout ce que ça évoque, tout ce que ça réveille chez le fan qui les suit depuis les trois quarts de sa vie.

L’avantage, c’est que la redescente va être moins difficile que d’habitude.
Mais elle va être difficile quand même !

 

Setlist :

Tape/Open
All I Want
Push
In Between Days
Primary
Pictures of You
High
Lovesong
Before Three
A Night Like This
The Walk
Just Like Heaven
Trust
From the Edge of the Deep Green Sea
The Hungry Ghost
One Hundred Years
End

It Can Never Be the Same
Burn
Play for Today
A Forest

Lullaby
Fascination Street
Never Enough
Wrong Number

The Lovecats
Hot Hot Hot!!!
Friday I’m in Love
Boys Don’t Cry
Close to Me
Why Can’t I Be You?

Sur la setlist récupérée par le public, il y avait Want au lieu de Play for Today (apparemment, c’est Simon qui a dit au dernier moment à Robert de jouer plutôt ça) + The Caterpillar au dernier rappel.

 

PS : The Twilight Sad, en première parti, c’était énorme. Trop court, mais énorme. En plus, ils ont terminé par The Wrong Car, pas si souvent jouée que ça en Europe

 

Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan

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Avec Juste la Fin du Monde, Xavier Dolan franchit une nouvelle étape dans sa jeune mais déjà longue carrière. En enfermant cinq stars françaises dans une maison à la campagne pour les voir se pourrir la gueule pendant tout un dimanche, en adaptant une pièce de Jean-Luc Lagarce, dramaturge mort du Sida en 1995… Il change ici à la fois d’économie, de catégorie (entrant au sein du « prestigieux cinéma français »), d’échelle ; voire de public – si les fans qui le suivent ardemment depuis J’ai Tué ma Mère en 2009 se déplaceront encore pour ce nouvel opus, il pourrait y gagner aussi un nouvel afflux de gens qui n’allaient pas forcément voir ses films canadiens plus personnels.

On ne saura probablement jamais ce qui ressort du calcul, de la démarche volontaire, ou des hasards et circonstances… Il s’avère que ce film est, en effet, assez différent des précédents réalisé par le jeune prodige québécois. C’est ce qui frappe le plus pendant le visionnage, pour le fan hardcore que je suis, vouant un culte à ce qui reste son film le plus ambitieux et le plus complexe (Laurence Anyways) et redoutant la « récupération par le système » suite au succès du génial Mommy.
L’impression principale qui ressort, c’est que le réalisateur – que l’on sait très sensible à l’accueil qui est fait à ses films, aux critiques, aux reproches etc – semble s’être mis en tête de gommer certains des tics que ses détracteurs lui reprochaient le plus. Juste la Fin du Monde est ainsi moins exubérant, moins à fleur de peau, moins « hypertrophié », peut-être moins personnel, que les films précédents. Ce qui est ballot, en ce qui me concerne, c’est que ce qui a été un peu mis de côté ici, c’est justement ce que je préfère chez Dolan ! Cette folie, cette fougue adolescente, ce côté « petit génie » qui se permet tout et tente tout, au risque de se casser la gueule, mais ce n’est pas grave !
Il en ressort une certaine froideur, moins d’empathie avec les personnages, moins d’émotion, même. Ceux qui connaissent peu le travail du réalisateur canadien, ou s’y intéressent de loin, trouveront peut-être que j’exagère. Vu que le film est quand même un concentré de névroses, d’engueulades hystériques, de coups d’éclats… Toujours est-il qu’on peut rester cette fois-ci un peu plus à l’extérieur de l’histoire ; moins impliqué et moins attiré dans l’univers du film que par le passé.

Est-ce à dire que Dolan a mis trop d’eau dans son vin et nous livre ici une version light de son cinéma ?
Que nenni !

Déjà, parce que, même « assagi », le jeune chien fou du cinéma reste ce qu’il est. S’il travaille ici plus dans l’épure de son style, le réalisateur/scénariste/costumier/superviseur musical/coiffeur/cantinier/et-j’en-passe continue de creuser son sillon. Il travaille encore une fois au corps les mêmes thèmes et les mêmes constantes. Il livre à nouveau un grand film sur l’incommunicabilité, en l’illustrant par des personnages qui parlent et hurlent sans cesse pour finalement montrer qu’ils n’ont rien à se dire. Où qu’il est trop tard pour se dire les choses. Ce n’est pas pour rien que les deux personnages les plus significatifs sont celui qui parle le moins et celle qui ne sait pas parler sans bafouiller et s’y reprendre à trois fois pour faire une phrase correcte. Fidèle à son système, Dolan aligne les séquences en modifiant les interactions entre ses personnages, passant d’une discussion à une autre, dans une histoire qui semble faire du surplace tout en avançant en ligne droite vers un final explosif.

Mais, surtout, ce sixième film en six ans continue de transpirer l’amour du cinéma avec un grand C. S’il met la pédale douce sur les ralentis et autres affèteries visuelles (que certains, là encore, ont pu lui reprocher), Dolan n’en continue pas moins de manier l’image, la caméra, le montage, avec une maestria impressionnante. Tout au début du film, lorsque Louis arrive dans la maison familiale, sa sœur se précipite sur lui pour l’enlacer. Il y a alors un montage cut de 3 plans très courts sous différents angles, comme si cette simple action était digne d’un film d’action hollywoodien. Là, déjà, je me suis dit « ouch, on va en prendre plein la face ! ». Et ça n’a pas loupé. Le plus fort, c’est probablement que la puissance de la réalisation n’est pas ostensiblement affichée. Le film est construit sur un ensemble de gros plans, une caméra qui suit sans cesse les personnages ; une version un peu plus large du processus de cadrages serrés de Mommy. Mais sous cette apparence de simplicité, qu’on pourrait attribuer à une envie de faire du « théâtre filmé » pour apporter la pièce originale sur grand écran, se cache une mise en scène complexe et très précise. Justement le contraire : faire du cinéma à partir du théâtre, travailler la matière dans un véritable effort d’adaptation d’un medium à l’autre – trop souvent négligé ces temps-ci (par des réalisateurs feignants qui pensent qu’il suffit de traduire les mots en image pour adapter).

De là, évidemment, on retrouve tout ce qui fait la patte de Xavier Dolan. Dont son amour pour la musique, indissociable des images. Il parvient même à reproduire le petit miracle de son film précédent, dans lequel il parvenait à émouvoir avec une chanson de Céline Dion. Là, il balance une scène très forte sur du O-Zone ; et rien que ça pourrait prouver à quel point il est bon !

Et quels acteurs et actrices, bon sang !
De Gaspard Ulliel et Vincent Cassel, on ne s’attendait pas à ce qu’ils soient mauvais, et ils se révèlent à la hauteur des attentes. Mais ce sont surtout Nathalie Baye et Marion Cotillard qui m’ont laissé à genoux. De la part de Baye, pas de surprise non plus – et on avait déjà pu voir dans Laurence Anyways que Dolan était capable de tirer d’elle le meilleur de son jeu. Là encore, elle est exceptionnelle, s’accaparant même ce qui est à mon avis la meilleure scène du film (la discussion dans la remise avec son fils). Cotillard, par contre, c’est plus étonnant pour moi. C’est peu de dire que je ne l’apprécie guère, ni elle, ni son jeu (ce qui est la seule chose qui compte, après tout), même si je peux trouver 2-3 films où elle est bien (Inception) voire très bien (De Rouille et d’Os). Mais alors là… elle m’a complètement scié ! Avec un jeu tout en nuances, qui parvient à créer un malaise constant en même temps qu’elle est la seule à réussir à provoquer quelques pointes d’émotion au dessus du reste. Avec l’éclat de rage de Cassel à la fin…
Seule Léa Seydoux est un peu moins bien (elle très bien quand même !), mais je pense que c’est surtout dû à son rôle, moins intéressant et plus bateau.

En résumé, Juste la Fin du Monde est certes un film qui n’a pas tenu toutes ses promesses en ce qui me concerne… mais qui est loin d’être une déception pour autant. Il faut surtout relativiser, vu que les promesses étaient très élevées. J’avais par exemple été un peu déçu par Mommy la première fois; avant de me rendre compte que j’avais envers le film des problèmes de riche. Pareil avec Juste la Fin du Monde : a la première vision (parce qu’il y en aura forcément d’autres), ce n’est pas un des meilleurs Dolan. Mais ramené au film en lui-même, sans la pression des précédents, c’est un film de Dolan.
Et ça me suffit amplement !

 

 

PS : En rentrant ce soir, je repensais dans le bus à ces histoires de mise en scène monstrueuse et d’épure du style. Et faisais le rapprochement avec Cronenberg à l’époque de Faux Semblant.

Quel rapport entre les deux réalisateurs (à part qu’ils sont canadien, mais on se doute bien que c’est pas là que je veux en venir) ?

A l’époque, Cronenberg vient de faire La Mouche, son film le plus exubérant, le plus gore, le plus opératique, le plus mélo, tout ce qu’on veut, en clair, son Mommy à lui. Avec Faux Semblants, il gomme alors tous ses effets, et revient à un style totalement intériorisé et calme en apparence, mais toujours avec une mise en scène hyper précise. Et le résultat auprès du spectateur est quasiment le même, tout juste un peu moins fort que par le passé. Avec ce film, il prouve qu’il n’a plus besoin de déverser des litres de sang et de se vautrer dans des éléments graphiques pour raconter les mêmes choses qu’avant.

Là, c’est pareil.
Repensons à Mommy, et à la fameuse scène sur fond de Wonderwall où le personnage écarte les bords de l’écran. C’est une pure démonstration de force de la part de Dolan, un geste d’artiste montrant sa maîtrise de la réalisation, un coup d’éclat visuel conçu pour en mettre plein la vue, et qui y parvient.
Dans Juste la fin du Monde, il se débarrasse complètement de ce type d’effets, il nous montre qu’il n’a plus besoin de nous en mettre plein la vue ostensiblement. Il s’efface derrière sa mise en scène, et la laisse parler pour lui.

C’est très fort. 

Mesh – Looking Skyward

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Depuis que j’ai découvert ce groupe il y a 15 ans, je suis un fan absolu et irrémédiablement irrécupérable de MESH ; qui est même devenu, n’ayons pas peur des mots, un de mes groupes préférés, tout la haut dans le top five.

Qui ça, vous entends-je vous écrier ?

Mesh. Un groupe né à Bristol au milieu des années 90, dans la mouvance de Massive Attack et autres Portishead ; bien qu’il ne jouisse pas d’un dixième de l’aura de ses aînés. Et qu’il ne fasse pas vraiment la même chose. Assez éloigné du trip-hop, la musique du groupe va plus chercher dans une electro-pop à la Depeche Mode, qu’on les a souvent accusés de copier (pas toujours à tort). Avec par moments une certaine dureté les rapprochant de groupes plus gothiques ou du NIN des débuts. Aujourd’hui réduit au duo Mark Hockings / Rich Silverthorn, le groupe vient de sortir son huitième album, toujours sur le label allemand Dependant.

Fan hardcore de Mesh, disais-je… et ce n’est pas une sinécure, loin de là !

Déjà parce qu’il faut savoir faire fi des quolibets de mon entourage proche ; qui n’a jamais compris comment je pouvais avoir une telle admiration pour ce truc. Faire fi, aussi, de beaucoup d’intervenants sur des forums musicaux ou ailleurs, se moquant allègrement de ce « sous-DM » ridicule à leurs yeux. Mais je suis fort, et quand j’aime, je sais faire fi de tout. Et surtout, je m’en tamponne le (Marion) coquillard : sans que j’ai jamais compris pourquoi, Mesh me touche particulièrement, et me fascine à un tel point que peu m’importe tout ce qu’on peut en dire par ailleurs. J’ai bien conscience de leurs défauts, mais ça pèse que dalle face à l’immense plaisir que me procure le groupe. Et je n’ai aucun problème à dire que depuis leur chef d’œuvre The Point at Which It Falls Apart, les albums de Mesh sont beaucoup plus réussis et intéressants que ceux de DM sur la même période ! Au-delà du passé glorieux de la bande à Gore et Gahan, on peut maintenant dire que l’élève a dépassé le maître. (pareil, la chanson
Not Prepared
est pour moi une des 3 plus grandes chansons pop du monde ; les deux autres étant Just Like Heaven de The Cure et Enjoy the Silence de Depeche Mode, il y a pire comme comparaison !)

Mais, au-delà de ces considérations personnelles, c’est le peu de poids du groupe dans l’industrie du disque aujourd’hui qui le rend objectivement difficile à suivre. Peu connu, distribué depuis des années par d’obscurs labels allemands, oeuvrant dans un milieu relativement underground – il y a des tas de raisons qui rendent l’addiction à Mesh plus difficile que celle à Muse ou Céline Fion. Ça s’est évidemment beaucoup amélioré ces dernières années, en cette ère des réseaux sociaux et des vidéos Ioutoube, mais ça reste quand même le parcours du combattant. Il faut partir à la pèche aux infos en plongeant dans les tréfonds du web, acheter les albums sur iTunes à la date de sortie si on ne veut pas attendre des mois qu’ils soient distribués en France, ou tenter le coup auprès de rares disquaires indépendants – avec un résultat plus aléatoire et plus onéreux… Et je parle même pas de la frustration de ne jamais les avoir vus passer par la France pour un de leurs concerts dont les vidéos et les CD live font carrément baver ! (enfin, si, ils sont passés une fois en France lors de la tournée de l’album précédent. à condition de supposer que Strasbourg, c’est la France :D)

Là encore, pas grave (sauf pour leur absence de concerts à Paris !). Je suis fort, et quand on aime, on veut ; et quand on veut, on peut.

Tout ça pour en arriver à ce tout nouvel album sorti à la fin du mois d’août, et sur lequel je me suis évidemment jeté comme la vérole sur le bas-clergé.

LOOKING SKYWARD que ça s’appelle.

L’album avait été précédé par le single Kill Your Darlings, sorti au début de l’été, et qui annonçait la couleur : du « pur Mesh » très électronique et très pop, soutenu par une grosse guitare, avec un refrain qui tue, mais aussi un son plus dur, comme un retour à leurs débuts avec le maxi Fragile et le premier album In This Place Forever. Une tendance qui avait été annoncée sur le site du groupe, qui parlait d’un album différent de ce qu’ils avaient fait jusqu’alors.

A l’écoute de la chose dans son intégralité, ce n’est pas évident. Oui, il y a bien quelques changements ponctuels dans la structure habituelle de leurs morceaux, des variations sur leurs thèmes classiques, des explorations sonores moins balisées que par le passé. Mais, globalement, on reste quand même en terrain connu. Et c’est tant mieux ! Plutôt que de s’aventurer dans des expérimentations qui risqueraient de leur échapper, Rich et Mark préfèrent continuer de creuser leur sillon. On y perd, certes, un côté aventureux qui nous éviterait une certaine routine. Mais on y gagne de nouveaux exemples de leur savoir-faire mélodique. Un nouveau lot de chansons à la fois dansantes et sombres, légères et profondes, alternant les ambiances festives et plombées, alignant de nouveaux refrains imparables, et provoquant encore une fois leur lot de sensations et d’émotions.

A la première écoute, j’avais été totalement emballé par l’album, malgré quelques réserves qui ne m’avaient pas semblé gênantes. Depuis cette défloration, j’ai évidemment ré-écouté longuement ce Looking Forward. Il est encore trop tôt pour livrer un verdict définitif, mais je peux assurément parler d’un bon cru ; même si l’album ne sera probablement pas au panthéon des meilleurs disques du groupe*. Enfin, ça peut encore changer – j’avais adoré We Collide à sa sortie en 2006, mais je le considère maintenant comme un de leurs moins bons disques…

Le problème, à mon avis, c’est que l’album est déséquilibré. Il commence très très fort – jusqu’au court instrumental en sixième position, le disque est absolument parfait. Si ça avait continué sur cette voie, on tenait là une pure merveille atteignant les sommets du groupe. Mais ça retombe un peu par la suite – un petit passage à vide avec quelques chansons moins bonnes, et 2 vraiment pas bien – qui sont en plus disséminées au milieu des autres et cassent le rythme par deux fois. Avant de revenir à un haut niveau à la toute fin.

L’album s’ouvre sur My Protector, parfait exemple de tout ce que je peux aimer chez eux ; un pur joyau pop, entraînant et entêtant, qui s’installe longuement dans le crâne et est particulièrement difficile à en déloger. Tactile, ensuite, est plus lente et moins évidente, mais son refrain est encore une fois d’une efficacité redoutable. Last Man Standing avait été jouée en concert bien avant la sortie de l’album : tout le monde était tombé sous le charme de cette pop-song taillée pour les concerts et les pistes de danse. Avec The Traps we made, on tient ce qui est à mon goût la meilleure chanson de l’album ; qui encore une fois mélange mélodie aérienne et noirceur pour un résultat splendide. Vient alors le single Kill Your Darlings, et l’instrumental Iris, dont on regrette qu’il soit si court tant on voudrait que cette ambiance sombre et hantée nous happe trois fois plus longtemps (au moins) !

Jusqu’ici, Looking Forward est donc une bombe nucléaire totale.

Runway pourrait presque prolonger cette réussite, d’autant plus que la chanson sort du format habituel de Mesh, avec sa rythmique accélérée et ses sons techno envoûtants. Mais il lui manque un petit quelque-chose qui l’empêche d’être totalement réussie. Rien de honteux pour autant, tout comme pour Before this world ends, un slow un peu trop calibré pour être honnête.

Non, le côté un peu honteux, il vient avec Two+1 et There must be a way, toutes les deux assez foirées et ridicules. Ce qui est rageant, aussi, c’est qu’elles ne rendent pas justice à The Ride, placée entre les deux. Et qui, comme Runway plus avant, est une belle tentative de renouvellement du son Mesh.

L’album parvient néanmoins à se relever de cette faute de goût sur la fin, en enchaînant The Fixer – petite chose pop toute con qui s’apparenterait aux « chansons simples » des débuts de DM et dont on voit difficilement comment ils pourraient éviter de la sortir en single. Et surtout Once Surrounded, qui termine l’album dans la noirceur d’un son lourd et impressionnant.

En sautant les deux chansons caca, l’album est toujours relativement déséquilibré, mais moins. On peut d’autant mieux s’en passer qu’avec 13 chansons et plus d’une heure d’écoute, il est de toute façon trop long. Et je ne parle même pas de l’édition Deluxe, qui propose remixes et démo dont l’intérêt est celui qu’on peut porter en général aux remixes et démos (donc faible, en ce qui me concerne). Et trois chansons dont une seule est écoutable (Last of the 212s) ; les deux autres (Circles et End of the World) pouvant être qualifiées au mieux de dispensables (et au pire de merdasses).

Dans tous les cas, l’album est hautement recommandable (dans sa version simple). De toute façon, c’est un album de Mesh, donc c’est bien ! (en toute objectivité)

(la sortie de l’album est évidemment suivie d’une tournée qui débutera mi-septembre… et ne passera que par l’Angleterre et l’Allemagne, comme d’hab’ :()

mesh_2015

 

*Allez, comme ça, au débotté, mon top albums de Mesh :
1/ The Point at which it falls apart (1999)
2/ Who Watches Over Me ? (2002)
3/ Automation Baby (2013)

 

Rock en Seine 2016

Depuis qu’on s’est remis sérieusement aux festivaux d’été parisiens après une trop longue pause, Rock en Seine est redevenu un rendez-vous presque incontournable. Malgré le prix, les contraintes énervantes (c’est quand même le seul festival où on ne peut pas aller avec un Melvilou de moins de trois ans – même au Hellfest, c’est possible !)… Et une programmation souvent en dents de scie, comme ce fut le cas cette année. On trouve toujours le moyen de retourner au Parc de Saint-Cloud, ne serait-ce qu’un jour ou deux ; pour célébrer en musique qui fait du bruit la fin de l’été, et se rebooster pour la difficile reprise.
En 2016, le choix a donc été fait de zapper le premier jour, peu intéressant à mon goût. Et d’y aller le week-end ; d’abord avec ma fille aînée le samedi (sous prétexte de la présence de son groupe-bruyant-à-minettes préféré !), puis avec femme et fille-la-plus-jeune le dimanche (sous prétexte de la présence d’un de nos groupes préférés de ces dernières années et d’une légende du rock qu’il était hors de question de louper).

C’est donc sous une chaleur caniculaire que je débarque avec l’ado aux alentours du parc, le samedi. Avec la crainte, redoublée en voyant la queue, d’une déshydratation totale due à des heures d’attente sous la cagnard pour cause d’état d’urgence. Finalement, les organisateurs auront bien réarrangé l’accès au festival pour que ça se déroule relativement aisément et rapidement.
Et on arrive devant la grande scène en ayant à peine loupé le début du set de Wolfmother. Je ne connais pas bien le groupe australien, si ce n’est de nom, et du fait d’en avoir entendu quelques chansons occasionnellement. Et, du coup, j’ai été positivement impressionné par leur prestation. Je n’irais pas jusqu’à les comparer avec les glorieux ancêtres Led Zep’, mais leur rock pur et dur, qui sent la sueur et l’alcool, va clairement chercher ses influences du côté des années 60-70 éclairées par la bande à Page & Plant. Jusqu’à la voix aigüe et braillarde du chanteur, qui accentue encore le mimétisme. Ou la guitare à double manche servant à illustrer des solos virtuoses et interminables comme on n’en entend plus depuis 30 ans. Une vraie machine à remonter le temps, qui nous replonge dans les festivals des origines et dans les racines d’un hard-rock primitif qui accroche sacrément bien les oreilles.

Une mise en bouche parfaite… d’autant plus qu’il me fallait bien ça pour me préparer à ce qui allait suivre ! Ma fille étant partie avant la fin du concert des australiens pour ne pas louper le début des Casseurs Flowters, inutile de préciser que je ne me suis pas pressé pour aller la retrouver ! J’ai même bien pris le temps d’aller chercher mon bracelet Cashless – permettant de payer aux stands sans monnaie. La « trouvaille de l’année » du festival ; qui serait une excellente idée si ce n’était pas en fait une contrainte : que ce soit la bouffe, la boisson ou les t-shirts, quasiment impossible de passer par un autre moyen de paiement ! Dis, m’sieur ReS : pour l’année prochaine, ne pas obliger les festivaliers à mourir de soif s’ils préfèrent payer en liquide ou en CB, ça me semble une bonne idée, non ?
Bref, je débarque sur la scène de la Cascade alors que le set d’Orelsan, Gringe et leurs potes est bien entamé, persuadé de ne pas avoir loupé grand-chose. Et ce que je vais en entendre ne va pas me contredire. Bon, j’avoue qu’à la base je n’ai que très peu d’intérêt pour le hip-hop en général, et j’éprouve très peu de sympathie pour Orelsan en particulier. Forcément, ça n’aide pas. J’ai donc vaguement écouté ça pendant une vingtaine de minutes en faisant joujou avec mon portable et en espérant que ça serait bientôt terminé.

Heureusement pour moi, ma fille a déserté la scène avant la fin, trop pressée d’acheter son t-shirt et de bien se placer devant la grande scène pour son événement de la journée : le concert de Bring Me The Horizon. Enfin, quand je dis « heureusement »… Very Happy. Groupe anglais de metal bruyant, BMTH est une sorte de succédané du Linkin Park des débuts, mené par un Oliver Sykes qui excite toutes les minettes avec ses tatouages en gueulant comme un damné sur tous les morceaux et en tirant la langue toutes les cinq secondes. Bon, je force un peu le trait : j’ai trouvé le concert pas si mal, en fait. Je connaissais quelques chansons qu’on m’avait fait subir avant, et il y en a même une que je trouve très bien (True Friends). Et il faut avouer que le groupe est terriblement efficace sur scène. Après, c’est quand même bien bateau (tous les jeunes groupes de cette mouvance font la même chose), très bruyant pour pas grand-chose, et un peu fatiguant. Mais bon, les djeun’s du public se sont bien éclatés, ma fille était ravie, et j’ai pas passé un mauvais moment ; c’est le principal !

Après ce passage en priorité destiné à la jeunesse, place (enfin !) au « festival pour les adultes », avec la prestation de La Femme sur la scène de la Cascade. J’avais déjà vu le groupe il y a trois ans au même endroit, et ça avait été un des grands moments de la journée. Eh bien rebelote cette année : le groupe français a encore une fois livré un set hallucinant, complètement flippé, intense, résolument rock and roll dans l’attitude et la musique. Alternant les morceaux du nouvel album à sortir cette semaine et de leur premier, s’achevant sur les déjà emblématiques La Planche et Anti-Taxis, les gars et la fille de La Femme ont mis le feu au Parc de Saint-Cloud. Dommage que, cette fois-ci, aucun membre du groupe ne soit allé surfer dans le public comme en 2013. Mais on aura malgré tout eu notre contant de stage-diving et de petits numéros délirants pendant ou entre les chansons. J’aurais aussi noté que les chansons du second album semblent plus variées ; toujours basées sur le même mélange d’électronique et de rock originel, mais avec plus d’ambiances, de rythmes et de tons différents. A vérifier sur l’album dès vendredi…

Maintenant rassasiés de musique, il est temps de nous rassasier de junk-food de festival. On profite d’un trou dans la programmation pour manger, faire les pauses (pipi et autre) qui s’imposent, remplir les bouteilles (aucun lien avec l’action précédente)… Tout en écoutant vaguement de loin Edward Sharpe and the Magnetic Zeros sur la grande scène. A part leur reprise de Instant Karma, je n’ai absolument rien retenu de ce que j’ai entendu.

Pour l’avant dernier concert de la journée, j’avais prévenu ma fille : « Tu vas voir, c’est un truc bizarre, de la musique hypnotique à base de chants de baleines, avec un mec qui a inventé son propre langage. On va méditer tranquillement, fais juste gaffe de pas t’endormir ».
Tout le monde aura reconnu la définition de la musique des islandais de Sigur Ros, groupe qui poursuit son étonnante trajectoire depuis maintenant plus de 20 ans, hors de tous les sentiers battus. Leur rock progressif « à la Mogwaï » continue de faire son petit effet en 2016. Entre longues plages éthérées et envolées lyriques, musique planante et éclats soudains de violence, les morceaux hantés de SR invitent à vivre une expérience hors du commun. Et ils ne sont pas seulement fascinants à écouter, mais aussi à voir. Le light show accompagnant la musique était époustouflant, tout comme la présence imposante du groupe – surtout lorsque Jonsi se met à jouer de la guitare avec son archet comme un incroyable violoncelliste moderne.

Une belle expérience musicale et un beau moment. Qu’on a juste écourté avant le dernier morceau, pour retourner une dernière fois auprès de la grande scène. Et y assister au show de mon groupe le plus attendu de la journée : Massive Attack. J’ai pu lire par la suite pas mal de reproches sur le concert : chiant, son mal réglé, messages gnangnans diffusés sur les écrans, choix des chansons… jusqu’à la mauvaise foi ultime, la « basse trop forte » (pour un concert de Massive Attack, hahahaha, la super blague !). Perso, je n’ai pas eu l’impression d’assister au même concert que les râleurs. C’était en effet extraordinaire de revoir le groupe de Robert del Naja et Grant Marshall. Venus avec un tas d’invités au chant, à commencer par l’inévitable Horace Andy… et la surprise de voir débarquer sur scène Tricky (« for the first time on stage with us in Paris ») ! Et avec, eux aussi, un show visuel à base d’écrans géants matraquant des messages politiques (en français !) complétant ceux de 3D entre les chansons. Notamment avant Eurochild, qu’ils ont réintégré à la setlist depuis le Brexit. Ce soir là, j’ai bien retrouvé les sensations de cet autre soir, au premier festival Rock en Seine, lorsqu’ils avaient déjà clôturé la soirée avec le même type de spectacle intégral bardé de chansons cultes. Ce qui ne nous rajeunit pas !

Setlist
Hymn of the Big Wheel
United Snakes
Risingson
Man Next Door
Ritual Spirit
Girl I Love You
Future Proof
Eurochild
Prayer for Rain
Angel
Inertia Creeps
Take it There
Safe From Harm

Unfinished Sympathy

 

Fort de mon expérience de la veille, et dans le but de ne pas rater une minute du concert sur la grande scène à 16h, on arrive devant l’entrée du festival une heure avant la deadline, en ce dimanche après-midi un-peu-moins-ensoleillé-mais-on-va-mourir-de-chaud-quand-même. Résultat : on rentre encore plus vite que la veille, sans un ralentissement, et une seule fouille rapide du sac à dos ! Du coup, on se retrouve un bon quart d’heure à patienter devant la grande scène en prenant des photos et cliquant sur les réseaux sociaux, avant le concert de Editors.

Pendant des années, j’ai suivi le groupe anglais d’un peu loin, peu touché par leur musique à laquelle je préférais largement celle d’autres groupes « néo new wave » tels Interpol, Bloc Party ou She Wants Revenge. Mais, l’année dernière, l’album In Dream a tout changé : enfin, le groupe parvenait à mes yeux à dépasser la simple attitude de poseurs et d’imitateurs de Joy Division / New Order pour proposer quelque-chose de plus personnel et intéressant. Du coup, j’avais plutôt hâte de les revoir en concert, quelques années après leur apparition à Solidays (et les ayant loupé à ReS en 2006, trop pressé de me placer idéalement pour le concert événement de Radiohead). On n’a finalement eu que trois chansons du dernier album (+ leur « nouvelle chanson qu’ils jouent tout le temps maintenant », The Pulse), mais les plus anciennes passaient bien – d’autant plus qu’ils avaient pioché pour la plupart dans celles que j’aimais malgré mes réserves. L’implication du chanteur Tom Smith et de ses potes sur scène n’est plus à prouver. Le set nous a réservé une excellente démonstration de leur rock sombre et puissant. Et pourtant, ce que j’en retiendrai principalement, c’est la frustration d’un concert trop court et manquant de flamboyance. C’était très bien, hein, mais laissant comme un goût d’inachevé. Dommage.

Setlist :
Sugar
Smokers Outside the Hospital Doors
The Racing Rats
Forgiveness
Munich
The Pulse
Ocean of Night
Papillon
Marching Orders

Et il est déjà temps de faire une pause pour la petite famille. Du fait de notre organisation pour la journée, on a prévu une présence courte mais intense, et on devra ensuite enchaîner impitoyablement trois concerts avant de rentrer. Donc, granités, churros et gâteaux ne seront pas inutiles pour reprendre des forces. Et m’aideront à supporter le seul concert programmé sur une des scènes à ce moment là, celui de Gregory Porter – un truc de jazz qui est peut-être bien pour ceux qui aiment le style, mais qui personnellement me fait saigner des oreilles.

Pour colmater mes blessures auditives avec du gros son qui tâche, je retourne avec ma bande vers la grande scène pour le concert de Sum 41. Au grand désespoir de ma fille, qui avait déjà « subi » l’année dernière The Offspring, et à qui j’ai expliqué que c’était le même genre de groupe (suggestion pour l’année prochaine : boucler la boucle avec Blink 182 et/ou Green Day !). Sans surprise, le groupe canadien a su délivrer sur scène exactement ce qu’on attendait d’eux : du punk-rock speed et énervé, de la bonne humeur, des hurlements, des guitares saturées, des roulements de batterie, des « fuck » tous les trois mots, et le single culte In Too Deep. Après, quand le meilleur moment de ton concert, c’est une chanson qui n’est pas de toi (en l’occurrence, une reprise accélérée et rallongée de We Will Rock You), c’est un peu ballot. Clairement pas un grand concert, donc, mais un truc qui fout la pêche, ramène un peu de sa jeunesse sur le devant de la scène, et s’avère plutôt agréable sur le moment.

Rien de comparable néanmoins avec ce qui nous attend maintenant, à savoir nos deux concerts les plus attendus du festival. Et d’abord, celui du grand retour de Ghinzu; le groupe belge n’était peut-être pas celui que tout le monde attendait sur le festival, mais nous, si !!! Depuis la découverte du groupe en 2004, et l‘écoute non-stop de leur incroyable album Blow pendant tout l’été, c’est clairement un de nos chouchous. Et les délais interminables entre chaque album et tournée font de leurs apparitions de petits événements. Eh bien, eux, au moins, n’ont pas déçu ! Ouvrant le set sur un morceau d’Ennio Morriconne enchaîné à une de leurs nouvelles chansons, ils nous ont plongés dans une ambiance de folie dès le départ. Un seul autre nouveau morceau se glissera dans le concert ; de quoi vérifier que le prochain disque (qui sortira normalement en janvier… 8 ans après le précédent !) ne devrait pas rougir de la comparaison avec les précédents. Et tout s’emballe très vite, avec l’alignement impeccable de singles de Mirror Mirror ainsi que l’unique représentant de leur premier album, Dragon. Ils auront mis du temps à attaquer les morceaux de Blow… alors, lorsque les premières notes de la sublime Dragster Wave retentissent, mon cœur fait un bond. D’autant plus que Ghinzu nous offre une version sauvage et folle de la chanson. Et déroule ensuite une série d’autres morceaux imparables de cet album culte, qui font sans cesse monter la pression. Sur scène, John Stargasm & Co sont impeccables ; une bande de fous furieux visiblement ravis d’être là et d’offrir à leur public ce qui lui manquait terriblement. Jusqu’à l’apothéose en deux temps, qui voit d’abord Greg Remy faire l’amour à sa guitare dans une explosion de décibels à la fin de Mine, puis tout le groupe en extase bruitiste pour conclure Cockpit Inferno. Un excellent concert, auquel il ne manquait que la chanson-titre de Blow en conclusion pour être parfait.

Setlist :
Face
Cold Love
Take it Easy
Barbe Bleue
Dragon
The Dragster Wave
21st Century Crooners
Mirror Mirror
Dream Maker
Do You Read Me
Mine
Jet Sex
Cockpit Inferno

Mais, finalement, heureusement que Ghinzu n’a pas encore prolongé son concert d’une chanson (même plus courte que les 9 minutes de Blow)… parce qu’en se rendant pour la dernière fois vers la grande scène, on se rend vite compte que le concert d’Iggy Pop vient tout juste de commencer. Et pas n’importe comment, mais avec les riffs de guitares abrasifs de I Wanna be your Dog ! Nous ne sommes donc pas les seuls à sérieusement accélérer pour ne pas louper la fin de la chanson-étendard des Stooges. Et à arriver essoufflés au milieu de la foule compacte qui s’est amassée pour assister à la performance de l’iguane. Qu’on pressent hallucinante… et qui le sera ! Déjà, qui aurait pu prédire qu’on verrait un jour Iggy sur scène ? Et il est bien là, déjà torse-nu (la tête de ma fille quand je lui ai raconté qu’il y a quelques années, il aurait débarqué complètement à poil Very Happy), muscles saillants, haranguant le public, éructant ses textes subversifs, se déchaînant comme s’il n’allait pas avoir 69 ans demain. Enchaînant sans aucune pitié pour nos petits coeurs sensibles ses tubes immortels (The Passenger, Lust for Life, Nightclubbing…) et ceux de son groupe d’origine, non moins grandioses. Il se dégage du concert en lui-même et de l’accueil du public de tous âges et de tous styles une sensation de joie, de bonheur, une impression de plénitude dans la célébration de la musique rock avec un de ses mythes. Contrairement à Massive Attack la veille, on aura là bien du mal à trouver des critiques négatives du concert. Le seul bémol que j’y apporterais serait de ne pas avoir pris les musiciens de son dernier album (Josh Homme, surtout) et de n’en avoir joué qu’un seul extrait. Mais c’est tellement rien par rapport à l’immense concert dont il nous a fait cadeau !
(et, sinon, qu’est devenue Anne-Charlotte ?)

Setlist:
I Wanna Be Your Dog
The Passenger
Lust for Life
Five Foot One
Sixteen
Skull Ring
1969
Sister Midnight
Wild One (Johnny O’Keefe cover)
Nightclubbing
Some Weird Sin
Mass Production

Repo Man
Search and Destroy
Gardenia
Down on the Street

SUICIDE SQUAD de David Ayer

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Début de mon rattrapage ciné post-vacances avec SUICIDE SQUAD de David Ayer ; qui était à la base mon blockbuster le plus attendu de l’été, et, donc, le premier que je suis allé voir en rentrant. Sauf que, entre temps, j’ai été bien échaudé par les premiers retours, pour la plupart négatifs. Du coup, j’y allais un peu à reculons… et, en fait, j’ai trouvé ça mieux que ce à quoi je m’attendais !

Pas très bien pour autant…
La faute, à mon avis, à deux défauts malheureusement plus que courants dans ce genre de cinéma pop-corn, surtout dans la manière dont il a évolué (ou régressé) ces dernières années.

D’abord, ça peut paraître anecdotique, mais c’est assez caractéristique du produit et de la dérive de plus en plus « jeuniste » du cinéma de divertissement américain : je suis allé le voir avec mes filles, y la plus jeune de 8 ans et demi. Qui a trouvé ça génial.
Pourquoi c’est un problème ? Parce que c’est à l’opposé total du concept qu’on nous a vendu, et de ce qu’on est en droit d’attendre du film ! Suicide Squad, rappelons le, c’est quand même une équipe formée de gros méchants psychopathes de l’univers DC, rassemblés pour combattre encore plus dangereux qu’eux. Ça devrait être violent, sanglant, méchant, sombre, inquiétant, complètement barré. Les premières images, la première bande-annonce, le design flashy des éléments marketing ; tout ça allait dans ce sens.
Et, au final, on se retrouve avec un film inoffensif, d’où tout excès a été gommé, où la violence est constamment hors champs, sans aucun effet gore… Un truc qu’une gamine de 8 ans surkiffe !
Super…

Après, et c’est pas nouveau, le film souffre aussi de son appartenance à un univers plus vaste, ce DC-verse encore plus mal foutu que le Marvel-verse (qui est pourtant pas déjà un modèle de cohérence). C’est moins dramatique que dans Batman vs Superman, qui ne ressemblait à rien à force de vouloir être trop de choses à la fois. Mais on retrouve bien tous les défauts d’écriture et de construction de beaucoup de films de super-héros récents.
L’intégration au sein de l’univers apparaît souvent totalement artificielle : les quelques apparitions de Batman, les plans fugaces sur Flash, les références à la fin de BvS, la justification de la création de l’Escadron Suicide… et, évidemment, la maintenant traditionnelle scène de générique de fin. Tout ça parasite une histoire dont on préférerait qu’elle se suffise à elle-même, et qu’on n’a pas besoin de voir intégrée à un univers plus vaste.

Mais c’est surtout le trop-plein de personnages et d’éléments à gérer, qui tire le film vers le bas. A force d’accumulation, le film se bouffe lui-même, pour finir par se vider de toute substance. En allant trop vite, en ne s’arrêtant pas assez sur chaque personnage ou chaque péripétie ; le but étant toujours d’expédier chaque scène pour aller plus vite à la suivante. Quitte à tout sacrifier sur l’autel de la surenchère. C’est simple, à part Harley Quinn et Deadshot, qui est développé, dans le film ? On a pu lire les propos de Jared Leto se plaignant qu’avec toutes les scènes coupées autour du Joker, on pourrait faire un film entier. Tu m’étonnes… Et s’il n’y avait que lui. Les 20 premières minutes du film présentent un montage hallucinant où tout le monde parle vite, où les scènes ne durent pas plus de 30 secondes, où il s’agit de mettre en place ce qui nécessiterait un film complet en soi. Et, plus tard, on en arrive à une dernière partie qui stagne pendant 40 minutes à suivre les héros progressant dans la ville en combattant les dangers les uns après les autres. En n’oubliant pas de s’arrêter trois plombes dans un bar pour discuter de la vie, et bien faire retomber le rythme du film dans une scène totalement improbable.

Il y a d’autres défauts, moindres, comme ce côté « juke box » où t’as l’impression que chacun déroule la setlist de son iPod sur la bande-son, sans aucun rapport avec ce qu’on voit à l’image. Et dans le bordel le plus complet, qui voit alterner House of the Rising Sun avec Eminem. Ok, y’a plein de bonne musique dans le lot (pas que), mais c’est pas le principe d’une illustration musicale.

Reste que, malgré tout ça, le film reste largement regardable.
Déjà parce que David Ayer n’est pas Zack Snyder ; et sait autrement mieux mettre en scène. Tout en ayant moins recours aux procédés visuels moches de son comparse.
Parce que les scènes d’action sont spectaculaires et entraînantes.
Parce que c’est assez marrant – disons que, pour une fois, on rit souvent avec le film, et non contre lui.
Et parce que le personnage de Harley Quinn emporte tout sur son passage ; grâce à la prestation assez démente de Margot Robbie. On attendait beaucoup du Joker – mais Leto ne fait jamais oublier Heath Ledger. Robbie, elle, parvient à emporter l’adhésion sur l’intégralité du film.

En l’état, on est donc très loin du super film annoncé, et des (deux premiers) Batman de Nolan. Mais, finalement, au dessus des merdasses de Snyder et de pas mal d’autres films de super-slips.
Il faudra s’en contenter – note = 3,5/6